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Deux ouvrages d'histoire générales, peuples et civilisations, et de géographie humaine. Le second davantage destiné aux adolescents.
C'est probablement le premier livre publié en français qui envisage l'histoire du Maghreb débarrassée du regard du colon. Remis à jour en 1951, il a aussi l'avantage de confronter les diverses interprétations de cette histoire qui, du fait de peu de traces, de l'absence de textes pour de très grandes plages de temps, ressemble parfois à une enquête policière. L'historien l'interprète en recréant la continuité dans le tuilage des civilisations qui se recouvrent et tentent (en vain finalement) pendant les vingt cinq siècles d'imposer à une population autochtone réfractaire, les Berbères, une culture et des mœurs qui ne sont pas les leurs. C'est ainsi que l'histoire évènementielle peut être très belle, lorsqu'elle se pare du souffle et du rythme de l'épopée et renonce à hiérarchiser la variété humaine. Cela peut peut être aussi un défaut : une telle vision de l'histoire a du mal à accepter les feux de la guerre : ainsi de la conquête arabe, qu'à présent on voit plutôt comme une migration.
L'histoire des colonies africaines de Rome ne saurait se faire sans faire aussi l'histoire des découvertes et des interprétations qui se sont succédées durant les autres colonisations. L'histoire a des enjeux stratégiques, effacer la mémoire d'une période ou s'en vouloir l'héritier peuvent être une arme. Pour le Maghreb, ce n'est plus à démontrer, et des moyens mis par l'archéologie française pour reconstituer le passé romain dit sans détour qu'il y avait là un enjeu. Moralité : chaque conquête est une reconquête. Cela fait, l'auteur se lance dans le récit de la longue (six siècles) aventure romaine jusqu'à l'écroulement du colosse au pieds d'argile devant quelques milliers de "barbares".
Description des sites, cartes, photographies : précieux et rare compendium.
Aujourd'hui, les citoyens algériens ont besoin de connaître l'histoire de leur propre territoire, celle qui est imbriquée dans la grande histoire de l'Afrique du Nord et du Maghreb, mais aussi celle des États ancêtres de l'Algérie actuelle, la Numibie, le royaume de Tahert, l'Algérie ottomane, et l'Algérie française. Ils y découvriront les sources de leur identité, les constantes de leur résistance multiforme et les acquis légués par les différents peuples et les civilisations qu'ils ont côtoyés. Certains caractères de ces dernières ont été effacés par le temps et il n'en reste que des souvenirs et des ruines ; d'autres ont enrichi et adouci les rameaux du rude chêne amazigh et ont fait de notre pays un carrefour méditerranéen entre l'Orient et l'Occident arabes d'une part, entre le Nord européen et le Sud africain d'autre part (Texte de présentation).
L'Or de Jugurtha c'est la métaphore des richesses d'un peuple que l'auteur somme de faire face à son histoire. Tout l'intérêt de ce livre est de mettre en perspective la situation contemporaine en l'éclairant par son passé, en retraçant l'histoire du peuple Amazigh (Berbère) depuis ses origines tribales jusqu'à la mise en place de l'État issu des accords d'Evian. Une histoire totale, agitée de multiples soubresauts au fil des invasions et des influences successives venues de l'extérieur, qui ont modelé une civilisation originale.
Cette historienne archéologue s'est spécialisée dans l'étude des civilisations avant et après la révolution du néolithique. La pratique du comparatisme sur les fresques et les gravures rupestres du Tassili montre que, malgré la forte variation du climat et de la végétation, la civilisation des Touaregs en est directement l'héritière, ce qui suppose une faculté d'adaptation qui ne s'est pas démentie depuis.
Une encyclopédie historique illustrée du monde berbère qui, elle aussi, s'évertue à recenser les composantes originelles des peuples du Maghreb afin d'éclairer le présent.
Les Numides évoqués par les vestiges encore analysables : une influence certainement bien plus large que nous ne pouvons imaginer, jusqu'à la fondation du royaume de Maurétanie.
Deux romans historiques pour relativiser le présent à l'ancien soleil des royaumes berbères.
