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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 13/05/2011

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Algérie contemporaine : la littérature

Accueil Algérie | Algérie contemporaine : la littérature | Rachid Boudjedra | Mohamed Dib | Assia Djebar | Rachid Mimouni | Amin Zaoui

Rachid Boudjedra

Bibliographie | Extrait

 

   "Il entre avec fracas dans la notoriété grâce au succès de scandale de La Répudiation. Ce roman cumule en effet les provocations, puisque non seulement il malmène les tabous sexuels et dénonce la confiscation de la révolution par un pouvoir patriarcal, mais de plus le récit en est fait à l'amante étrangère, Céline, à la relation sexuelle de laquelle sa progression est liée.

   Pourtant, cette introduction de l'amante étrangère comme allocutaire du récit n'est pas que provocation : elle inaugure ce qui sera une des constantes de l'œuvre, la mise en spectacle du récit comme énonciation problématique. A la limite, , la laborieuse élaboration de ce récit, ses jeux avec la mémoire, autobiographique ou non, comme avec différents textes (l'idéologie, les modèles littéraires arabes, européens, ou maghrébins de langue française, etc.), constituent toujours plus l'objet du roman.

   Mais voici que dans les derniers romans, l'autobiographie directe s'impose, cependant que l'écriture hésite de façon fort intéressante entre son arabité et son européanité (depuis Le démantèlement, Boudjedra présente ses romans comme écrits en arabe puis traduits en français, tout en les parsemant d'indices qui contredisent en partie cette affirmation), entre sa virilité et sa féminité (La pluie est le journal de l'accès à l'écriture et à sa féminité par une jeune femme prise d'insomnie).

   L'œuvre est ce pendant inégale, même si le travail littéraire y est de plus en plus exhibé. Et l'image d'opposant, que la récurrence du thème de la mémoire subversive pourrait lui forger, peut paraître en contradiction avec les fonctions semi-officielles qu'il occupe depuis 1977 et le discours qu'il tient dans ce cadre. Les meilleurs romans de cet écrivain polémique sont probablement : L'insolation, L'escargot entêté, Le démantèlement et La pluie." (Charles Bonn, Dictionnaire des littératures, PUF, 2000)

 

Bibliographie

La passion de l'intertexte
L'œuvre du romancier algérien Rachid Boudjedra suscite les réactions les plus contrastées. Captatrice et dévoratrice, elle fascine ou irrite de façon aiguë. C'est qu'elle évolue dans des registres divers et souvent dérangeants, du réalisme cru, confinant fréquemment au scabreux, à l'outrance hallucinatoire et paroxystique. C'est surtout qu'elle repose sur un processus de constant ressassement, d'ostensibles réécritures, qui fait toujours apparaître sous un texte de surface un autre sous-jacent - issu aussi bien des traditions populaires et religieuses que des modernités littéraires - allant même jusqu'à l'autopastiche. Le propos de cet ouvrage est de dépasser le jugement esthétique pour analyser le fonctionnement et les effets de sens de cette passion de l'intertexte. Faisant la part belle aux métaphores obsédantes, l'écriture boudjedrienne élabore un mythe personnel. Elle s'épanche sans cesse sur elle-même, réfléchit sur ses sources d'engendrement, sa littérarité. Cette écriture de soi par un sujet lucide, inscrit dans l'Histoire qui le traverse, reflète aussi et interprète les contradictions dont la société algérienne est continuellement travaillée.

 

Écriture poétique et structures romanesques
La création romanesque de R. Boudjedra met en place une cohérence littéraire dans l'élaboration d'une identité et d'un " mythe personnel " qui prennent appui sur une poétique subversive. Travaillant sur les textes francophones de R. Boudjedra, Lila Ibrahim s'est attachée à l'étude des procédés d'écriture et de composition : ont été analysés les composantes narratives et langagières, les jeux de la diégèse qui s'organisent autour d'un imaginaire individuel et collectif, les ressorts de la narrativité qui donnent à lire l'affrontement entre un moi écrivant et un moi présent dans l'écriture en tant que personnage. L'originalité de l'écriture boudjérienne réside surtout dans son métissage, dans la complexité de son ressourcement à une dynamique culturelle, linguistique et littéraire.

Les funérailles
1995-2000 : cinq ans dans la vie de Sarah et de Salim, tous deux chargés de la lutte antiterroriste dans la ville d'Alger. Esthètes et flics, attirés par l'abîme, ils sont confrontés à l'horreur des attentats, au chaos sentimental de la passion amoureuse et au vertige de leurs propres pulsions. Ils savent qui sont les auteurs du carnage dont Ali a miraculeusement réchappé. Ce sont les mêmes qui sont venus chercher, dans sa classe, une fillette de onze ans qu'ils ont battue, violée, énucléée puis égorgée... Mais personne ne parle, ni ne dénonce : ce serait risquer la mort. Les assassins vont jusqu'à se montrer aux funérailles du gamin abattu sous le préau de l'école alors qu'il lavait l'éponge du tableau noir. Ce roman est une radioscopie de la folie qui habite les tueurs, comme s'ils portaient en eux une souillure, et qu'ils éprouvaient le besoin de la plaquer sur leurs victimes pour être un peu moins seuls, un peu plus humains.

