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Dernière modif. : 01/07/2008

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LA TURQUIE

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Orhan Pamuk

Orhan Pamuk, enfin… Vit à Istanbul, dans une certaine sécurité tout en affichant des positions très éloignées du compromis : ceci grâce à une notoriété (il professe dans des universités US)  largement internationale. Cinq romans à ce jour, et déjà une véritable œuvre s’impose, avec ses contours tranchés, ses thèmes récurrents et ses obsessions angoissées — mot juste un peu fort pour attraper ce qui se cache sous l’humour, l’usage (modéré) du genre policier et la distanciation historique.

Deux niveaux de pensée ne cessent de s’entrelacer avant de se rejoindre : en premier lieu quelque chose d’intime qui doit puiser à des expériences personnelles — bien que l’auteur  se tienne toujours retiré très loin du texte — et où sont triturés les thèmes de la disparition, de la fuite, l’idée étant que l’amour porté à un autre a le pouvoir de le faire s’évanouir, ou pire, de le tuer (La Vie nouvelle ; Le Livre noir).

Ensuite une réflexion sur l’histoire si complexe de son pays, le passé ottoman, la relation à l’Occident, l’identité turque, la place dans le concert des nations d’un peuple qui fut à son apogée le plus puissant de la planète (Le Château blanc ; Mon nom est Rouge). Pour autant, on ne trouvera pas trace de nationalisme, de revendication identitaire, non, le propos est ailleurs, dans un amer constat de la fuite, de la perte, encore. C’est là que les deux plans se fondent dans une interrogation sur la vanité des civilisations, des pouvoirs et des entreprises humaines.

« Le passé est plus plastique que le présent. C’est un endroit vide où plus personne ne vit et où on est libre de manipuler la réalité. Dans Mon nom est Rouge c’est à la fin du XVIe siècle qu’il a élu domicile. Et plus précisément parmi les ruelles enneigées d’un Istanbul mythique où évoluaient déjà les personnages de ses précédents livres. Il a construit son récit selon les règles d’un roman à énigmes conduisant le lecteur à la recherche d’un assassin. Qui est le meurtrier de M. Délicat, ce fameux miniaturiste qui travaillait pour le Sultan à l’illustration d’un livre selon la manière italienne et a été jeté au fond d’un puits ? À travers cette intrigue Pamuk pose la question de la représentation et de la tradition picturale : en donnant la parole à différents personnages il affirme avec brio les thèmes qui lui sont chers, le labyrinthe, le double, les ténèbres et la mort. »

(Raphaëlle Rérolle le Monde)  

Un troisième niveau, mise en abyme et questionnement sur l’écriture, participe à l’impression de vertige qui saisit tout lecteur de Pamuk.  « Comme dans Le livre noir, éblouissante exploration des mythologies turques à travers les errances d’un homme dans le labyrinthe des rues d’Istanbul, Orhan Pamuk lance son héros à la double recherche de la femme qu’il aime et de l’écrivain qu’il admire. Quête en abyme : le narrateur de La Vie nouvelle confesse avoir été bouleversé par la lecture d’un ouvrage dont l’auteur reste mystérieux, et la fille qu’il rencontre, perd, retrouve, reperd est, elle, amoureuse d’un garçon qui, après avoir lu le même livre, avait ressenti un trouble analogue, avait voulu changer de vie,  et depuis, s’est envolé. L’un des enjeux du roman réside dans cette ambiguïté : la force qui vous pousse vers d’inaccessibles paradis n’est-elle pas la même que celle qui vous entraîne vers l’enfer des mirages, et vous fait percevoir l’ombre menaçante de la mort ? » (J.-L. Drouin le Monde)

   

La Maison du silence — 1988

Le Livre noir — 1995

Le Château blanc — 1996

La Vie nouvelle — 1998

Mon nom est Rouge — 2001

    

tous ces romans traduits du turc par Munevver Andac, sont parus chez Gallimard et existent dans Folio.