Belle évocation , dans une langue superbe, du retour d'Augustin à Thagaste, sa ville natale, après être devenu un rhétoricien célèbre à Rome. Marier histoire et fiction pour "reberbériser" Augustin dans le miroir de l'Algérie contemporaine, c'est envoyer un message clair : l'amour d'une terre ne suppose pas de marchandages ni de ségrégations. Accompagné d'aquarelles de Thomas de la Pinta, le second livre approche, avec autant de sensualité que de foi et d'optimisme (si ces mots ne font pas peur) , le pays qui vit naître et œuvrer un homme qui, lorsqu'il rêvait la Cité céleste, peignait peut-être les paysages de l'Ifriquiya, tellement aptes à figurer un paradis.
Sa présence dans ce travail de bibliographie n'est pas une provocation mais l'écho d'une tendance contemporaine émanant d'intellectuels "tiers-mondialistes" qui tentent de rapatrier Aurélius Augustinus vers la rive sud de la Méditerranée. La statistique oblige à admettre qu'il était de sang berbère, né en 354 à Thagaste, dans le Constantinois. Des passages entiers des Confessions décrivent une société du "fellah anti-historique" comme le dit Marrou. Pour autant, le même rappelle que ce qui détermine n'est pas la génétique mais la culture (sauf à admettre des théories racistes), et celle d'Augustin était indéniablement romaine. Mais un romain de la décadence : l'Empire craque de toutes parts, le schisme n'est pas loin, en 410 Rome est prise et saccagée par les Wisigoths d'Alaric, vingt ans plus tard, Augustin meurt dans sa ville d'Hippone assiégée par les Vandales. D'autre part, tandis que Rome sombre, la chrétienté triomphe. Il faut penser sa vie et son œuvre dans ce double mouvement contradictoire et sentit, quelle que soit notre position envers le fait religieux, combien elles sont pour nous une leçon, "un art de vivre en temps de catastrophe" (Marrou). En dépit des dénis que l'histoire aura infligés à la pensée de l'évêque d'Hippone, à la responsabilité (mais c'est déjà une reconstitution idéologique a posteriori) de ses idées dans l'intransigeance meurtrière du catholicisme séculier, il nous reste un écrivain prodigieux, un être humain philosophant qui posa des problématiques auxquelles nous ne pouvons échapper. Il introduit une instabilité constitutive (en politique, en sexualité), une dynamique qui, après quinze siècles, n'est pas apaisée. Augustin c'est l'inquiétude de l'esprit au sein même du port trouvé (Jean-Claude Eslin).
Né à Tunis en 1332, Ibn Khaldûn est un Maghrébin originaire d'une tribu arabe : il hérite d'une tradition et d'une culture qui détermineront radicalement sa pensée. C'est l'époque où s'effondre et se divise l'extraordinaire civilisation des Almohades. Il observe et participe aux luttes des clans qui s'arrachent la dépouille de l'empire. Il rêve d'une reconstruction de cette puissance. Soumis aux aléas des succès et des revers des partis qu'il a rejoints et qu'il soutient tour à tour lorsqu'il y voit une chance de réussir l'union (ce qu'on interprète souvent comme un opportunisme politique de mauvais aloi), il y acquiert une vision pessimiste de l'histoire. Il ressent la perte symbolique d'Al-Andalûs comme un exil du paradis, ce par quoi il est proche des mystique soufis : le déclin du Maghreb est comme celui de la lumière, l'ombre s'étend plus vite au coucher. Il le traduira dans sa vie par son retrait du monde, du siècle dirait un chrétien, dès 1375. Là il entame la rédaction de son œuvre majeure, Al-Muqaddima et commence à élaborer les grandes lignes de sa pensée toute entière tournée vers la compréhension de l'écheveau où l'intriquent l'histoire, la politique, l'économie et la sociologie (bien que ces termes n'aient pas eu cours à l'époque). Le prodige est que, tournant le dos à la tentation mystique qu'il vivait personnellement, il rendra à l'homme son rôle central dans l'évolution des sociétés : c'est un animal social sans destin propre en dehors de celui de sa société. Dès lors, il s'évertue, au-delà du récit de l'histoire évènementielle de lui connue, celle des Arabes du Maghreb à éclairer toutes les articulations qui dynamisent l'histoire de l'humanité (rendant obsolète la thèse du retour cyclique des ères). Examinant très finement le fonctionnement des sociétés maghrébines de son temps, il oppose dialectiquement bédouins nomades et citadins sédentaires tantôt, conflictuelles parfois, un des ressorts du mouvement de l'histoire.
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