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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 28/01/2010

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Guerre d'indépendance : la littérature

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Kateb Yacine

1929 - 1989

Bibliographie    |    Extrait

   "De Bône à Constantine, de Constantine à Bône, un détour par Sétif, une escapade au Nadhor où vivent reclus les derniers représentants de la tribu de Keblour... le paysage de Nedjma tient tout entier dans une petite province d'Algérie orientale : c'est le monde. Commencements et recommencements du monde,  les fondations de Bône et de Constantine superposées à celles des antiques Cirta et Hippone, les deux cités qui dominaient l'ancienne Numidie : c'est l'histoire. Et si les Numides ont laissé leur patrie vierge dans un désert ennemi, tandis que se succèdent les colonisateurs, les prétendants sans titre et sans amour, le moment n'est pas venu pour autant de baisser les bras devant la fatalité du désastre. Le moment n'est pas venu - et il ne viendra jamais - de se rallier à une lecture convenue ou héroïque (c'est tout un) de l'histoire.

   Car le moment de Nedjma, c'est moins l'entre-deux-guerres où se situe le récit, c'est moins encore la guerre d'indépendance dont s'annonce les premiers coups de tonnerre  que le moment de toutes les guerres passées qui ne cessent de ressurgir sous nos pas. Parce qu'il est le roman de cet archaïsme-là, de ces guerres d'un autre âge qui font pourtant l'actualité quotidienne de la planète, Nedjma est un roman résolument moderne. Sa construction tout à la fois fragmentaire et cyclique ne doit rien à un quelconque exercice d'école. Il s'agissait bien pour Kateb Yacine de donner à voir  une Algérie que personne ne voulait voir, ni les ultras de la colonisation, ni les zélateurs du nationalisme arabe, ni même les modérés, tel Albert Camus : une Algérie multiple et contradictoire, agitée des soubresauts de sa longue et violente histoire, une Algérie jeune et âgée, musulmane et païenne, savante et sauvage. A l'image d'un monde réel que l'imagerie de la guerre froide a un temps occulté et qu'on s'étonne de retrouver aujourd'hui à feu et à sang, tel qu'en lui-même." (Gilles Carpentier, Préface à Nedjma)

 

Bibliographie

L'homme aux sandales de caoutchouc

   En treize chapitres dramatiques qui se recoupent et se rejoignent souvent, Kateb Yacine s'attaque ici, par mille biais divers, à la guerre du Viêt-Nam. Il en campe les personnages, français, vietnamiens, vietcongs et américains, face à face. Symboliques, des rencontres s'opèrent avec d'autres combats, guérillas d'Amérique du Sud, lutte raciale d'Amérique du Nord, conflits israélo-arabes. Chaque chapitre, composé de séquences brèves où les dialogues alternent avec les chœurs parlés, est une étape vers la libération. Comme, en réalité, quelques hommes et un minimum d'équipement suffisent aux militants pour faire l'histoire, ainsi le théâtre ne demande pas ici d'autres moyens que la présence corporelle du comédien. En outre, l'acteur choisira lui-même, dans ce " répertoire vietnamien ", les séquences et les enchaînements qu'impose la nécessité politique.

 

Minuit passé de douze heures (Écrits journalistiques 1947-1989)

   Après avoir été fêté comme l'espoir le plus prometteur de la jeune littérature algérienne (Nedjma paraît en 1956), après avoir été joué au théâtre sur des scènes prestigieuses... Kateb Yacine semble disparaître au tournant des années 70. D'aucuns, parmi ses confrères et compatriotes, pas forcément bien intentionnés, prétendent que sa veine créatrice s'est tarie. Il n'en est rien. Quinze années durant, Kateb se consacre à un travail souterrain, loin des salons parisiens et des caméras de télévision. Avec sa troupe théâtrale " Action culturelle des travailleurs ", il renouvelle profondément le théâtre populaire arabe, lui restitue son rôle incomparable de contre-pouvoir. En butte aux diktats des autorités militaires comme aux menaces des islamistes, il ne cède pas, persiste au contraire à exalter la liberté face à tous les dogmes et toutes les oppressions. Parallèlement, il continue à donner à la presse de son pays des articles témoignant de son incomparable connaissance du monde. Infatigable voyageur, chroniqueur aigu, caricaturiste féroce... toujours poète, il tisse une œuvre invisible quoique souvent visionnaire. 

