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Dernière modif. : 13/05/2011
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Algérie : la littérature au chevet de
l'histoire |
Algérie contemporaine : la
littérature
Accueil Algérie
| Algérie contemporaine : la littérature
| Rachid Boudjedra | Mohamed Dib
| Assia Djebar | Rachid Mimouni
| Amin Zaoui Amin
Zaoui

Bibliographie
| Extrait
Un Bataille algérien ! Abandonnant
à d'autres la déploration stricte, le réalisme humanitaire de la conscience
propre, Amin Zaoui se promène dans les territoires que Bataille avait
explorés. Avec un culture authentiquement musulmane, insérant contes
libertins, rêves, il exhume le lien jouissance-mort, sonde de la relation
familiale (la mère, les sœurs...), déploie des trésors de poésie et de
sensualité dans une langue admirable de sobriété et d'efficacité. Le lecteur
commence à sourire et se plaît à voir, dans ces délires érotico-oniriques,
l'éternel mâle méditerranéen triomphant dans son mépris et sa haine de la
femme. Très vite on réalise que l'image d'Épinal se fissure et qu'on est
devant une littérature du saisissement. Poésie brute, appel irrépressible du
désir, sabbat de parfums et de chairs... Le Flaubert de Salammbô
dégraissé...
Sans passer sous silence l'horreur
quotidienne qu'est de vivre en Algérie sous la double dictature, il la
transcende et invente une société entièrement vouée à la célébration
païenne d'un culte aux sens, aux parfums, c'est une suite olfactive. Vision
d'un paradis où sont dépassées les catégories du bien et du mal. La famille
est avant tout sexe, les proches sont offerts par une sorte de fatalité, nous
sommes condamnés à les aimer charnellement, ce qui d'ailleurs 'exclus
nullement la tendresse. Expression fantasmée, hallucinatoire, haschischique du
substrat culturel enfoui au plus profond de l'être où se déterminent les
choix sexuels.
Exemple : La Razzia est ce que l'on
appelle en musique un tombeau. Celui de la ville d'Oran, ce paradis où le
narrateur connut toutes les fêtes, où cohabitèrent les trois monothéismes,
où se développa une littérature subtilement enfiévrée, qui sut capter
l'amour de tous les errants, parmi lesquels un certain Cervantès. La pensée et
sa traduction, dont l'unité de compte est le chapitre, embrassent autant
l'histoire du Maghreb que le bruit du monde dans son actualité la plus
horrible. Nous observons les reculades du pouvoir, la lente mais irrésistible
islamisation du pays, symbolisée par l'islamisation du bordel où le narrateur
connut tant de joies : et voici que s'y mêle la nostalgie : la comptabilité
des pertes, des femmes aimées, des idoles admirées ; et les délires
érotiques du narrateur dont seul son sexe semble encore l'attacher au monde,
tandis qu'il repousse ses projets littéraires qui lui paraissent perdre de
l'importance, tel de Dictionnaire des intellectuels de mon pays assassinés,
ou cette biographie du Prophète. C'est très très beau de voir cet écrivain
rejoindre les plus grands sur ce terrain pourtant tellement labouré :
l'anéantissement, le sombrage généralisé, vanité... Le salut sur Omar Khayyâm...
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Bibliographie
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Les gens du parfum |
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On appelle les femmes de
cette ville les abeilles ou les pigeons. Elles sont séduisantes et toutes
cultivent des carrés de jasmin, de menthe sauvage, de lycopode, de
lierre, de lavande, de laurier, d'iris, de liseron et en cachette des
hommes une plante rare, " la jalousie ". La jalousie est une
fleur qui ne pousse qu'à Nedroma ou Rayhana, qu'importe. Je suis jaloux.
Tout le monde est jaloux ! Othello, lui aussi, était jaloux. Après avoir
appris la nouvelle de la mort de son père, Hazar, jeune ingénieur spécialisé
dans le traitement des dattiers du sud, retourne dans sa ville natale.
Dans la maison où il a grandi, il revoit Sara, sa belle-mère juive,
seconde femme de son père, toujours belle, jeune et désirable. De l'une
des chambres provient la voix de sa demi-sœur, Aya, frappée de malédiction
car de mère juive et séquestrée pour avoir été violée par Hazar des
années plus tôt. Et toute la mémoire de cette maison, où la jalousie a
infusé dans les parfums d'encens, lui revient la cohabitation entre les
épouses toutes deux tisseuses, ses six sœurs cuisant dans la
frustration, son demi-frère hermaphrodite Isaac... |
| Tout comme La
Soumission et Haras de femmes, Les Gens du parfum est une nouvelle
variation poétique et musicale sur le thème du désir étouffé, du désir
interdit dans une famille arabe. |
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La culture du sang. Fatwas, femmes, tabous et pouvoirs |
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Ce qui se passe dans le
monde arabe et dans le Maghreb est scandaleux. Et plus scandaleux encore
notre silence, le silence arabe et le silence international. Ne rien faire
est, d'une façon ou d'une autre, une sorte de participation à cette
guerre qui tue le mot libre et les lettres lumineuses sur les feuilles et
sur les lèvres de milliers, voire de millions de jeunes. Ne rien faire,
c'est cautionner les crimes qui ravagent les femmes, les enfants, les
hommes et les étrangers. Prendre le maquis du silence, c'est renforcer
les rangs des " maquis des intégristes ", ennemis de la vie, de
la beauté et de la liberté. Dans cette période, aussi critique que
scandaleuse, La Culture du sang : fatwas, femmes, tabous et pouvoirs,
essai sur et à propos de la censure, tente de témoigner, d'analyser et
de débattre de la situation de la culture, des langues, du statut du créateur,
des censures, des interdits, des assassinats et de l'exil des
intellectuels arabes. |
| Avec sa sensibilité de romancier, d'Algérien ayant
eu à vivre et ayant toujours à vivre les déchirures de son pays (où il
a choisi de retourner), Amin Zaoui évoque ce culte, cette culture du sang
qui hante le monde arabe, que ce soit le sang des menstrues, le sang du
sacrifice, le sang qu'on répand pour purifier. Il nous dit ainsi quelles
violences résultent de cette culture. |
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Haras de femmes |
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Un homme, le père de Hager
la narratrice, un targui, a extrait du sable la nouvelle Pierre noire.
