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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 03/02/2014

Cycle des
 
Conférences du C.V.C.I.

Hubert Gabrié

     Professeur à l'Université Paris-Dauphine

a proposé une conférence

"L'économie française et le développement du capitalisme financier"

le 16 février 2008 au Domaine des Gueules Cassées à La Valette.

   La France connaît depuis une dizaine d'années une croissance "molle" d'environ 2 % qui doit être comparée avec les "Trente glorieuses" où la croissance flirtait avec 5.5 %. Cependant cette croissance française est proche de celle des autres pays européens et même du Japon.

   Sur les 16 pays européens de l'ancienne CEE, seuls trois pays ont fait mieux que la France : la Grande-Bretagne, la Suède et l'Espagne. Pour les deux premiers, il s'agit d'un phénomène passager dû au boom immobilier. La croissance des britanniques ne devrait être que de 1.8 % en 2008, ce qui est plus proche de la moyenne européenne. Seul un pays va véritablement mal : l'Italie.

   Quant au chômage, il régresse en France depuis deux ans maintenant, ce qui semble globalement mieux que ce que font nos voisins. Si les anglais n'affichent officiellement qu'un taux de chômage à 5.5 %, ils ne comptabilisent pas dans leurs statistiques les "travailleurs inemployables". En les réintégrant, les britanniques rejoignent les taux européens.

   La balance commerciale française était habituellement excédentaire. Or, elle est devenue depuis quelques années déficitaire avec 40 milliards d'euros par an. Cela est à rapprocher des anglais : 145 milliards, et des espagnols : 137 milliards ! Seuls les allemands ont une balance commerciale positive qui est surtout liée à une industrie, notamment de la machine-outil, performante et ce, malgré un euro fort. On exporte le quart de notre PIB  (Somme des valeurs ajoutées). En France, le déficit de cette balance est plus le résultat d'une croissance des importations supérieure à celle des exportations.

   Les salaires (comptés comme étant le salaire net augmenté des charges et prestations sociales patronales et salariales), en France, stagnent depuis maintenant une vingtaine d'années. Il faut cependant être prudent dans l'analyse de ces chiffres. Il s'agit du salaire moyen qu'il faut tempérer par un accroissement très fort dû temps partiel (NDLR - travailler moins pour gagner moins...). Ceci permet pour partie d'expliquer la croissance molle avec une augmentation faible des dépenses de consommations des actifs avec une baisse du taux d'épargne des ménages. Ce dernier est traditionnellement en France important, environ 15 % des revenus. Il a tendance a diminuer (env. 12.5 % actuellement).

   Si les salaires stagnent, les profits des entreprises, eux, explosent !

   On compte en France 2,7 millions d'entreprises. Plus d'1,5 million d'entre elles n'ont aucun salarié ; 2,4 millions d'entre elles ont moins de 9 salariés. Seules 5000 ont plus de 200 salariés. Ce sont ces dernières qui sont déterminantes dans la croissance de l'économie française. Les 100 plus grandes sont responsables de 30 % du PIB. Des entreprises comme Renault ou Peugeot réalisent à elles seules 1.2 % du PIB chacune !

   La moitié de ces grandes entreprises sont encore contrôlées par des familles. C'est vrai en France mais aussi en Allemagne, en Italie, en Hollande et en Espagne ; ce n'est pratiquement plus le cas dans les entreprises anglo-saxonnes où ce sont les managers qui ont le pouvoir.

   Les seules entreprises du CAC 40 (Les 40 premières entreprises cotées à la Bourse de Paris) ont eu un profit net qui avoisine les 100 milliards qui peuvent être rapprochés des 1800 Milliards du PIB français.

   Pour les entreprises non financières, le profit brut (Valeur ajoutée moins les salaires et les impôts directs) est de 31 % du chiffre d'affaires. Le rapport entre les salaires et le profit brut va se modifier en faveur du capital. Cependant, l'accroissement des profits ne s'est pas traduit par un accroissement des investissements car les profits ont été essentiellement consacrés à la rémunération du capital et de leurs actionnaires.

   Les entreprises du CAC 40 distribuent jusqu'à 40 % de leurs profits. Or les actionnaires ont tendance à épargner ces sommes, dans l'immobilier par exemple, au lieu de les réinvestir ou de les "consommer".

   Les grandes entreprises ont pris l'habitude de racheter leurs propres actions afin d'éviter une trop grande dispersion de ces dernières et de se protéger contre des prédateurs d'une part et afin d'augmenter encore le rendement des actions d'autre part.

   Les rémunérations des dirigeants augmentent de plus de 15 % l'an. Pour 77 % d'entre eux, leur rémunération a augmenté de 40 % en 2007.

   Le capitalisme a évolué. On est parti d'une conception où l'on prenait en compte l'intérêt des différents partenaires économiques à une conception de share holder, ceux qui détiennent les capitaux. Le taux de rendement des fonds propres (ROE) est devenu primordial : environ 15 % de rentabilité.

   Cette évolution du capitalisme peut être considéré comme dangereuse socialement mais aussi en terme d'efficacité en terme de croissance. La part qui pourrait être consacrée à l'investissement productrice de croissance future va être attribuée à la rémunération du capital.

   Pourquoi ce capitalisme financier ?

   - Le capitalisme a triomphé du socialisme qui permettait de limiter la cupidité du capitaliste.
   - Il y a un triomphe des théories du libéralisme.
   - La faiblesse du pouvoir des syndicats.

   La renaissance du capitalisme (après celui du XIXè siècle) correspond à deux phénomènes :

        1 - La montée en puissance des zinzins (Investisseurs institutionnels)
        2 - L'apparition des nouveaux intervenants : les fonds d'investissements (Private equity)

   Les OPCVM (Sicav, FCP...), attendent une forte rentabilité pour attirer les clients investisseurs. Les ménages ne détiennent directement que 45 % des actions au profit des OPCVM ! Les Zinzins ne détiennent pas suffisamment de capitaux pour prendre le contrôle des entreprises. Elles peuvent néanmoins jouer sur le cours des actions pour faire pression sur les dirigeants, y compris sur les entreprises familiales.

   Les fonds d'investissement achètent des entreprises par le système du LBO (Levrage Buy Out) qui est un système qui permet d'augmenter considérablement ses profits par une méthode de levier. 
   En simplifiant, un fonds d'investissement désire, par exemple, acheter une entreprise 1 milliard d'Euros qui génère un profit de 15 % soit 150 millions d'euros. Ce fonds investit 200 millions et emprunte le reste soit 800 millions. Au bout d'un an, il versera 5 % de l'emprunt des 800 Millions soit 40 millions et empochera la différence : 150 millions de profit de l'entreprise moins les 40 millions d'intérêts (déductibles des impôts bien sûr), ce qui laissera à ce fonds un rendement considérable : 110 millions pour un investissement de 200 millions. Elle pourra revendre ensuite cette entreprise à un autre fonds d'investissement. Ainsi va la vie. Cependant l'entreprise s'est appauvrie à tous les niveaux
.

   Concrètement, les entreprises ont tendance à se recentrer sur leur métier, sur leur activité principale. D'autre part, elles vont avoir tendance à se "déverticaliser", c'est à dire qu'elles vont avoir tendance à sous traiter une part de leur production. Par exemple, un constructeur automobile va plutôt se tourner vers des équipementiers pour lui fournir des pièces plutôt que de les fabriquer elle-même. Elle se concentrera plus sur la conception, le marketing et la vente de ses produits.

   Cette évolution emmène le capitalisme vers une politique à court terme dont l'efficacité est particulièrement douteuse : 40 % des profits de la Société Générale proviennent de la spéculation !