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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 25/08/2010

Grands Prix Littéraires 2008

    Les Grands Prix Littéraires ont été attribués. Cliquez sur les liens ci-dessous pour connaître les lauréats.

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LISTE DES GRANDS PRIX LITTERAIRES D'AUTOMNE 2008

 

 

 

 

 

  Grand Prix de l'Académie Française  

 

Marc Bressant : "La dernière conférence"  Éditions de Fallois

Une conférence internationale comme tant d'autres. Minuscule monde clos où s'affrontent les intérêts des États, mais aussi s'entremêlent les intrigues personnelles de leurs représentants.

Elle s'ouvre à Londres en octobre 1989, rassemblant tous les pays européens. Nul n'en attend rien. Même si Gorbatchev et sa perestroïka laissent pressentir de possibles évolutions, on est encore en plein équilibre de la terreur. Du reste, au moment où débute la Conférence, l'Allemagne de l'Est célèbre en fanfare son quarantième anniversaire. Pourtant l'impensable va survenir : quand la Conférence se sépare deux mois plus tard, le Mur de Berlin sera tombé, et, comme dans un jeu de massacre, les démocraties populaires auront été l'une après l'autre balayées.

Tout au long de cette Dernière Conférence de la guerre froide, Tromelin, le chef de la délégation française, tient son Journal. Sous son regard d'ethnologue, s'agite la faune souvent dérisoire, parfois inquiétante, de ses collègues des deux blocs. Englués au départ dans leurs certitudes, ceux-ci vont vite se trouver démunis face à la tempête qui se lève et peu à peu leur arrache tous leurs repères.

Tel un sismographe planté au coeur de ces semaines décisives, le témoignage de Tromelin restitue le tracé du tremblement de terre qui ébranla alors l'Europe et le monde, et en modifia radicalement la trajectoire.
Avec une verve impitoyable, le texte cerne, dans ce ghetto qu'est une conférence diplomatique, le destin d'un groupe d'hommes et de femmes confrontés à ce à quoi leur métier les avait le moins préparés : un interstice de liberté dans la trame de l'Histoire.

Diplomate, Marc Bressant a participé à des rencontres Est-Ouest qui auraient pu être cette Dernière Conférence. Il a publié plusieurs romans.

Extrait du livre


SEPTEMBRE

Londres, samedi 30 septembre 1989

Par petits paquets, les délégués de la Conférence ont commencé à débarquer au Carlton. Costumes trois pièces piquetés à la boutonnière et tailleurs Chanel bien décidés à conquérir le monde croisent sans les voir apparatchiks patibulaires et militantes nattées de frais. Aucune tête connue. J'aurai tout mon temps, hélas, pour identifier jusqu'aux plus minuscules verrues sur chacune des nuques présentes.
Car la comédie va durer deux mois ! Deux bons mois même, claquemuré ici, à affronter le Diable ! Un Diable un peu plus présentable, certes, depuis qu'il s'affuble en Gorbatchev. Et l'Enfer ne sera pas tout à fait infernal, puisque Londres, dit-on, est une ville où certains s'arrangent pour survivre. C'est en substance ce qu'on m'a dit à Paris en m'annonçant ma désignation à la tête de la délégation française : j'ai de la veine finalement, la Conférence aurait pu se tenir à Kiev, en pleine époque Brejnev et par -30° à l'ombre.
Bien sûr, personne n'attache la moindre importance à un détail minuscule : depuis mon entrée au Département, j'ai toujours refusé de m'intéresser à ces histoires européennes. Ce n'est pas pour rien que j'ai choisi l'Asie comme terrain de pacage. Pour ne pas me sentir trop directement concerné, donc consterné, par la situation alentour. L'Europe, ma planète natale, est coupée en deux. Une situation abominable. D'une indicible injustice, et tout ce qu'on voudra, pour les peuples pris dans la nasse. Reste, équilibre de la terreur oblige, que les barbelés qui nous séparent sont plantés pour un bon moment encore. «Le Mur de Berlin sera encore là dans cinquante ou cent ans», a prévenu l'ineffable patron de l'Allemagne de l'Est voilà seulement quelques mois. Perestroïka ou pas, Yalta est une donnée aussi imparable que la rotondité de la Terre ! À d'autres, donc, de suivre les interminables conférences Est-Ouest et les microscopiques avancées auxquelles il leur arrive d'aboutir certaines années fastes ! Le désespoir est assez chevillé au fond de nos âmes pour qu'on n'en rajoute pas.


