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La littérature du XIIIème au XVIIème siècle Anonyme
: Sublimes paroles
et idioties de Nasr Eddin Hodja
Parus
en trois volumes dans la collection de référence du même éditeur en 1990,
1994 et 1998, voici réunis en un poche « l’œuvre complète » du légendaire
Nasr Eddin Hodja, héros turc célèbre dans tout l’Islam, de l’Atlantique
au Sin K’iang, et qui aurait vécu au XIIIe
siècle. Son tombeau est un monument très visité, mais il a toujours été
vide… J.-L. Maunoury a consacré dix ans de sa vie à inventorier, traduire et
classer plus de cinq cents historiettes. Il en propose aussi une lecture
originale, à contre-courant des idées reçues, c’est à dire profondément
subversive. Par
monts et par vaux, des Balkans à l’Ouzbékistan, juché sur son âne, Nasr
Eddin vit en sectataire des Bektashi, une école de pensée proche des cyniques
grecs, privilégiant la « voie du blâme » pour se rapprocher du ciel en
bravant tous les interdits : on boit, fornique, scatologise… Un art consommé
de garder l’œil sur son Salut tout en jouissant de ce que le créateur a
disposé à notre usage : le paradoxe, c’est la vie même.
Anonyme
: Le Livre de Dede
Korkut dans la langue de la gent oghuz
trad. Louis Bazin et Altan Gokalp Gallimard
1998 / 256 p. / 19,82 €
Comment
peut-on être Turc ? Le choc de la chute de Constantinople, haut lieu de légendes
apocalyptiques, a associé les Turcs à la revanche de Troie. Dans cette
ambiance de fin des temps, au XVe siècle, ces cavaliers de l'apocalypse
que sont les Türk-Oghuz vivent, eux aussi, une transition : le passage à
l'Islam et la fin de la vie nomade, qu'ils se mettent à rêver et à idéaliser.
C'est cet esprit nomade qui est au coeur de l'épopée de Dede Korkut.
Celle-ci restitue l'idée qu'un peuple se fait de son identité et de ses
valeurs fondamentales. Une fraîcheur souvent réjouissante et drôle dans un
environnement rude, où, à peine levé de sa couche, on part guerroyer, fait le
paradoxe de ces récits qui parcourent la steppe anatolienne comme un feu de
broussaille.
Albertus
Bobovius : Topkapï,
relation du sérail de Grand Seigneur
Ce
Polonais né en 1610 se retrouve, par des voies que nous ignorons, page du
Sultan au palais de Topkapï, sous le nom de Ali Ufkî Bey. Il apprend à jouer
du santur , un instrument à cordes, et prend le nom de Santurî Ali Bey. Après
y avoir séjourné dix-neuf ans, où il est affecté à la musique du souverain,
il en sort en 1657 pour devenir un des traducteurs (drogman) de la Sublime
Porte. Il parle treize langues, traduit, commente et devient célèbre dans l’Europe
entière. Ce
texte est un des rares témoignages sur le palais du Sultan dont nous ne possédons
autrement que de vagues compilations occidentales. Pas de sources ottomanes non
plus : on s’interdit de parler de ce qui est inaccessible.
Evliyâ Tchélébi : La
Guerre des Turcs traduit
et présenté par Stéphane Yerasimos - Actes sud 2000 / 348 p. / 24 €
Né
en 1611 à Istanbul, il fut un extraordinaire voyageur. Son Livre
de voyages pèse dix volumes et représente quarante ans de nomadisme à
travers le pays ottoman. Tour à tour confident des pachas, secrétaire,
messager, percepteur, script, poète, chronographe, imam, muezzin, conteur
populaire, Evliyâ a été aussi un correspondant de guerre d’une étonnante
acuité. C’est cet aspect-là qui a été privilégié dans le présent
ouvrage. Ces récits de batailles ressemblent aux superproductions de l’âge d’or du cinéma. On y retrouve la part magique, fantastique ou mystique de l’historiographie traditionnelle, toutes les conventions du roman populaire oriental, notamment le style hyperbolique. Certes, cette faconde romanesque d’Evliyâ ne fait pas toujours bon ménage avec la relation minutieuse des événements. Cependant, grâce à elle, même un conflit local insignifiant, comme la bataille contre les Cosaques, devient une immense épopée. Un Marco Polo turc ? |