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Guy Konopnicki


Photo Librairie Gaïa

Romancier, Guy Konopnicki est journaliste à Marianne et collaborateur de France Culture où il participe à l'émission Des papous dans la tête.

L'auteur est venu samedi et dimanche

"Ligne 9"  Gawsevitch

La ligne 9 relie la mairie de Montreuil au pont de Sèvres. C'est la plus longue du métro parisien. Sous la plume de Guy Konopnicki, qui n'a jamais cessé de l'emprunter, elle devient un parcours romanesque. Trente-huit stations, trente-huit chapitres. Toute l'action se situe sur la ligne. Le personnage principal, Joseph Kaplan, a trente-huit ans en 1983, et il voyage en compagnie des fantômes de l'histoire. Son métro mène du Paris ouvrier aux beaux quartiers, il flâne sous les Grands Boulevards et passe par les sommets de l'Etat. Là-haut, c'est comme dans le métro, on est poursuivi par les slogans publicitaires. Joseph Kaplan est entré dans la vie avec un ticket périmé, qu'il a troqué pour ceux du PMU, mais, pour lui, la ligne 9 sera aussi une ligne d'amour. En voiture, donc. Et prenez garde à la fermeture automatique des portières.

 

"Prix littéraires : la grande magouille"  Gawsevitch

En 2003, le prix Goncourt a fêté ses cent ans : il est né la même année que Raymond Queneau et Georges Simenon qui ne l'ont jamais eu. Mais les prix littéraires n'ont pas la prétention de consacrer un écrivain, ils visent seulement à assurer les ventes de quelques romans. Si bien que, chaque année, éditeurs et auteurs s'activent auprès des jurés du Concourt, du Femina, du Médicis et de l'Interallié. Élus à vie, ces jurés travaillent parfois jusqu'aux limites tolérées par la maladie de Parkinson. Ils sont censés repérer le chef-d'œuvre parmi plus de six cents romans qui paraissent chaque année à l'automne. Heureusement, les grands éditeurs simplifient leur travail, et poussent quelques poulains choisis parmi leurs nombreux auteurs. Les membres de ces doctes académies ont parfois des faiblesses : écrivains eux-mêmes, ils sont sensibles aux choix de leur propre éditeur.
Ceux-ci se montrent d'autant plus attentifs qu'un Goncourt primé doit logiquement se vendre à 200 000 exemplaires, sans compter les éditions clubs, les poches, traductions et droits d'adaptation. Las ! La machine est en panne. En 2002, aucun prix n'a dépassé les 70000 exemplaires, si ce n'est le Médicis étranger, Philip Roth. Le public ne suit plus. Comment pourrait-il avoir confiance dans ces jurys tous liés à des maisons d'édition ? Il est temps de donner de l'air à ces institutions, et d'en finir avec les jurys inamovibles.

 

"Né après"  La Martinière

Un jour à l'école, Guy Konopnicki se fait traiter de " sale Boche ". Original pour un juif. Certes, chez lui, on parle allemand. Cette scène se passe après, car il est né après. C'est ainsi qu'il se présente, pour se situer dans une histoire qui dépasse largement le cadre de la généalogie familiale. Il revient sur cette " situation ", sur les rapports qu'il entretient avec la langue maternelle, les traces d'une culture germanique qu'il n'a pas appris à hair. Il revient sur tous les engagements politiques nés de cet après, le communisme, le socialisme, le sionisme. Il revient sur cet inconfort qu'il ressent devant le nouveau visage de la gauche française, sur cette distance qui l'éloigne de ses anciens compagnons de route. Pourquoi ne peut-il plus défiler avec eux ? Pourquoi l'antisionisme est-il devenu une passion française ? Né après est un récit intime, poignant, qui éclaire d'une manière inédite et percutante le profond malaise française des juifs de gauche dans la France d'aujourd'hui.

