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Orhan Pamuk Orhan
Pamuk, enfin… Vit à Istanbul, dans une certaine sécurité tout en affichant
des positions très éloignées du compromis : ceci grâce à une notoriété
(il professe dans des universités US)
largement internationale. Cinq romans à ce jour, et déjà une véritable
œuvre s’impose, avec ses contours tranchés, ses thèmes récurrents et ses
obsessions angoissées — mot juste un peu fort pour attraper ce qui se cache
sous l’humour, l’usage (modéré) du genre policier et la distanciation
historique. Deux
niveaux de pensée ne cessent de s’entrelacer avant de se rejoindre : en
premier lieu quelque chose d’intime qui doit puiser à des expériences
personnelles — bien que l’auteur
se tienne toujours retiré très loin du texte — et où sont triturés
les thèmes de la disparition, de la fuite, l’idée étant que l’amour porté
à un autre a le pouvoir de le faire s’évanouir, ou pire, de le tuer (La
Vie nouvelle ; Le Livre noir). Ensuite
une réflexion sur l’histoire si complexe de son pays, le passé ottoman, la
relation à l’Occident, l’identité turque, la place dans le concert des
nations d’un peuple qui fut à son apogée le plus puissant de la planète (Le
Château blanc ; Mon nom est Rouge). Pour autant, on ne trouvera pas trace
de nationalisme, de revendication identitaire, non, le propos est ailleurs, dans
un amer constat de la fuite, de la perte, encore. C’est là que les deux plans
se fondent dans une interrogation sur la vanité des civilisations, des pouvoirs
et des entreprises humaines. «
Le passé est plus plastique que le présent. C’est un endroit vide où
plus personne ne vit et où on est libre de manipuler la réalité. Dans Mon
nom est Rouge c’est à la fin du XVIe siècle qu’il a élu domicile. Et
plus précisément parmi les ruelles enneigées d’un Istanbul mythique où évoluaient
déjà les personnages de ses précédents livres. Il a construit son récit
selon les règles d’un roman à énigmes conduisant le lecteur à la recherche
d’un assassin. Qui est le meurtrier de M. Délicat, ce fameux miniaturiste qui
travaillait pour le Sultan à l’illustration d’un livre selon la manière
italienne et a été jeté au fond d’un puits ? À travers cette intrigue
Pamuk pose la question de la représentation et de la tradition picturale : en
donnant la parole à différents personnages il affirme avec brio les thèmes
qui lui sont chers, le labyrinthe, le double, les ténèbres et la mort. » (Raphaëlle
Rérolle le Monde) Un
troisième niveau, mise en abyme et questionnement sur l’écriture, participe
à l’impression de vertige qui saisit tout lecteur de Pamuk.
« Comme dans Le livre noir, éblouissante
exploration des mythologies turques à travers les errances d’un homme dans le
labyrinthe des rues d’Istanbul, Orhan Pamuk lance son héros à la double
recherche de la femme qu’il aime et de l’écrivain qu’il admire. Quête en
abyme : le narrateur de La Vie nouvelle
confesse avoir été bouleversé par la lecture d’un ouvrage dont
l’auteur reste mystérieux, et la fille qu’il rencontre, perd, retrouve,
reperd est, elle, amoureuse d’un garçon qui, après avoir lu le même livre,
avait ressenti un trouble analogue, avait voulu changer de vie,
et depuis, s’est envolé. L’un des enjeux du roman réside dans cette
ambiguïté : la force qui vous pousse vers d’inaccessibles paradis
n’est-elle pas la même que celle qui vous entraîne vers l’enfer des
mirages, et vous fait percevoir l’ombre menaçante de la mort ? » (J.-L.
Drouin le Monde)
◊ La Maison du silence —
1988 ◊ Le Livre noir — 1995
◊ Le Château blanc — 1996
◊ La Vie nouvelle — 1998
◊ Mon nom est Rouge — 2001
tous
ces romans traduits du turc par Munevver Andac, sont parus chez Gallimard et
existent dans Folio.
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