Autour il a dressé la nouvelle Kaaba. Et la religion qu'il fonda au cœur
du désert touareg fut celle de la femme et du temple de son sexe. Le
monde de Haras de femmes est peuplé des désirs les plus violents comme
des sensualités les plus subtiles ; un vieillard qui jalouse l'épouse de
son fils, une ville consacrée à la chair et au chant des oiseaux, des
odeurs de miel et d'accouplements, font de ce roman un chef-d'œuvre suave
et sanglant. |
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La soumission |
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Feu bleu dans le ciel de
l'Oranais, feu jaune des vents brûlants, feu roux du henné qui colore
les cheveux, les mains et les pieds, feu de désirs contenus, réprimés,
et pourtant entretenus comme des braises par la poésie des vers
coraniques. En un huis clos étouffant, celui d'une famille aux filiations
incertaines, Amin Zaoui dépeint les ravages et la violence de la
soumission ancestrale des femmes à leur mari, des enfants à leurs
parents : où le feu des désirs appelle le sang de la mort et annonce les
désastres. |
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Sommeil du mimosa suivi de Sonate des loups |
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Sommeil du mimosa : Dans
Alger, sur fond sonore de lâchers de rafales, de cris, d'ordres policiers
et de menaces permanentes, un homme comme tant d'autres s'efforce de vivre
et d'aimer, avec une pudeur qui dément la rage de la guerre. Sonate des
loups : La guerre ne cesse pas et, de deuil en deuil, use l'homme. Bientôt
il ne s'agira plus que de s'enfermer chez soi en guettant les bruits dans
l'escalier, ou de fuir. Tiraillé entre la peur et l'attachement à sa
dignité, passant de l'un à l'autre, le narrateur brosse le tableau d'un
monde peu à peu abandonné aux morts et à leurs assassins. Conçus comme
un diptyque, ces courts romans, poignants, se font écho pour révéler la
réalité des affrontements qui endeuillent l'Algérie. Un langage poétique
se mêle à un ton très charnel, comme tentant à la fois de s'élancer
au-dessus de la réalité vécue et de reprendre prise sur elle. |
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La razzia |
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" Au nom de la révolution
socialiste, au nom de la patrie indépendante et libre des Roumis, ainsi
de toutes formes et forces de répressions ou d'injustices sociales, nous
annonçons, pour vous, jeunes appelés, descendants, postérité et prospérité
de la révolution et héritiers de l'armée populaire nationale, que
l'entrée au bordel Lac-Duc, rebaptisé bordel national J.B.K., est
gratuite, pour toute la journée, jusqu'à minuit heure locale ! Cette
grande journée de la nationalisation du bordel ressemble à celle de la
nationalisation des hydrocarbures. Toutes les femmes nationalisées sont
à votre disposition gratuitement et cela jusqu'à minuit. C'est le
premier geste socialiste et progressiste de la part de l'État et des
prostituées ne cessant de continuer leur combat d'honneur pour bâtir un
pays développé et révolutionnaire et un citoyen équilibré et en bonne
santé. " Roman violent et désespéré, La Razzia est l'histoire
d'un bordel aimé, nationalisé, islamisé : l'Algérie, pays de cocagne
et pays martyr, terre d'amour et terre de haine. L'auteur de la
Soumission, poursuit ici sa quête d'une identité en lambeaux. |
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Extrait
| « |
Luva
signifie pluie en russe, j'en suis sûr ! même si la traduction est
fausse. Elle ressemble à une averse de pluie. Elle croit en Dieu, bien
qu'elle soit membre du parti communiste. Je pense aussi à Gorbatchev,
celui qui a joué dans une publicité sur la Pizza Hut. Merde, j'ai perdu
le fil de l'histoire de Luva, Nouba ou Carine, peu importe, me regarde
dans les yeux. J'aime boire le vin directement de sa bouteille en
plastique. Selon le règlement du ministère des affaires religieuses de
Damas, il est interdit à toute femme, et dès l'âge du sang, l'âge
nubile, de franchir la porte de la mosquée sans voile. Enveloppée dans
une robe noire louée pour accéder à ce lieu saint (les robes sont
louées à l'entrée de la mosquée, cinq dollars pour les Européennes,
cinquante lires pour les musulmanes occidentalisées), Luva, dans sa robe
noire, les mains de couleur blanc neige dépassant légèrement les
manches larges, m'excite. Le diable habite même les mosquées, maisons de
Dieu. Avec une faim de loup bengali, je la suis. Elle sent mon regard
plein de feu et de sperme. Je la dévore. |
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