 

 

 

     Prix Femina      

 

Jean-Louis Fournier : "Où va-t-on papa ?"  Stock

Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J’avais honte ? Peur qu’on me plaigne ? Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c’était pour échapper à la question terrible : « Qu’est-ce qu’ils font ? » Aujourd’hui que le temps presse, que la fi n du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j’ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu’on ne les oublie pas, qu’il ne reste pas d’eux seulement une photo sur une carte d’invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n’ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d’ange, et je ne suis pas un ange. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d’une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d’eux avec le sourire. Ils m’ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement. Grâce à eux, j’ai eu des avantages sur les parents d’enfants normaux. Je n’ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n’avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu’ils feraient plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien. Et surtout, pendant de nombreuses années, j’ai bénéficié d’une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j’ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.

 

 


 

      Prix Femina Essai      

   

Denis Podalydès : "Voix off"  Mercure de France

" Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible, qu'un studio d'enregistrement ? Enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute - sans effort de projection, dans le médium -, deux ou trois heures durant, je lis les pages d'un livre.
Le monde est alors celui de ce livre. Le monde est dans le livre. Le monde est le livre. Les vivants que je côtoie, les morts que je pleure, le temps qui passe, l'époque dont je suis le contemporain, l'histoire qui se déroule, l'air que je respire, sont ceux du livre. J'entre dans la lecture. Nacelle ou bathyscaphe, le réduit sans fenêtre où je m'enferme autorise une immersion ou une ascension totales.
Nous descendons dans les profondeurs du livre, montons dans un ciel de langue. Je confie à la voix le soin de me représenter tout entier. Les mots écrits et lus me tiennent lieu de parfaite existence. Mais de ma voix, lisant les mots d'un autre, ceux d'un mort lointain, dont la chair est anéantie, mais dont le style, la beauté de ce style, fait surgir un monde d'échos, de correspondances et de voix vivantes par lesquelles je passe, parlant à mon tour, entrant dans ces voix, me laissant aller à la rêverie, à l'opération précise d'une rêverie continue, parallèle et libre, je sais que je parle, je sais que c'est de moi qu'il s'agit, non pas dans le texte, bien sûr, mais dans la diction de ces pages.
Alors d'autres voix encore se font entendre, dans la mienne ".

 

 


 

      Prix Femina Étranger      

 

Sandro Veronesi : "Chaos calme"  Grasset

Pietro Palladini est immobile, Dans l'œil du cyclone.
Il ne sort plus de sa voiture, garée au bas de l'école de sa fille à Milan. Ce quadragénaire séduisant que la vie avait épargné vient de perdre sa femme, Lara. Il attend de souffrir, mais ce n'est pas si facile de ressentir la perte. Les amis et les anonymes viennent lui parler, l'étreindre, partager ce temps suspendu, ce " chaos calme " où il se réfugie désormais. Une jolie fille qui promène son chien, les collègues de travail à la veille d'une fusion financière sans précédent, un frère fumeur d'opium, une belle-sœur qui se dénude en pleine crise de nerfs, une milliardaire érotisée, tous perdent à un moment leur calme, leur dignité, leurs masques.
Tous renoncent à la comédie sociale. Sur cette situation digne d'un Beckett loufoque. Sandre Veronesi construit un roman polyphonique, livre de la maturité, émouvant, ample, magistralement tissé : le mélange de l'intime dans ce qu'il a de plus vibrant et du réel dans ce qu'il a de plus dérangeant.

 

 


 

      Prix Goncourt      

 

Atiq Rahimi : "Syngué Sabour. La pierre de patience"  POL

En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera...
Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.

 

 


 

    Prix Interall    

 

Serge Bramly : "Le premier principe, le second principe"  J.C. Lattès

Les sources : C’est une histoire secrète de la fin du XXe siècle qui pourrait commencer ainsi : le photographe Max Jameson traquait une princesse britannique, avait pour voisin un marchand d’armes suisse et pour ami un premier ministre français. Tous les quatre ont connu la lumière, puis une fin tragique.

Le traitement : L’histoire commence en 1981, par le mariage de la princesse, et s’achève de nos jours. Elle nous est racontée par un analyste de la DGSE, nostalgique des années où il était en poste à Shanghai. Refusant la théorie du complot, il préfère tout expliquer selon les deux principes de la thermodynamique :
- tout corps se refroidit au contact d’un corps froid ;
- dans un système clos, l’entropie, le désordre va en augmentant.
Ce sont des vérités que n’importe qui peut éprouver au bureau, en affaires, en politique aussi bien que dans sa vie de couple.