 

Peindre l'Orient
La fascination pour l'Orient a beaucoup marqué les peintres européens. Si les conquêtes coloniales du XIXe siècle ont vu naître un orientalisme de pacotille, Delacroix est à coup sûr le premier à avoir peint, avec génie, un Orient diffèrent. Après lui, toute une génération d'artistes, de Klee à Picasso, de Matisse à Van Dongen ou de Macke à Gauguin, n'a cessé de dire sa passion pour l'Orient. Au point d'en modifier sa manière de le peindre, et même de peindre. De leur côté, les plus grands artistes maghrébins contemporains - Cherkaoui, Atlan, Abdallah Ben Anteur ou Khadda - vont fuir l'exotisme, la tentation folklorique ; et se ressourcer à leurs propres origines grâce aux écoles occidentales dont ils sont tous imprégnés. Dans cet essai dense et passionné, Rachid Boudjedra montre avec finesse et conviction comment les échanges artistiques entre l'Orient et l'Occident enrichissent l'art et engendrent de véritables chefs-d'œuvre universels.

 

Cinq fragments du désert
" La nuit, il n'y a pas de désert. Tout est très noir. L'espace vite happé. Vite restitué. Le sable infiltré partout. Les plis des vêtements. Les narines. La gorge. La poitrine. Maintenant ce presque néant. " Jaune et blanche, vibrant de tous ses sens, une ode triomphante à la magie du désert.

Fascination
Éleveur de pur-sang arabes (dont une lignée de juments porte le nom de Fascination) sur les hauts plateaux constantinois, Ila souffre d'une stérilité qui le ronge intérieurement. Il passe sa vie à adopter des enfants, croiser ses chevaux avec d'autres races, imiter les grands voyageurs qu'il ne cesse de lire et séjourner dans les geôles coloniales. Parmi ses enfants, l'aînée, quelque peu extravagante, préfère les femmes aux hommes mais entretient des rapports ambigus avec Lam, l'un de ses frères adoptifs, auquel elle se donne la veille de son départ au maquis. Lam, sa vie durant, hanté par cet inceste qu'il croit avoir commis, va bourlinguer à son tour de Constantine aux Aurès, de Tunis à Moscou où il soigne une grave blessure de guerre, de Barcelone à Hanoï et Pékin où il fait du trafic d'armes ; à l'image de son père adoptif, toujours parti à la recherche de l'étalon miraculeux. Ce roman de l'errance et de l'inassouvissement s'adosse à l'Histoire pour tenter de donner un sens au monde.

 

La vie à l'endroit
Mai 1995. Le club de football de Belcourt remporte la Coupe d'Algérie. Dans Alger étouffée par le couvre-feu et la menace terroriste, c'est une explosion de joie délirante, qui prend de court les autorités aussi bien que les islamistes. Roi du carnaval et mascotte inénarrable, Yamaha, un nain bariolé et baroque, donne le ton de cette fête improvisée qui va durer trois jours. Trois jours pendant lesquels, Rac, clandestin depuis quelques années, enfermé dans son appartement, rumine sa peur et ses souvenirs : souvenir de Flo, une Française qu'il aime, et qu'il ne peut retrouver que durant de brefs moments. Souvenirs d'enfance, déchirés par la guerre. Peur présente, lancinante, qui le pousse aux frontières de l'irréalité... Dans une langue rauque, fiévreuse, superbe, Rachid Boudjedra nous dit de façon inoubliable la solitude de l'homme face à la barbarie.

 

Lettres algériennes
Vingt-neuf lettres venues d'Alger nous parlent du FIS, de la violence, de la peur -et aussi de la France. Celle du métro et des marchés de Paris, de la pub, du chômage. Celle dont les antennes paraboliques, sur les toits d'Alger, captent les chaînes télévisées, bruyantes de " gros rires " et de jeux ineptes. Celle de Proust, de Céline et du Nouveau roman, qui donna à Rachid Boudjedra sa vocation et ses mots d'écrivain. Celle dont les démissions devant la misère et l'intégrisme l'emplissent de désarroi et de révolte. Car il n'a pas cessé de l'aimer, malgré les drames de l'histoire, la colonisation, la guerre. Il est rare qu'un homme s'adresse à nous en évoquant le revolver et le cyanure qu'il garde à portée de main. Rachid Boudjedra n'avait pas besoin de cela pour être un écrivain authentique. Mais de la situation tragique dans laquelle elles furent écrites, ces lettres tirent une force singulière pour nous questionner. Nous interpeller peut-être. Ses Lettres algériennes ressemblent à tous ses livres. Même rage, mêmes improvisations, mêmes provocations salutaires. A ceci près qu'aujourd'hui la liberté des mots se parie au prix du sang. Daniel Rondeau, Le Nouvel Observateur.

