MENU

.....................

Accueil
Chercher un livre
Réserver un livre
Archives
Dossiers thématiques
Livres d'enfants
Scolaire
Provence
Bibliothèques
Expositions
Revues

 

Copyright 2000-2008
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 01/12/2008

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Algérie contemporaine : la littérature

Accueil Algérie | Algérie contemporaine : la littérature | Rachid Boudjedra | Mohamed Dib | Assia Djebar | Rachid Mimouni | Amin Zaoui

Rachid Mimouni

1945 - 1995

Bibliographie   |   Extrait

   C'est avec le Fleuve détourné, son troisième  roman, qu'il impose comme écrivain original, au langage critique et à la verve caustique. Ce roman est celui du désenchantement. Un combattant laissé pour mort sur le terrain revient chez lui et voit son nom sur le monument aux morts. Désormais il est un homme sans nom et n'a plus de place dans la société. Il recherche sa femme et son fils et tombe d'avanie en déchéance. Sa mémoire est ancienne, elle n'est plus utile. Des débrouillards et des malins ont pris la place des héros : le fleuve de la "révolution" a été détourné. "Naïfs nous l'étions tous", dit l'infortuné renié par sa femme et son fils dans une Alger livrée à la fièvre du fric.

   Tombéza présente un algérien agonisant dans un hôpital et qui passe sa vie en revue. Bâtard laissé pour compte, nabot, il parvient néanmoins à s'imposer dans la vie en devenant même plus corrompu que les plus corrompus. Le personnage du naïf est récurrent chez Mimouni, son statut de "demeuré" non concerné lui offre un regard clair sur la gabegie, les injustices, concussions, l'égoïsme et le désir sans frein de luxe et de jouissance. Un non-voyant appelé Bismillah échappe à la noirceur générale, mais à la fin du roman il est précipité d'une falaise : le clairvoyant en savait trop.

   L'honneur de la tribu retrace la vie d'un village envahi par la modernité lorsqu'il devient le siège du Wilaya. Le préfet arrive : mal embouché, rustre et brutal, il entreprend une destruction systématique de la tradition de la littérature russe dans cette manière d'inventer des sortes de contes absurdes, des saynètes de genre ou éclate la bêtise humaine qui, semble nous dire Mimouni, est tout aussi bien partagée qu'ailleurs.

   Au total, c'est l'œuvre d'un moraliste qui n'a cessé de combattre l'injustice, qui a su trouver tous les styles adéquats pour dire son horreur du mensonge, sa peine devant le gâchis. L'humour cache mal une amertume, une révolte qui a refusé le silence et lui a valu la fatwa qui l'a contraint à s'exilé au Maroc.

 

Bibliographie

"Le fleuve détourné"  Pocket

Il partit dans la montagne avec ceux du maquis alors que se levait sur l'Algérie le vent de l'indépendance. Blessé lors d'un bombardement, il perdit la mémoire. Ce n'est que bien plus tard qu'il rassemble maladroitement les fragments épars de son identité en miette. Il décide alors de regagner son village. Mais là-bas, personne ne l'attend plus. On le croyait mort. On avait inscrit son nom sur quelque monument. Qu'a-t-on à faire d'un revenant dans un pays meurtri ? Un pays qui n'est plus irrigué par le fleuve immémorial de la tradition et se meurt doucement. Mais le revenant s'obstine. Veut revoir femme et enfant. Veut savoir et comprendre. Commence alors une enquête déchirante qui le confrontera à une terrible vérité. Une voix venue de l'Algérie nouvelle qui raconte les souffrances de son peuple. Un roman d'une densité et d'une rigueur exemplaires par un jeune écrivain algérien d'expression française, considéré comme un des chefs de file des écrivains de sa génération.

 

"Une peine à vivre" Pocket

Face au peloton d'exécution, le dictateur attend la mort. Tandis que les soldats épaulent leurs fusils, l'homme se souvient... De son enfance misérable; de son engagement dans l'armée; de son absence de scrupules et d'humanité; du putsch sanglant qui fit de lui le maître absolu... Il se souvient surtout de la seule femme qu'il ait aimée et qui a mystérieusement disparu. Dans quelques instants, les balles traverseront sa poitrine et il sourit... Etrange itinéraire d'un dictateur amoureux qui courut à sa perte pour avoir été confronté à un dilemme terriblement humain : l'amour ou le pouvoir...

 

"Tombéza" Stock

On ne peut parler avec justesse de l'horreur que sur un ton paisible, sans remous ni éclats. C'est le parti qu'a choisi Rachid Mimouni pour nous raconter l'histoire d'un enfant, d'un adolescent puis d'un adulte - celui qu'on appellera Tombéza - qui, né dans d'horribles circonstances, parcourra toutes les horribles circonstances qui mèneront à la naissance de la nouvelle Algérie. Et quand, ayant fait son trou dans cette société qui se cherche à tâtons, parvenu à l'honorabilité et presque aux honneurs, il sera abattu par plus corrompus que lui, s'achèvera la trajectoire d'un destin maudit. Au-delà du portrait d'un homme monstrueux - et finalement extraordinairement attachant - , Tombéza décrit une société en déréliction où les hommes, en plein désarroi, s'interrogent sur le bien et le mal, ainsi que sur cette force de perversion qui pourrit leur être et leur monde.

"Honneur de la tribu" Stock

" Il faut que vous sachiez que la Révolution ne vous a pas oubliés, nous déclara-t-il à son arrivée. Nous ne savions pas alors ce qui nous attendait... " Ainsi s'ouvre ce récit, par la voix d'un vieil homme qui, pour l'honneur de sa tribu, entreprend de raconter l'histoire - devenue presque mythique - de sa communauté, des débuts de la colonisation française en Algérie à ces jours de honte qui voient la destruction de son âme par ceux-là mêmes qui prétendent, autoritairement, lui forger un nouveau visage. Histoire terrible, histoire exemplaire, comme celles que racontent les romans de Rachid Mimouni. Quelques années après sa disparition, l'œuvre de cet homme qui fut paisible et silencieux fait résonner une parole forte et plus que jamais nécessaire dans la lutte contre l'intolérance et la barbarie.

