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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 25/08/2010

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Guerre d'indépendance : la littérature

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Mouloud Mammeri

1917 - 1989

Bibliographie    |     Extrait

 

   Il impressionnait par l'étendue des champs culturels et linguistiques où il déployait son activité où il déployait son activité. Parlant grec, latin, arable, français et amazigh, Mammeri est au carrefour de plusieurs disciplines dans son œuvre romanesque ne rend pas entièrement compte. Il exerça  une activité d'ethnologue, de linguiste, de poète et de traducteur, dans le souci constant de défendre la culture berbère. Sa relation au savoir occidental est nuancée. Si d'un côté il l'a utilisé comme une arme, comme un tremplin vers des savoirs autres, il exerça à son encontre une critique extrêmement pertinente sur le plan intellectuel : le regard de l'Occidental sur notre société, dans notre simplisme, son aveuglement, sa lourdeur montre qu'il est lui-même un sujet qui a perdu la notion dynamique de l'histoire et de sa propre évolution. Lequel regard de myope s'est empressé d'apposer à son œuvre la prévisible étiquette de folkloriste.

   A la lecture des romans, devant une langue assez puissante, qui sert des enjeux bien plus larges que la simple description d'une société ancestrale entraînée contre son gré dans une marche forcée vers un hypothétique progrès qui devaient aussi saisir l'athénien devant Œdipe roi. Tout y est conflit. Le couple, l'amour, semblent un refuge dans l'innocence des jeux de jeunesse. Mais pour peu qu'on le baigne dans le groupe, il n'est plus que le nombril du malheur. Pourtant, hors du groupe, point de salut (La colline oubliée) pour le héros parti chercher fortune du côté du colon et de ses villes. Celui qui s'en retourne est un être brisé qu'une longue convalescence dans le bain tribal n'arrive pas à rendre complètement aux siens : le village se pare des couleurs ternes d'un passé désacralisé. En Kabylie, en Creuse, au Nevada, quoi de plus universel ?

   Une autre dimension du monde romanesque de Mammeri aurait à voir avec le fantastique. Acculés à une impasse, les personnages  ont souvent recours à des forces telluriques, ancestrales, pour résoudre les désordres provoqués par l'emballement du temps ou conjurer quelque malédiction envoyée par un ancêtre Père Fouettard. Le dernier roman La traversée, voit le héros, déçu par le tour qu'à pris l'Algérie indépendante, entreprendre un traversée du Sahara par laquelle il espère bien trouver la mort. Il ne rencontre qu'un désert vide de sens, d'où tout espoir s'est retiré : qu'on est loin de la célébration du pré carré !

 

Bibliographie

L'ahellil du Gourara

   Le coefficient d'accélération qu'a pris depuis peu l'histoire des peuples sans écriture à peu près partout dans le monde, leur fatal et bientôt irréversible alignement sur le type de la civilisation techniciste d'Occident font qu'en certaines régions on assiste probablement aux dernières années où l'on peut recueillir des documents de littérature orale non encore adultérée. Le Gourara du sud-ouest algérien est de celles-là. Longtemps préservée par les sables dans un relatif isolement, la société du Gourara évolue aujourd'hui rapidement. Déjà une politique du tourisme, soucieuse de rentabilité, travaille à transformer la communion recueillie de l'ahellil en foire, ses officiants en bateleurs. Il était temps de sauver d'une mort indigne un genre qui, pendant des siècles, a traduit la joie, les phantasmes et les désirs des hommes, pour lui donner ne fût-ce que cette vie demi-morte que constitue pour le verbe son enfermement dans les pages froides de l'écrit. C'est par hasard qu'une équipe de chercheurs a découvert en même temps que la poésie de l'ahellil, sa musique polyphonique, probablement millénaire. 
Dans l'ahellil ont sédimenté des éléments divers, certains venus de très loin. Il y en a d'actuels, un grand nombre récite les vertus des chorfa, arrivés dans le pays à partir du XVIe siècle ou leur adresse de longues prières ; certains chantent les parfums, les bijoux, les amours souvent courtoises de la grande époque que fut pour le Gourara le moyen âge ; quelques-uns gardent les souvenirs d'une judaïté nombreuse et prospère, jusqu'à sa destruction brutale à la fin du XVe siècle ; d'autres encore remontent plus loin dans le passé. Dans une humanité bientôt uniformisée par ses propres inventions et qui dispose de moins en moins de variantes civilisa tonnelles, un genre comme l'ahellil constitue un exemple encore vivant d'une façon de dire autre chose autrement.
 

 

La colline oubliée

   1939, au cœur des montagnes de Haute Kabylie. Dans un village gouverné par les valeurs et les coutumes ancestrales, les existences se déroulent au rythme des saisons. Mokrane y est né, y a grandi et y vit dans l'alternance des douleurs, des espoirs, des vengeances. Au moment de la guerre, la mobilisation et le départ des hommes engendrent un désarroi confusément ressenti comme une malédiction sur le village. Les habitudes et les mentalités changent, l'ordre colonial commence à ébranler l'harmonie séculaire d'un monde enchanté sentant sa fin prochaine.

 

Contes berbères de Kabylie. Machaho ! Tellem chaho !

   Une petite fille et son frère au milieu des fauves; une belle aux cheveux d'or aimée d'un prince; un fils de roi à la poursuite de la fiancée du soleil. Ces contes berbères qui s'ouvrent par l'antique et mystérieuse formule "Machaho ! Tellem chaho !" ont traversé, oralement, bien des générations pour arriver jusqu'au lecteur d'aujourd'hui, enchanté et ravi.
 
  • "Le sommeil du juste" - Plon
  • "L'Opium et le bâton" - Plon
  • "La traversée" - Plon
  • "Les Isefra du poète berbère SI Mhand" - La découverte

 

Extrait

«    Une atmosphère lourde, rendue opaque par la fumée des pipes de hashish, dont les petits feux rouges piquetaient l'ombre partout, noyait des groupes d'hommes et de femmes accroupis en rond.

   La musique était sauvage, monotone, martelante, déchaînée ou au contraire caressante et douce comme un baiser. Dans chaque coin, des hommes, des femmes étaient secoués de frissons, ils gloussaient de partout, remuaient convulsivement les épaules au rythme du violon. Un second coup d'archet prolongé et plusieurs hommes à la fois, rejetant leurs burnous, poussèrent un cri de bête fauve et sautèrent au milieu de la pièce, ils se tenaient par les bras et dansaient. On entendait par intervalles les craquements de leurs os. Des femmes, des hommes enivrés, des jeunes gens fougueux, des vieillards dont le délire orgiaque décuplait les forces sautèrent à leur tour et,  se tenant aussi par les bras, formèrent autour du tas immobile des jeunes femmes stériles un cercle délirant. Pelotonnée sur elle-même, la tête sur les genoux de Davda et couverte d'un foulard noir, Azazi laissait déferler sur elle ce déchaînement de rythmes démoniaques et de râles extatiques dans l'espoir qu'un pareil déploiement de force bestiale allait éveiller dans son sein un souffle de vie.

»