Fils de la haine
Il fallait écrire ce livre. Jeter ces mots sur le papier pour dire à nous-même et aux autres l'infamie d'un FIS qui a érigé la fraude électorale et la terreur en système politique. Un FIS haineux et ramant qui, au nom de l'Islam, veut le pouvoir et le sang. Notre sang à nous tous, gens de bonne volonté ouverts sur le monde. Sans tabous, sans barrières et sans préjugés, ce livre a été écrit avec pour seule passion : l'homme.

 

Timimoun
" ... Je regrettai, pour la première fois, d'être passé à côté des femmes, de leur tendresse, de leur corps... A quarante ans, j'avais l'impression d'être passé à côté de l'essentiel. L'essentiel c'était Sarah, maintenant. " Pourquoi cet ancien pilote de chasse, alcoolique invétéré et chassé de l'armée, sillonne-t-il désormais le Sahara algérien au volant d'un vieux bus déglingué ? Comment le désert, où l'oasis de Timimoun est un îlot de paix dans une Algérie secouée par le terrorisme intégriste, peut-il éveiller la passion amoureuse chez un être qui s'y était jusqu'alors refusé ?

 

L'insolation
Un homme, enfermé quelque part, tente de s'approprier le sens du monde qui lui échappe, parce qu'il a voulu déjouer le piège des traditions archaïques et des conventions sociales. Ce qui lui permettra de faire resurgir l'histoire et rejaillir l'enfance, sources de toute littérature qui essaye d'aller au bout d'elle-même. Ce roman se déploie superbement grâce à une écriture baroque d'une beauté et d'une violence exemplaires.

 

La répudiation
Un jeune Algérien raconte à son amante étrangère les péripéties hallucinées de son histoire parquée par la répudiation de sa mère. Ce roman met à nu la société traditionnelle où la sexualité débridée, la superstition et l'hypocrisie forment la trame romanesque -transcendée par une écriture flamboyante- d'une enfance saccagée. Prix des Enfants Terribles 1970.

  • "La répudiation" Folio, 1969
  • "L'insolation" Folio, 1972
  • "Topographie idéale pour une agression caractérisée" Denoël, 1977
  • "L'escargot entêté" Denoël, 1977
  • " Les 1001 années de la nostalgie" Denoël, 1979
  • "Le vainqueur de Coupe" Denoël, 1981
  • "Greffe" Denoël,  1984
  • "La macération" Denoël, 1985
  • "La prise de Gibraltar" Denoël, 1987
  • "La pluie" Denoël, 1987
  • "Le désordre des choses" Denoël, 1991
  • "FIS de la haine" Denoël, 1992
  • "Timimoun" Denoël, 1994
  • "La vie à l'endroit" Grasset, 1997
  • "Fascination" Grasset, 2000
  • "Les funérailles" Grasset, 2003
  • "Cinq fragments de désert" L'Aube, 2003

 

Extrait

« Je connais seulement son prénom : Céline, et le numéro très spécial de sa voiture. Elle vient me voir souvent et le médecin m'autorise à partir avec elle pendant le week-end : nous retrouvons alors la chambre hideuse et la couverture effilochée et j'ai hâte de revenir à l'asile, bien que j'aie passé toute la nuit à répéter que je ne voulais pas y retourner. Dans le service où je suis, il n'y a pas de camisole de force et personne ne hurle ; seules les infirmières nous gâchent notre plaisir et notre bien-être ; elles sont laides et ont la manie de faire sécher leurs mouchoir sur les rebords des fenêtres de la grande salle commune ; elles arborent aussi une nodosité qui donne à leurs visages un caractère inexpugnable  et définitif. Effrayantes, bigles, simiesques haridelles ; elles se prennent pour des martyres parce qu'elles soignent des fous. L'une d'entre elles ressemble étrangement à Lella Aïcha, la belle-mère de ma défunte sœur ; elle évite de me regarder et j'en fais autant ; son fils s'est remarié depuis quelque temps (Comment l'ai-je appris ? Je n'en sais rien !). Tremblements. Vibrations... Sueur, ma mère ! La ville nous parvenait comme une rumeur impalpable et démesurée ; l'été s'éternisait et venait de la mer ; nous ne savions plus que faire. Dis-moi Céline, lentement, le nom de la ville où je suis et le nom de la mer qui la baigne... Les médecins refusent de me le dire, sous prétexte que je simule.
»

La répudiation