Avec cette fresque ample, foisonnante, soutenue par une longue enquête dans le milieu des armes et du renseignement, Serge Bramly nous entraîne d’une garden-party à l’Élysée aux bords de la mer de Chine, en passant par l’Afrique et l’ex-Yougoslavie, nous plongeant au cœur des ténèbres et recomposant de manière éblouissante l’histoire occulte de la France de ces trente dernières années, sa violence, ses tragédies intimes et ses scandales nationaux, ses espoirs déçus, ses faux suicides, ses secrets si explosifs qu’aujourd’hui encore il arrive que l’on tue pour empêcher leur divulgation.

 

 


 

      Prix Médicis      

 Jean-Marie Blas de Roblès : "Là où les tigres sont chez eux"  Zulma

Là où les tigres sont chez eux est le fruit de dix ans de travail, roman somme qui interroge le genre avec une formidable érudition mise au service d'un sens merveilleux de la narration.

Voyageur érudit, archéologue de terrain habitué du rivage des Syrtes et des déserts libyques, Jean-Marie Blas de Roblès nous offre, autour de la révélation du génie baroque d'Athanase Kircher, une kyrielle extravagante de portraits contemporains en lice pour la conquête du sens dans un monde forcené et pathétique.

Né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès, puis ballotté en Camargue, à Rouen et dans les Vosges après le rapatriement des Français d'Algérie, Jean-Marie Blas de Roblès passe son adolescence dans le Var. Études de philosophie à la Sorbonne, d'histoire au Collège de France, régates au long cours en Méditerranée. En poste au Brésil comme enseignant et directeur de la Maison de la Culture Française à l'Université de Fortaleza, il reçoit le prix de la nouvelle de l'Académie Française pour son recueil La Mémoire de riz (1982). 

Transfert en Chine Populaire : premiers cours sur Sartre et Roland Barthes jamais donnés à l'Université de Tien-Tsin (Tianjin), à la fin de la Révolution Culturelle ; La Mémoire de riz est traduite en chinois et en tchèque. Parution de L'Impudeur des choses, son premier roman (1987). Après un séjour au Tibet, il rejoint sa nouvelle affectation à l'Université de Palerme en empruntant le Transsibérien. Un deuxième roman, Le Rituel des dunes, paraît en 1989. C'est à Taïwan (Alliance Française de Taipei) qu'il commence son troisième roman, Là où les tigres sont chez eux, et abandonne l'enseignement pour se dédier à l'écriture. Voyages au Pérou, au Yémen et en Indonésie. À partir de 1990 publication d'essais ou de textes poétiques en revues - notamment dans Le Mâche-Laurier (2006)-, et de Méduse en son miroir (2008) chez Mare Nostrum. Membre de la Mission Archéologique Française en Libye depuis 1986, il a participé chaque été aux fouilles sous-marines d'Apollonia de Cyrénaïque, de Leptis Magna et de Sabratha en Tripolitaine ; il dirige actuellement la collection Archéologies qu'il a créée chez Edisud et où il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation. Dans le même cadre d'activités, il est aussi responsable de rédaction de la revue Aouras, consacrée à la recherche archéologique sur l'Aurès antique.


 

      Prix Médicis Essai      

   

Cécile Guilbert : "Wharol spirit"  Grasset

Qui était vraiment l’artiste américain d’origine tchèque nommé Andy Warhol (1928-1987) ? Un prophète ? Un imposteur ? Un monstre ? Un crétin ? Un sage ? Un théologien paradoxal ? Le plus véridique artiste du XX° siècle ? Il se prétendait lui-même « machine », « surface » ou « miroir » : c’est dire que toute enquête à son sujet se révèle périlleuse. Et c’est ce péril (d’extase ou de dénigrement) que Cécile Guilbert a su magnifiquement conjurer ici. Car ce livre prend à revers tout ce qui a pu déjà être dit ou écrit sur l’illustre peintre-photographe-écrivain-mannequin que fut Andy Warhol. C’est un « Tombeau » - au sens de genre littéraire – qui lui est ici dressé : son obsession de la mort s’y prête, ainsi que le triomphe contemporain du nihilisme. De ce cahtolique militant et pratiquant, Cécile Guilbert propose une contre-expertise toute de fragments et de subtilité warholienne. Ni biographie, ni essai, ce texte, aussi paradoxal que Warhol lui-même, s’attache à éclairer toutes les dimensions d’une œuvre kaléïdoscopée. Sa table des matières comporte vingt chapitre fonctionnant comme autant de pierres tombales et qui, tous ensemble, « ressuscitent » un Warhol opportuniste, cynique, superficiel, mondialisé – et génial.