Les " écrits journalistiques " ici rassemblés par son fils Amazigh retracent l'itinéraire têtu d'un authentique résistant. De la " Conférence sur l'émir Abdelkader " de 1947 (l'auteur a alors 17 ans) aux dernières mises au point de 1989 sur la répression en Algérie, en passant par l'extraordinaire pèlerinage à La Mecque de 1949 et les chroniques au vitriol du " J'ha " des années 60, se dessine enfin l'image d'un des plus grands écrivains de ce siècle.

 

Boucherie de l'espérance (Oeuvres théâtrales)

    Boucherie de l'espérance ou Palestine trahie ; Mohamed prends ta valise ; La Guerre de 2000 ans ou Le roi de l'Ouest ; Le Bourgeois sans-culotte ou Le spectre du parc Monceau. Ce volume contient quatre pièces inédites du grand écrivain algérien. Les trois premières sont le fruit d'une étroite collaboration avec la troupe théâtrale " Action culturelle des travailleurs " que Kateb Yacine anima en Algérie dans les années 70 et 80. A travers des thèmes historiques et de constantes références à l'actualité la plus brûlante, il y renouvelle profondément le théâtre populaire, tout en rendant ses lettres de noblesse à la langue arabe parlée : sur un plateau de fortune, la lutte de la Kahena contre l'envahisseur rejoint le combat des Palestiniens pour leur terre et celui des émigrés pour leur dignité. La dernière pièce, centrée sur le personnage de Robespierre, est une contribution à la célébration du bicentenaire de la Révolution française. Nourrie des expériences multiples de l'auteur, elle dresse une fresque tragique et satirique des échecs et des espoirs de toutes les révolutions planétaires passées, présentes... à venir.

 

Le polygone étoilé

   " D'un bout à l'autre du monde méditerranéen, un motif ornemental revient avec une puissance presque obsédante. C'est une sorte de rosace, ou plutôt un polygone pointant vers l'extérieur des angles offensifs. " Rencontrant Jacques Berque à Tunis, en 1958, Kateb Yacine décidait que tout son travail procéderait (et avait, depuis l'origine, procédé) de la figure du " polygone étoilé ". Ce livre, au carrefour du roman, de la poésie et du théâtre, à la frontière de l'écrit et de l'oral, peut être considéré à juste titre comme fondateur de la littérature algérienne moderne.

 

Nedjma

   Nedjma, c'est un amour d'enfance, c'est la femme éternelle, c'est l'Algérie. Nedjma, c'est l'obsession du passé, la quête de l'inaccessible, la résurrection d'un peuple. Nedjma, c'est la femme-patrie. Publié en pleine guerre d'Algérie, Nedjma échappe cependant, comme toutes les œuvres majeures, aux circonstances de sa naissance et s'impose, quarante ans après, comme l'un des romans contemporains les plus forts.
 
  • "Le cercle des représailles, théâtre" - Seuil, 1959
  • "Le poète comme boxeur, entretiens" Seuil, 1994
  • "L'œuvre en fragments, textes inédits" Actes Sud, 1986
  • Ghania Khelifi : "Kateb Yacine, éclats de mémoire" IMEC, 1994
  • Zebeida Chergui : "Kateb Yacine, un théâtre et trois langues" Seuil, 2003

 

 

Extrait

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   Il ne faut pas oublier que beaucoup de gens, en Algérie, parle le tamazight. Or on nous les présente comme une minorité. Et beaucoup d'Algériens se croient arabes parce qu'ils tombent dans la mythologie arabo-islamique. La véritable identité est crainte, elle pourrait tout changer en Afrique du Nord. Supposez par exemple qu'à la radio on s'adresse aux paysans du Rif en tamazight, ça changerait absolument tout. Cette langue a été étouffée depuis des millénaires : les Romains ont voulu imposer le latin, les Arables leur langue et les Français à leur tour... Mais elle existe, elle vit et elle s'appauvrit, alors qu'elle est la base de notre existence historique. C'est seulement à travers elle que nous pouvons nous retrouver. Le travail de l'écrivain devient, à la limite, presque oral : il faut être présent, parler aux gens, aller à l'encontre du piège qui nous est tendu et qui veut qu'on soit arabo-musulman ou bien algérien de langue française. Voilà les deux ghettos que je veux éviter. (...) Nous sommes placés devant le complexe arabo-islamique. L'aliénation fondamentale,  c'est de se croire arabe, c'est l'arabité. Or il n'y a pas de race arabe ou de nation arabe. Il n'y a qu'une langue langue qui a véhiculé le Coran et dont les arabes ont tiré gloire. Les régimes politiques se servent de cette arabité pour masquer à leur propre peuple son identité..."

"Le poète comme boxeur, entretiens 1958-1989" - Seuil

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