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Dernière modif. : 01/07/2008

Dossiers Bibliographiques

LA TURQUIE

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La littérature du XIIIème au XVIIème siècle

Anonyme : Sublimes paroles et idioties de Nasr Eddin Hodja
traduit et présenté par Jean-Louis Maunoury - Phébus 1998 / 13,50 €

Parus en trois volumes dans la collection de référence du même éditeur en 1990, 1994 et 1998, voici réunis en un poche « l’œuvre complète » du légendaire Nasr Eddin Hodja, héros turc célèbre dans tout l’Islam, de l’Atlantique au Sin K’iang, et qui aurait vécu au XIIIe  siècle. Son tombeau est un monument très visité, mais il a toujours été vide… J.-L. Maunoury a consacré dix ans de sa vie à inventorier, traduire et classer plus de cinq cents historiettes. Il en propose aussi une lecture originale, à contre-courant des idées reçues, c’est à dire profondément subversive.

Par monts et par vaux, des Balkans à l’Ouzbékistan, juché sur son âne, Nasr Eddin vit en sectataire des Bektashi, une école de pensée proche des cyniques grecs, privilégiant la « voie du blâme » pour se rapprocher du ciel en bravant tous les interdits : on boit, fornique, scatologise… Un art consommé de garder l’œil sur son Salut tout en jouissant de ce que le créateur a disposé à notre usage : le paradoxe, c’est la vie même.

 

Anonyme : Le Livre de Dede Korkut dans la langue de la gent oghuz

trad.  Louis Bazin et Altan Gokalp

Gallimard 1998 / 256 p. / 19,82 €

Comment peut-on être Turc ? Le choc de la chute de Constantinople, haut lieu de légendes apocalyptiques, a associé les Turcs à la revanche de Troie. Dans cette ambiance de fin des temps, au XVe siècle, ces cavaliers de l'apocalypse que sont les Türk-Oghuz vivent, eux aussi, une transition : le passage à l'Islam et la fin de la vie nomade, qu'ils se mettent à rêver et à idéaliser. C'est cet esprit nomade qui est au coeur de l'épopée de Dede Korkut. Celle-ci restitue l'idée qu'un peuple se fait de son identité et de ses valeurs fondamentales. Une fraîcheur souvent réjouissante et drôle dans un environnement rude, où, à peine levé de sa couche, on part guerroyer, fait le paradoxe de ces récits qui parcourent la steppe anatolienne comme un feu de broussaille.

 

Albertus Bobovius : Topkapï, relation du sérail de Grand Seigneur 
traduit et présenté par S. Yerasimos et Annie Berthier - Actes sud 1999 / 18,15 €

Ce Polonais né en 1610 se retrouve, par des voies que nous ignorons, page du Sultan au palais de Topkapï, sous le nom de Ali Ufkî Bey. Il apprend à jouer du santur , un instrument à cordes, et prend le nom de Santurî Ali Bey. Après y avoir séjourné dix-neuf ans, où il est affecté à la musique du souverain, il en sort en 1657 pour devenir un des traducteurs (drogman) de la Sublime Porte. Il parle treize langues, traduit, commente et devient célèbre dans l’Europe entière.

Ce texte est un des rares témoignages sur le palais du Sultan dont nous ne possédons autrement que de vagues compilations occidentales. Pas de sources ottomanes non plus : on s’interdit de parler de ce qui est inaccessible.

 

Evliyâ Tchélébi : La Guerre des Turcs

traduit et présenté par Stéphane Yerasimos - Actes sud 2000 / 348 p. / 24 €

Né en 1611 à Istanbul, il fut un extraordinaire voyageur. Son Livre de voyages pèse dix volumes et représente quarante ans de nomadisme à travers le pays ottoman. Tour à tour confident des pachas, secrétaire, messager, percepteur, script, poète, chronographe, imam, muezzin, conteur populaire, Evliyâ a été aussi un correspondant de guerre d’une étonnante acuité. C’est cet aspect-là qui a été privilégié dans le présent ouvrage.

Ces récits de batailles ressemblent aux superproductions de l’âge d’or du cinéma. On y retrouve la part magique, fantastique ou mystique de l’historiographie traditionnelle, toutes les conventions du roman populaire oriental, notamment le style hyperbolique. Certes, cette faconde romanesque d’Evliyâ ne fait pas toujours bon ménage avec la relation minutieuse des événements. Cependant, grâce à elle, même un conflit local insignifiant, comme la bataille contre les Cosaques, devient une immense épopée. Un Marco Polo turc ?