 

 


 

      Prix Médicis Étranger      

   

Alain-Claude Sulzer : "Un garçon parfait"    Actes Sud

Dans la Suisse feutrée des années 1960, le douloureux réveil d’une histoire d’amour homosexuelle vieille de trente ans. Un roman bouleversant sur l’amour bafoué, la trahison et l’impossibilité de l’oubli.
Ernest est un employé modèle. Serveur dans la salle de restaurant d’un grand hôtel suisse, il mènerait une vie sans histoire si son penchant pour les garçons ne le mettait parfois en danger : nous sommes en 1966 et la Suisse pratique activement l’homophobie.
Un jour, Ernest reçoit une lettre de Jacob qui, d’Amérique, lui demande de lui rendre un service des plus embarrassants. Trente ans auparavant, Jacob fut le grand amour d’Ernest, et cette lettre réveille chez ce dernier des sentiments qu’il a longtemps crus morts.

Leur histoire a commencé dans les années trente, alors qu’Hitler venait de prendre le pouvoir. Elle avait pour cadre le somptueux Hôtel du Parc, qui domine le lac de Breinz. Les riches familles juives ou celles des opposants allemands ne venaient pas là pour jouir de la vue des célèbres chutes de Giessbach : elles fuyaient le nazisme et le luxe feutré du palace était impuissant à calmer leur effroi. C’est dans cette ambiance électrique qu’Ernest, serveur au restaurant du palace, avait été chargé de former Jacob, récemment embauché. Dès le premier regard, le taciturne et si convenable Ernest était tombé éperdument amoureux. Ils devinrent amants. Mais le beau Jacob, ambitieux et vénal, se laissait facilement séduire par les riches clients, jusqu’au jour où il suivit un célèbre écrivain allemand qui quittait l’hôtel avec sa famille pour émigrer en Amérique. Pour sauver les apparences, jeune garçon devint le secrétaire de l’homme de lettres.
Un roman bouleversant sur le double visage des amours homosexuelles. L’amour fou entre garçons, entre égaux. L’amour vénal et pourrait-on croire purement sexuel entre clients et employés, entre messieurs riches et jeunes gens pauvres. Un amour qui ici sera bafoué, trahi, et pourtant impossible à oublier.

 


 

    PRIX RENAUDOT   

 

Tierno Monénembo : "Le roi de Kahel"  Seuil

Au début des années 1880, Aimé Victor Olivier, que les Peuls appelleront Yémé et qui deviendra le vicomte de Sanderval, fonde le projet de conquérir à titre personnel le Fouta-Djalon et d'y faire passer une ligne de chemin de fer.
On a presque tout oublié de lui aujourd'hui: il fut pourtant un précurseur de la colonisation de l'Afrique de l'Ouest et ses aventures faisaient le régal des gazettes de l'époque. Au cours de ses cinq voyages successifs, Sanderval parvient à gagner la confiance de l'almâmi, le chef suprême de ce royaume théocratique qu'était le pays peul, qui lui donne le plateau de Kahel et l'autorise à battre monnaie à son effigie.
De ce personnage haut en couleur, Tierno Monénembo nous offre une foisonnante biographie romancée. L'épopée solitaire d'un homme, Olivier de Sanderval, qui voulut se tailler un royaume au nez et à la barbe de l'administration française. et des Anglais.

 

 


 

    PRIX RENAUDOT ESSAI    

 

 

Boris Cyrulnik : "Autobiographie d'un épouvantail"  Odile Jacob

Boris Cyrulnik poursuit dans ce livre son étude de la résilience, cette aptitude à rebondir après un traumatisme (agression, catastrophe naturelle, deuil, etc.). Mais à quelles conditions la résilience estelle possible ? Boris Cyrulnik analyse ici l'une de ces conditions qui lui semble essentielle. De la même manière que saint Martin coupait son manteau pour le partager avec un nécessiteux, c'est en revêtant le traumatisé d'un « manteau de paroles » qu'on lui permet d'être résilient.
D'un côté, le récit permet de donner un sens à ce qui est arrivé et donc de ne pas sombrer dans l'absurde qui dévaloriserait à tout jamais aux yeux du traumatisé son existence. De l'autre, en étant entendu par les autres, le récit permet au traumatisé de se reconstruire à partir de son traumatisme, sans devoir l'enfouir, le nier, le cacher, ce qui là encore dévaloriserait son existence. Le récit donne donc à la fois un sens et une valeur, et l'un et l'autre sont indispensables à la résilience.
Ce livre est un livre d'espoir, d'amour de la vie à nul autre pareil, un livre de courage.