Le narrateur, Alexis, a huit
ans, quand il assiste avec sa sœur Laure à la faillite de son père et
à la folle édification d'un rêve : retrouver l'or du corsaire, caché
à Rodrigues.
Adolescent, il quitte l'île Maurice à bord du schooner Zeta et part à
la recherche du trésor. Quête chimérique, désespérée. Seul l'amour
silencieux de la jeune " manaf " Ouma arrache Alexis à la
solitude. Puis c'est la guerre, qu'il passe en France (dans l'armée
anglaise). De retour en 1922 à l'île Maurice, il rejoint Laure et
assiste à la mort de Mam. Il se replie à Mananava. Mais Ouma lui échappe,
disparaît.
Alexis aura mis trente ans à comprendre qu'il n'y a de trésor qu'au fond
de soi, dans l'amour et l'amour de la vie, dans la beauté du monde.
"Le llano en flammes" Folio
" En écrivant "On
nous a donné la terre", "Macario" ou "La nuit où on
l'a laissé seul", Rulfo invente un langage qui n'appartient qu'à
lui seul, comme l'ont fait Giono, Céline ou Faulkner à partir de leur
connaissance de la guerre ou du racisme.
La langue de Rulfo porte en elle tout son passé, l'histoire de son
enfance. Comme l'a dit son ami des débuts, Efrén Hernandez, Juan Rulfo
est un "escritor nato", un écrivain-né. Son oralité n'est pas
une transcription, elle est un art, qui incube le réel et le réinvente.
C'est cette appropriation qui donne à son écriture la force de la vérité.
Le Llano en flammes brûle dans la mémoire universelle, chacun de ses récits
laisse en nous une marque indélébile, qui dit mieux que tout l'absurdité
irréductible de l'histoire humaine, et fait naître la ferveur de l'émotion,
notre seul espoir de rédemption.
" J. M. G. Le Clézio.
"Le rêve mexicain ou la pensée
interrompue" Gallimard
Au cours du mois de mars 1517
les ambassadeurs de Moctezuma, seigneur de Mexico-Tenochtitlan,
accueillent le navire de Hernan Cortés en "mangeant la terre",
selon le rituel de bienvenue réservé au dieu Quetzalcoatl, et cette
rencontre initie l'une des plus terribles aventures du monde qui s'achève
par l'abolition de la civilisation indienne du Mexique, de sa pensée, de
sa foi, de son art, de son savoir, de ses lois.
Dans cet affrontement, l'un représente la magie, la ferveur religieuse,
le doute, tandis que l'autre apporte la certitude et la puissance de
l'Europe conquérante. De ce choc des mondes vont naître les siècles de
colonisation, c'est-à-dire, grâce à la force de travail des esclaves et
à l'exploitation des métaux précieux, cette hégémonie de l'Occident
sur le reste du monde, qui dure encore aujourd'hui.
Alors commence le rêve,
comme un doute, comme un regret, qui unit les vainqueurs et les vaincus à
la beauté et aux forces secrètes du Mexique. Rêve du soldat Bernal Diaz
del Castillo, témoin des derniers instants du règne orgueilleux des Aztèques,
rêve de Bernardino de Sabagun devant les ruines de la civilisation et la
splendeur des rites et des mythes qui s'effacent, rêve sur les paroles
prophétiques de Nezahualcoyotl, le roi-poète de Tezcoco.
Rêve qui s'achève dans la mort des dernières nations nomades du nord et
du nord-ouest - les "barbares", Chichimèques, Tepehuanes,
Seris, Yaquis, Apaches. Rêve que poursuit Antonin Artaud, jusque dans la
Montagne des Signes, au pays des Indiens Tarahumaras. Le rêve mexicain,
c'est cette question aussi que notre civilisation actuelle rend plus
urgente : qu'aurait été notre monde, s'il n'y avait eu cette
destruction, ce silence des peuples indiens ? Si la violence du monde
moderne n'avait pas aboli cette magie, cette lumière ?.
"Le jour où Beaumont fit connaissance avec sa
douleur" Mercure de France
" La première fois que
Beaumont dut faire connaissance avec sa douleur, ce fut au lit, vers
quelque chose comme trois heures vingt-cinq du matin.
Il se retourna sur le matelas, péniblement, et sentit la résistance des
couvertures et des draps qui participaient à son mouvement de rotation,
mais d'une façon incongrue, en s'y opposant. Comme si une main invisible
avait tordu les tissus autour de son torse et de ses hanches immobiles.
" Cette nouvelle de J. M. G. Le Clézio a été publiée pour la
première fois en 1964, après le succès de son premier roman, Le procès-verbal,
prix Renaudot 1963.
"Le procès-verbal" Futuropolis et
Folio
On me reprochera certainement
des quantités de choses.