 

"La ceinture de l'ogresse" Stock

" Si le train est passé, il est bien obligé de revenir. Or, il est midi, et je n'ai encore rien vu. Ce serait au retour qu'il aurait eu du retard ? Improbable. Et si, finalement, il n'était pas passé ? Mais pour quelle raison aurait-on annulé son départ ? Y aurait-il la révolution dans la capitale ? Des émeutes ? L'état de siège ? Le couvre-feu ? Il est vrai que, comme le journal ne nous parvient plus, il est difficile de savoir ce qui se passe. La radio n'a rien annoncé. Mais nous savons qu'elle n'a pas l'habitude de rapporter les informations utiles. Elle se contente de faire des discours que personne n'écoute. " R.M. Dans les sept textes qui constituent La ceinture de l'Ogresse, Rachid Mimouni décrit avec minutie l'absurde administratif de son pays. Ce recueil, publié en 1990, invitait à une réflexion sur le pouvoir et sur les risques de régression qui menaçaient l'Algérie, prise entre la pesanteur bureaucratique et la remontée de l'obscurantisme. Sa lecture révèle aujourd'hui la force prémonitoire de la voix du grand écrivain algérien, trop tôt disparu.

 

"Chroniques de Tanger, Janvier 1994 - janvier 1995" Pocket

Comme beaucoup d'intellectuels, il avait quitté l'Algérie avec tristesse. Il avait débarqué à Tanger avec femme et enfants un soir de la Saint-Sylvestre et dès le mois de janvier, dans le studio de Radio Medi 1, il s'adressait à ceux qui l'avaient accueilli et aussi aux algériens. De janvier 1994 presque jusqu'à sa mort début 1995, il commenta d'un ton tour à tour serein, ironique ou indigné, l'actualité mondiale, évoquant les problèmes de l'Algérie qui lui tenait tant à cœur : l'intégrisme, l'intolérance, la barbarie, les difficultés économiques... Il espérait que 1995 serait une année plus clémente. Il s'en est allé le 12 février 1995 sans avoir été exaucé...

 

"Le printemps n'en sera que plus beau" Pocket

Les héros de tragédie ne sont pas toujours des dieux ou demi-dieux qui ont élu domicile au sommet de l'Olympe ou sur les bords de la mer Egée. Ils peuvent être soldats, aristocrates, ou bergers ; avoir pour nom Hamid, Malek, Djamila, Si-Hassan... car cette fois la scène est à Alger, Alger la Blanche, en décembre, pendant la guerre d'Indépendance. En une journée, tout sera joué : les amis seront séparés, les amoureux broyés, le destin du pays scellé... Unité de temps, unité de lieu, unité d'action, rien ne manque, pas même le chœur antique qui commente l'action de ce récit sinueux comme les ruelles de la ville... " Le printemps n'en sera que plus beau "... espérait encore Rachid Mimouni en 1986, lors de la publication en Algérie de ce roman écrit dans les années 70...

 

"La malédiction" Pocket

La malédiction, c'est celle qui s'abat sur Alger, soumise aux forces de l'intolérance et de la barbarie. Celle qui pèse sur une société corrompue où la force fait loi. Celle qui frappe les familles où frères s'entre-tuent, où les femmes sont réduites à l'esclavage. La malédiction c'est l'ignorance, la vengeance, la discorde, la méfiance, la bigoterie édifiées en principes. Comme dans " La peste " de Camus, un médecin parcourt la ville, sa ville soudain devenue étrangère, sachant que l'innommable se prépare, et qu'il sera peut-être la prochaine victime. Mais pas de métaphore ici. Dans ce magnifique roman, poignant, cruel, où malheureusement la fiction ne dépasse pas la réalité, comme le montrent les évènements récents d'Algérie, la malédiction a un nom : intégrisme.

 

 

Extrait

«    Sur mon chemin vers le village, j'empruntai un pont flambant neuf, large et solide, campé avec assurance sur ses piliers, avec l'arrogance d'un homme aux ambitions réalisées. En me penchant au-dessus du parapet, je m'aperçus  qu'il  n'enjambait pas le moindre filet d'eau. Je me demandai pourquoi la rivière était morte.

   - N'y a-t-il plus de pluie au pays ? Les sommets des montagnes refusent-ils les neiges de l'hiver ?

   Le lit asséché servait de dépotoir. Des camions énormes venaient y déposer des montagnes d'ordures. Un vieillard était assis à l'ombre du pont. Je descendis le saluer. Je lui demandai pourquoi on construisait des ponts sur des rivières mortes.

    - Des planificateurs arrogants et lointains ont quadrillé leurs cartes de traits rectilignes et puissants, à l'encre de Chine indélébile, de façon à vendre leurs projets définitifs et l'option irréversible. Des engins étrangers sont venus éventrer nos collines afin de tracer la ligne droite requise. Mais le fleuve coulait ailleurs, serein et libre. Ils ont maintenu que son cours se trouvait à l'endroit exact de leurs calculs, et ont entrepris de le détourner pour confirmer leurs dires.

   Je lui demandais ce qu'il faisait sous le pont.

   - Les hommes et les oueds de ce pays se ressemblent : ils ne connaissent pas la mesure, ils sont à sec ou débordent. J'attends la crue imprévue, irrésistible et violente, qui viendra balayer tous ces monceaux d'immondices.

»

 

Le fleuve détourné