 

"La gauche en folie"   Balland

On croyait la gauche assommée par sa défaite d'avril 2002, mais non ! Elle est heureuse, comblée. Enfin vaincue, elle espère retrouver sa pureté. " Nouveau monde ", " nouveau parti socialiste ", tout doit être neuf et pourtant la gauche court après les vieux mythes de son histoire. Elle veut oublier les années passées au gouvernement et renouer avec une culture bâtie sur une succession de défaites. Malheur à qui se réclame du réformisme, le dernier carré du peuple de gauche veut rêver, ses dirigeants se radicalisent, fascinés qu'ils sont par les succès du gauchisme. Avec " Che " Guevara et José Bové pour modèles, la gauche ne risque pas d'inquiéter Chirac et Raffarin. Les réalistes, les réformistes se taisent : ils savent qu'à trop se montrer, ils risqueraient d'être immolés par leur propre camp, comme le furent Pierre Mendès-France et Michel Rocard.
Encore un effort et nous aurons retrouvé la gauche d'autrefois, celle d'avant 1981, divisée par les mots, fascinée par d'effroyables révolutions, désespérément marginale et impuissante. Voici le portrait décapant d'une gauche perdue, par quelqu'un qui la fréquente, la soutient et la critique depuis toujours.

 

"Le camion du froid"   Eden

Tous les passagers du camion n'étaient pas refroidis. Seul le vieux Chang avait survécu. Le Major avait dû quitter sa retraite des Highlands. Ce frigo roulant ramenait de Londres les souvenirs de la guerre froide. Les deux hommes s'étaient maintes fois affrontés, à Hong Kong, quand le Major dirigeait la police de la colonie britannique. Agent des services secrets de la Chine populaire, Chang était alors de tous les coups tordus. Mao était mort, les Anglais avaient rendu Hong Kong et les deux vieillards se retrouvaient avec ce sordide fait divers d'immigration clandestine.

 

"La faute des juifs"   Balland

La Lettre aux juifs est en passe de devenir un genre littéraire. Persuadés de détenir, comme leur prédécesseur, Paul, des vérités d'évangile, nos modernes épistoliers s'inquiètent de l'évolution du peuple juif. Ils condamnent d'autant plus sévèrement la politique d'Israël qu'on ne saurait les soupçonner d'antisémitisme. Et persuadés que les désordres du monde doivent tout à l'injustice qui marque le Proche Orient, ils n'ont de cesse d'interpeller leurs " amis juifs ". Ainsi les juifs sont-ils, de nouveau, chargés de fautes inexpiables, celles d'Israël : non content d'être responsable des conflits qui l'ont opposé aux Palestiniens comme à ses voisins arabes, Israël serait donc aussi la cause indirecte d'un terrorisme capable d'abattre les gratte-ciel de New York. Est-il bien raisonnable d'imaginer que tous nos malheurs surviennent par la faute des juifs ?

 

"Pour en finir avec la France éternelle"   Grasset

" Il y a des gens qui vous parlent de la langue française et se targuent de ne pas savoir prononcer un nom qui commence par K. Cette vision rétrograde de la France et de la culture me ferait rire si je n'étais chatouilleux du blaze. La Nation, je ne connais que ça, je suis né dans ce coin-là, en fils d'une histoire française, celle d'une famille d'immigrés juifs. La nationalité n'est pas une affaire de mottes de terre, et, moins encore... la littérature ! Côté langue, on me pardonnera de préférer Queneau et Perec, Hugo et Aragon, aux éternels écrivains de terroir, qui vous vendent de la nostalgie à la façon des charcutiers industriels. Tout comme d'autres, en politique, n'ont de cesse d'évoquer les splendeurs du patriotisme républicain et de sa bonne vieille école, en oubliant, au passage, ce que les charniers doivent aux certitudes tricolores.
Mais pourquoi chante-t-on toujours cette France figée et conservatrice, quand notre littérature est peuplée de héros espagnols et de bagnards en rupture de ban, quand les plus beaux vers contemporains s'accrochent aux yeux d'une juive russe - Elsa ? A force de pleurer notre fameuse exception française, on ne sait plus ce qui, en ce pays, pourrait être, vraiment, exceptionnel. " G.K.