D'avoir dormi là, par terre, pendant des jours ; d'avoir sali la maison,
dessiné des calmars sur les murs, d'avoir joué au billard. On m'accusera
d'avoir coupé des roses dans le jardin, d'avoir bu de la bière en
cassant le goulot des bouteilles contre l'appui de la fenêtre : il ne
reste presque plus de peinture jaune sur le rebord en bois. J'imagine
qu'il va falloir passer sous peu devant un tribunal d'hommes ; je leur
laisse ces ordures en guise de testament ; sans orgueil, j'espère qu'on
me condamnera à quelque chose, afin que je paye de tout mon corps la
faute de vivre.
"Géants" Imaginaire Gallimard
Ce livre est un cri de révolte,
comme l'était La Guerre.
Le monde d'aujourd'hui y est dénoncé à travers la description d'un
supermarché, Hyperpolis, situé au bord de la mer. Univers fascinant,
tellement baigné de lumière que les gens y perdent toute existence. A
Hyperpolis, " on a piégé les couleurs, les bruits, les musiques,
les formes ! On a piégé la lumière ! On a piégé les désirs !".
Ce récit, où la poésie donne une grande force à la pensée, sonne le réveil
d'un monde qui a été volontairement mis en léthargie.
"Lullaby" Folio Junior
Un matin du mois d'octobre,
Lullaby décide de ne plus aller en cours.
Elle écrit à son père, glisse dans un sac quelques objets et,
empruntant le chemin des contrebandiers, part en direction de la plage. Un
petit garçon qui revient de la pêche, une jolie maison grecque, mais
surtout le soleil et la mer remplissent ses journées d'ivresse et de
liberté. Un jour, pourtant, il faut revenir à l'école. Qui donc voudra
croire à son étrange voyage ? Une rêverie adolescente lumineuse et poétique,
une héroïne en quête de liberté.
Retrouvez l'immense talent d'écrivain de J. M. G. Le Clézio, auteur
contemporain majeur.
"Mondo et autres histoires"
Folio
Les contes de Le Clézio, qui
semblent nés du rêve et du recueillement, nous parlent pourtant de notre
époque.
Venu d'ailleurs, Mondo le petit garçon qui passe, Lullaby la voyageuse,
Jon, Juba le sage, Daniel Sindbad qui n'a jamais vu la mer, Alia, Petite
Croix, et tant d'autres, nous sont délégués comme autant d'enfants-fées.
Ils nous guident. Ils nous forcent à traverser les tristes opacités d'un
univers où l'espoir se meurt. Ils nous fascinent par leur volonté
tranquille, souveraine, accordée au silence des éléments retrouvés.
Ils nous restituent la cadence limpide du souffle, clé de notre âme.
"Onitsha" Gallimard Folio
Fintan, Maou, Geoffroy : trois
rois, trois révoltes.
Et une même soif. Fintan Allen a douze ans lorsque, le 14 mars 1948, il
embarque pour l'Afrique avec sa mère, Maou. Geoffroy Allen, qui avait
laissé en France sa femme et son fils, leur a enfin demandé de venir les
rejoindre à Onitsha, petit port fluvial où il travaille pour la Unitef
Africa. Fintan ne connaît ni son père, ni l'Afrique. Maou, elle, rêve
d'une Afrique idyllique où elle pourra vivre près de l'homme qu'elle
aime, à l'abri des préjugés familiaux qui condamnaient en lui le rêveur
sans le sou, et anglais de surcroît.
C'est une Afrique bien différente qu'elle va découvrir, dévorante,
insaisissable. Et un conformisme plus oppressant encore : celui du milieu
colonial, fait de haines, de mesquineries, d'échecs inavouables. "
L'Afrique brûle
comme un secret, comme une fièvre. Geoffroy Allen ne peut pas détacher
son regard, un seul instant, il ne peut pas rêver d'autres rêves. "
Ce livre est pareil à l'Afrique. S'il s'en dégage malgré la violence un
tel sentiment de sérénité, c'est que chez Le Clézio, même la fièvre,
même la révolte, même la défaite sont les couleurs de la Paix.
"Ourania" Gallimard Folio
" Quand j'ai compris que
Mario était mort, tous les détails me sont revenus.
Les gens racontaient cela en long et en large à ma grand-mère. Mario
traversait le champ, un peu plus haut, à la sortie du village. Il cachait
la bombe dans un sac, il courait. Peut-être qu'il s'est pris les pieds
dans une motte de terre, et il est tombé. La bombe a explosé. On n'a
rien retrouvé de lui. C'était merveilleux. C'était comme si Maria s'était
envolé vers un autre monde, vers Ourania. Puis les années ont passé,
j'ai un peu oublié.
Jusqu'à ce jour, vingt ans après, où le hasard m'a réuni avec le jeune
homme le plus étrange que j'aie jamais rencontré. " C'est ainsi que
Daniel Sillitoe, géographe en mission au centre du Mexique, découvre, grâce
à son guide Raphaël, la république idéale de Campos, en marge de la
Vallée, capitale de la terre noire du Chernozem, le rêve humaniste de
l'Emporio, la zone rouge qui retient prisonnière Lili de la lagune, et
l'amour pour Dahlia.