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Dernière modif. : 10/05/2008

Le C.V.C.I. a présenté

une conférence le samedi 25 octobre 2003 de 

René Rémond

©2003 Librairie Gaïa

Conférence du 1er octobre 2005 : "Où en est la construction européenne après le référendum ? Quel avenir  pour l'Europe ?"

    René Rémond, professeur des universités, Président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, élu en 1998 à l'Académie française au siège de François Furet, préside depuis 1988 le Conseil supérieur des archives. Il a contribué au renouveau de l'histoire politique et participé à celui de l'histoire religieuse. Il commente régulièrement l'actualité politique dans la presse et les médias.

Conférence du 25 octobre 2003

Les religions en Europe au XXè Siècle

C’est un des sujets d’actualité très pressant. Le fait religieux nous assaille de toute part. Rien qu’en France, l’actualité des sectes constitue un sujet de préoccupation, les parlementaires ont été amenés à légiférer. Le débat sur le port du voile n’est pas anodin et focalise beaucoup de réflexions sur la religion et sur la laïcité. L’approche du centenaire de la Loi de 1905 sur la laïcité provoque beaucoup de colloques, réunions… La liste n’est pas complète et démontre clairement que le problème n’est pas résolu.

Cette actualité est inattendue par rapport à il y a une quinzaine d’année où l’on semblait constater une diminution de la pratique religieuse ce qui ne semble pas être le cas. Malraux disait que le XXIè siècle serait religieux ; l’histoire ne risque-t-elle pas de lui donner raison ?

Ces questions vont être l’objet d’un grand débat de société. Et le sujet est complexe !

©2003 Librairie Gaïa

©2003 Librairie Gaïa

 

Le temps du religieux est un temps long. La mémoire des faits qui s’y rapportent sont vivaces et pérennes bien longtemps après. L’Europe, tout particulièrement, entretien avec son histoire une relation très étroite. L’Europe n’a en effet donné naissance à aucune des grandes religions mais les a toutes accueillies. Il aura fallu un millénaire pour que tout le continent européen soit évangélisé. Son histoire est celle du catholicisme et de son expansion. C’est le principe d’unité religieuse qui présidera aux tentatives d’unités nationales. Mais ce principe ne durera guerre et deviendra rapidement un facteur de division et d’affrontement (Guerres de Religion, Réforme, Croisades…). L’Europe des trois religions, catholique, réformée et orthodoxe, par delà leurs divisions ont actuellement tendance à se rapprocher.

Cette absence d’unité est la caractéristique de l’Europe : adhésion à la pluralité. Cependant, il reste, notamment en France un très fort courant d’athées et de libres-penseurs.

Il est à noter que le mot même de laïcité n’a pas de traduction littérale dans les autres langues européennes, ce qui ne signifie pas que le concept n’existe pas chez nos voisins européens. C’est quand même une spécificité française.

 

 

La justification de la laïcité, c’est la liberté de conscience. La religion ne doit pas sortir de la sphère privée, car cela garanti l’égalité devant la citoyenneté et permet une intégration indispensable à la cohésion nationale.

Les difficultés sont nombreuses : car si nul ne peut être inquiété pour ses opinions, la croyance religieuse n’est pas une opinion. Or la croyance religieuse a une dimension sociale fondamentale. Elle règle beaucoup de relations, règle des comportements sociaux, soude les gens, mais pose aussi le problème du communautarisme.

 

Quand M. Sarkozy créé le Conseil Musulman et en a nommé le responsable (alors qu’il n’existe pas de clergé ni de hiérarchie dans la religion musulmane) il intervient (à l’instar de Napoléon) directement dans la sphère religieuse alors qu’il y a séparation de l’Eglise et de l’ Etat. Mais pouvait-il faire autrement ?

Il n’y a plus dans aucun pays européen d’Eglise d’Etat ni aucun Etat qui fasse de l’irréligion. La Grèce met des distances entre l’Etat et les instances religieuses, même si ces dernières restent très proches du pouvoir.

Si l’on a trouvé une solution pour les religions historiques, l’Islam reste associé à une autre conception où la pratique religieuse est une constante permanente dans la vie de chacun des croyants ce qui n’est pas sans poser des problèmes de fond. Comment faire bénéficier aux musulmans de la liberté de culte, principe fondamental de la laïcité alors que l’on sait pertinemment que dans certains lieux la pratique de l’Islam y est forcée. Est-ce que ces pratiques sont compatibles avec la notion de laïcité ?

La notion de citoyenneté est le ciment de l’unité de la communauté nationale. Le communautarisme remet en cause cette citoyenneté !

L’écriture de la Charte qui doit, éventuellement, être intégrée dans la Constitution Européenne pose des problèmes dont l’enjeu n’est pas mince :

  • Quel régime pour les cultes ? Faut-il faire intervenir le principe de subsidiarité ?
  • Faut-il faire mention des fondements religieux européens communs ?
  • Faut-il faire référence à Dieu ?
  • Quel est l’avenir des religions en Europe ?

 

U.P.V. Toulon

Le 24 octobre 2003

©2003 Librairie Gaïa