 

"Le jour où Haider..."   Rocher

Il y a Vienne, écrasée par ses souvenirs de splendeur. Une ville musée, un Disneyland de la culture européenne. On se cogne partout sur Sissi, Mozart, Zweig et Kafka... Jörg Haider lui-même n'échappe pas au portrait géant de Freud accroché en face de la présidence. Haider offre une autre version du passé : on avait oublié que la ville de Freud était, aussi, celle d'Adolf Hitler. Cette fois, l'Europe n'accepte pas. Elle ne peut rester indifférente à l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite. Je devrais être satisfait, je ne le suis pas. C'est que l'on a, vis-à-vis de l'Autriche, des exigences que l'on voudrait retrouver ailleurs. Ce petit pays allemand que l'on croyait voué aux valses et opérettes est assurément coupable ! Mais la France s'était acharnée sur l'ancien empire, elle avait provoqué la ruine de l'Europe pour les beaux yeux d'un terroriste serbe.
De Sarajevo à Sarajevo, les scories de l'histoire n'ont pas fini de tomber sur l'Autriche. Hier le rideau de fer coupait Vienne de Prague et Budapest. Aujourd'hui Haider n'est qu'un dommage collatéral des guerres de l'ex-Yougoslavie. Et ce n'est pas la germanophobie qui nous protégera du fascisme, elle est, au contraire, l'antifascisme des imbéciles.

 

"Candide 2, le retour"   Flammarion

Candide 2, le retour est un remake. L'action se déroule à la fin d'un siècle, le nôtre, qui ne fut pas vraiment celui des Lumières. De sorte que le professeur Pangloss n'est pas même Leibniz. Synthèse de bien des intellectuels du temps, il se peut aussi qu'il ressemble à l'auteur. Notre Pangloss ne partage pas toutes les illusions de son prédécesseur, il ne pense pas qu'il vit dans le meilleur des mondes et se contente de rechercher le Bien, le Juste et, en certains cas, la Vertu. Candide n'est pas tout à fait l'optimiste que Voltaire promenait dans les cataclysmes et les folies de son époque. C'est un jeune homme d'aujourd'hui, formé par la philosophie de Pangloss. Il croit au Bien, à la Raison et au triomphe du Droit. Quant à Cunégonde, elle reste la plus belle et la plus douce des jeunes filles que l'on ait jamais rencontrée. Les autres personnages sont imaginaires, de même certains pays. Mais aucune ressemblance n'est fortuite, cela va de soi.

 

"Eloge de la fourure"   Points Virgule

" La fourrure est aujourd'hui considérée comme un crime. Le seul fait de la porter passe pour un attentat contre de pauvres bêtes. Cette parure sensuelle devient un signe extérieur d'infamie, la marque d'une insupportable cruauté. Elles nous seraient interdites à jamais, ces cascades de pelages, ces débauches de couleurs dans l'infinie diversité des bruns, des ocres, des gris et des dégradés du noir au blanc ? De l'esprit bourgeois, il nous restera le pire, qui nous condamne à vivre dans le calcul mesquin ! Voici que l'on entend nous priver de ce qui rendait, le temps d'un soir, la bourgeoisie supportable : les bourgeoises et leur manière de confondre le luxe et le désir. Hier le bourgeois, même le petit, offrait une fourrure à sa femme : le néo-bourgeois d'aujourd'hui lui offre un ordinateur.
Boris Vian ne se trompait pas, on ne fait plus sa cour en jetant fourrures et bijoux aux pieds de la dame, le cadeau de noces est une cuisine équipée avec le ratatine-ordures et la tourniquette à faire la vinaigrette. La réussite se mesure à la taille du congélateur. Elle est glaciale, cette fin de siècle. Ce n'est guère le moment de se passer de fourrure ! " G.K. Romancier ( Au nouveau chic ouvrier), essayiste, Guy Konopnicki est aussi conseiller régional d'Ile-de-France apparenté au groupe des Verts. Refuse de confondre écologie et pensée bête.