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Dernière modif. : 04/08/2008

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

La colonisation française

Accueil du GuideLa colonisation française | Isabelle Eberhardt | Le "clan" Amrouche

Isabelle Eberhardt

1877 - 1904

(c) Ceiberweiber

Bibliographie | Extrait

   Elle eut un nom chrétien au féminin, un surnom musulman au masculin. Mais ce n'est pas une simple voyageuse déguisée en homme (C'était pourtant la "mode" à ce tournant du siècle) ; ce n'est pas non plus qu'une simple mystique attirée par la réalisation terrestre de l'idéal ascétique qui s'atteint dans la figure du désert ; l'écrivain n'a rien de mondain non plus (tellement banal finalement ces russes artistes, il n'y a que le degré d'avancement dans la décadence qui les distingue, et encore...) ; elle a coupé les ponts vers l'origine en se convertissant à l'islam... voila qui nous laisse sur place, à une époque où il n'est plus perçu ici que comme l'ennemi du féminin : était-elle donc aveugle ?

    Il y a peu, on soulignait ses liens avec le colon, son ami Lyautey, le "pacificateur" de l'Oranais, on la voyait en grande bourgeoise artiste, féministe pour elle-même, soulignant l'égoïsme forcené, néfaste exemple de l'art de brûler la chandelle par les deux bouts en adoptant un orientalisme de pacotille... bref, lecture politique d'une vie d'aventurière consumée par une fièvre indigeste au politiquement correct.

   Cette page tournée, il reste à présent une oeuvre à lire , à retrouver et comprendre un existence à bien des égards en harmonie avec les désarrois de l'Occidental contemporain, candidat au suicide dans son esquif, au bout de son élastique, de son parachute, de son bolide... avec autant d'intelligence ? de sensualité ? de génie littéraire ?... pas certain.

   Parce que le véritable ressort de cette quête qui s'acheva dans une mort violente, lors de la crue de l'oued Aït-Safra, c'est l'écriture. Nous sommes fascinés par l'existence d'Isabelle E., rendons-lui son sens en la lisant. Fictions d'une part, écrits intimes de l'autre, on sait qu'elle ne mit que du vécu dans les premières, et de son imagination visionnaire dans les seconds. Et, par-dessus , le regard véritablement acéré d'une ethnologue perce à jour la société qu'elle admire, dont les blocages et les dysfonctionnements deviennent aussi la matière romanesque qui, à son tour,  révèle tout le tragique d'une double identité, l'inexpugnable altérité qui laisse sur sa faim une grande part de désir.

 

 

 

 

Bibliographie

"Notes de route" Actes Sud - 1998

"Journaliers" Ed. Joëlle Losfeld - 2002

"Écrits intimes" Payot - 2003

"Sud oranais" Ed. Joëlle Losfeld

 

"Yasmina" Ed. Liana Lévi - 2002

 

"Lettres et journaliers" Actes Sud - 2003

 

"Amours nomades" Ed. Joëlle Losfeld - 2003

 

"Au pays des sables" Ed. Joëlle Losfeld - 2003

 

Edmonde Charles-Roux : "Isabelle du désert" Grasset - 2003

 

 

Extrait

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   Le Vagabond regarda son aimée, près de lui. Elle n'était qu'une vision vaporeuse, inconsistante, qui allait se dissiper dans la clarté lunaire. L'image de l'aimée était vague, à peine distincte, très lointaine. Alors, le Vagabond, qui l'aimait toujours, comprit qu'il allait partir à l'aube, et son cœur se serra. Il prit l'une des grandes fleurs en chair du camphrier et la baisa pour y étouffer un sanglot.

   Le grand soleil rouge s'était abîmé dans un océan de sang, derrière la ligne noire de l'horizon. Très vite, le jour s'éteignit, et le désert de pierre se noya en des transparences froides. En un coin de la plaine, quelques feux s'allumèrent. Des nomades armés de fusils agitèrent leurs longues draperies blanches autour de flammes claires. Un cheval entravé hennit. Un homme accroupi à terre, la tête renversée, les yeux clos, comme en rêve, chanta une cantilène ancienne où le mot amour alternait avec le mot mort... Puis, tout se tut, dans l'immensité muette.

   Près d'un feu à demi-éteint, le Vagabond était couché, roulé dans son burnous. La tête appuyée sur son bras replié, les membres las, ils s'abandonnait à la douceur infinie de s'endormir seul, inconnu parmi les hommes simples et rudes, à même la terre, la bonne terre berceuse, en un coin du désert qui n'avait pas de nom et où il ne reviendrait jamais.

 

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Isabelle  Eberhardt     Le Vagabond