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Dernière modif. : 22/09/2008

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Guerre d'indépendance : la littérature

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Jean Sénac

1926 - 1973

Bibliographie   |    Poème

 

    Il y a une nébuleuse poétique, notre René de Ceccaty dans la préface aux Œuvres poétiques, qui entoure Jean Sénac, immense poète algérien d'expression française. Le premier cercle : frères homosexuels eux aussi assassinés , Lorca, Pasolini d'une part, et ses parrains Char et Camus (avec qui il se brouillera au moment de la guerre d'indépendance, Sénac embrassant sans réserve la cause de la Révolution algérienne), d'autre part. Deuxième cercle, les sources plus ou moins conscientes ou secrètes, Abû Nuwasâs, al-Hallâj, Jean de la Croix, Thérèse d'Avila pour la tradition mystique qui irrigue sa poésie, Baudelaire, Sandro Penna, Jean Genet. Cavafy, Cernuda, cousins en révolte, frères par le refus de toute compromission avec le Moloch.

   Jean Sénac, algérien né d'une mère espagnole et d'un père de passage (gitan selon la légende), pris le nom de son beau-père sera pour toujours travaillé par la quête du père, tandis que la la sensualité se tourne entièrement et de manière solaire, vers la figure et le corps de l'adolescent. Comme chez Genet, la beauté des corps d'hommes est une masse en fermentation qui épouse la femme de la Révolution. Sénac restera fidèle, à en mourir, à la cause indépendantiste. La déception vint dès 1966, il se sentit en danger mais refusa de quitter un pays qu'il pensait pouvoir encore servir de sa plume. Cinq coups de couteau sont venus confirmer que son message avait été reçu.

   Depuis, un long malentendu fait que, des deux côtés de la mare, on continue d'ignorer qu'il fut avant tout un poète d'une stature qui le hisse au plan d'un Chat, d'un Whitman, d'un Lorca, d'un Saint John Perse. Nous, Français, tournons le dos à l'un des plus authentiques pyrographes de notre langue. Son ami Rabah Belamri le rappelait, Sénac n'est pas devenu poète par la grâce du couteau, mais par amour pour une terre, peuple, pour une langue qui lui sembla digne de chanter et ce peuple et cette terre.

   Les titres des recueils cartographient le trajet brutalement interrompu : Le soleil sous les armes (1957), Matinale de mon peuple (1961), Citoyens de beautés (1964), La rose et l'ortie, Dérisions et Vertige, Avant-corps, etc. La lecture chronologique donne une idée de l'évolution stylistique, allant de l'exotérique à l'ésotérique au fil de la désillusion. Publications fragmentées, total désintérêt du public, refus des compromissions, Jean Sénac disparut pauvre et ignoré : Là où le dard de Dieu s'est brisé, ô licorne, quelle plume prétend ?

 

 

 

Bibliographie

Visages d'Algérie, Regards sur l'art

  Le poète Jean Sénac (1926-1973) fut aussi un grand critique d'art et l'un des principaux animateurs de la vie artistique algérienne. Lié depuis l'adolescence avec Sauveur Galliéro, il a eu ensuite pour amis ses aînés Famin, Maisonseul et Bénisti, ou les peintres de sa génération Nallard, Manton, Martinez, Benanteur, Bouzid, Baya, Aksouh... Fondateur des revues Soleil en 1950 et Terrasses en 1953, il a aussi organisé de nombreuses expositions. Après une période d'exil politique pendant la Guerre d'Algérie, il est revenu vivre à Alger et a continué de s'intéresser de très près au mouvement artistique. L'ouvrages rassemble tous ses écrits sur la peinture et la sculpture, ses émissions radiophoniques, ses poèmes dédiés à des artistes et de nombreuses correspondances inédites avec Dubuffet, Benanteur, Ferrando, Maisonseul, Pélayo... L'ouvrage donne à voir des œuvres de tous les artistes appréciés par Sénac ainsi qu'une série de portraits qu'il a lui-même exécutés. Ces " regards " sur l'art sont réunis par Hamid Nacer-Khodja, journaliste culturel qui a déjà publié plusieurs études sur jean Sénac et lui consacre sa thèse de doctorat. Préface de Guy Dugas, professeur à l'université de Montpellier.

 

 

Pour une terre possible... Poèmes et autres textes inédits

.    Né en 1926 à Beni Saf (Algérie), Jean Sénac a été assassiné à Alger en 1973. Ami d'Albert Camus et de René Char, poète de haute volée reconnu internationalement, il a laissé une oeuvre considérable dont une part est restée inédite. Ce volume comble cette lacune et permet de mieux comprendre une vie tourmentée, au service de la poésie, de l'émotion et de la terre algérienne passionnément aimée.

 

Oeuvres poétiques

   Jean Sénac a laissé une œuvre dont les conditions de publication n'ont pas permis jusqu'à présent d'apprécier toute l'importance. En rassemblant les textes poétiques de Jean Sénac à ce jour publiés, le présent ouvrage voudrait enfin proposer un véritable accès à une œuvre de première force dont il importe de saluer la nécessité et les éblouissements.
 
  • "Ébauche du père" Gallimard - 1989
  • "Journal, Alger 1954" Novetle - 1996
  • Émile Témine & Nicole Tuccelli : "Jean Sénac, poète des deux rives" Autrement - 2003

 

 

 

Poème

«

VERS

1

J'ai vécu de marges, de plai-

sirs inouïs, de météores.

D'un astre à un autre, d'un char-

Don à un chardon, d'une fable

A une fable, d'une cendre. J'ai cru connaître

Et je suis ignorant.

Verbe, Ô Boraq ! puis-je prétendre

Au matin quotidien - la nappe,

Le bol fumant, le beurre, le pain bis,

Et la paix d'une main de femme ?

2

Au bivouac de la famine

Tant de noms - et quel bruit torride

Font mes poubelles précieuses !

3

Mes fresques fantastiques, mes égoïstes, mes données,

Entre deux draps

De la margelle au cratère.

J'ai cru rêver : je mâche

Le miroir de la mort.

4

Et tous mes os sont faits de ces déchets d'empires !

5

Tes yeux, s'ils existent quelque part, qu'ils pilotent mes requins !

6

Il suffit que tu me nommes,

Je serai nu.

»