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Dernière modif. : 11/07/2010
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Algérie : la littérature au chevet de
l'histoire |
Algérie contemporaine : la
littérature
Accueil Algérie
| Algérie contemporaine : la littérature
| Rachid Boudjedra | Mohamed Dib
| Assia Djebar | Rachid
Mimouni | Amin Zaoui Assia
Djebar

Bibliographie
| Extrait
Les quatre premiers romans concernent la
guerre d'indépendance. Déjà la petite musique d'Assia Djebar fait entendre sa
différence : Et les femmes, qu'avez-vous fait des femmes ? La militante qui
prit le maquis avec les hommes du FLN pour y faire fonction d'infirmière a vite
entendu la messe de l'organisation indépendantiste, incapable de se
démilitariser et de fonder un république où les aspirations de la moitié de
ses habitants aient la moindre chance de voir le jour.
Depuis, exilée en France, rien n'a
changé, au point qu'elle en vient à douter de l'utilité de son œuvre ,
prolifique mais toujours militante. Dans l'une des nouvelles de Oran, langue
morte, "elle me demande de quelle nature est la pulsion qui la pousse
à continuer si inutilement, si gratuitement, le récit des peurs, des
effrois saisis sur les lèvres de tant des sœurs algériennes, alarmées,
expatriées ou en constant danger. On a envie de lui répondre que, depuis
La soif, où elle tentait déjà de démêler les racines de la violence
algérienne, elle est protée par un même courage, et par cet extraordinaire
don d'empathie qui l'amène, aujourd'hui, à se glisser au plus près du corps,
du cœur des femmes résistantes et condamnées par l'idéologie intégriste.
Refusant le ton du pamphlet amer, de la dénonciation frénétique, elle est
simplement, de l'intérieur, cette femme, dont la stratégie est de changer nom
chaque jour, de casser sa voix ou même de modifier l'accent, le rythme de son
dialecte, et qui pour ne pas être reconnue s'exhorte sans cesse à ne plus
avoir peur et devient presque indifférente au regard soupçonneux d'un
"barbu" qui, face à elle, dans un jardin, semble lui contester un
instant de halte, sa dernière place au soleil. Rien, nous dit-elle aussi, ne
semble devoir changer la relation accouplement-affrontement entre la France et
l'Algérie, "l'histoire continue à miner les sphères privées, à y
déposer l'ombre d'une lointaine "dette obscure" (Jean-Noël
Pancrazi).
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Bibliographie
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"La disparition de la langue française" Albin
Michel |
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" Vingt ans d'exil
vont-ils lui paraître irréels, coulée sombre s'évanouissant derrière
lui ? Rues en lacis de la Casbah (celle de Pépé le Moko, luis disait en
souriant Marise qui ne vint jamais jusqu'ici), il va les revoir dans le
clair-obscur de ce vieil Alger, Djazirat el Bahdja, la belle, la
glorieuse, si longtemps l'imprenable, la cité des pirates légendaires,
bribes d'histoire que sa mémoire, à lui, l'enfant du quartier, ce matin
sur la route macère... " |
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"Les nuits de Strasbourg" Actes Sud |
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Pour retrouver François, un
amant de vingt ans son aîné, Thelja quitte Paris. Les amours brèves
mais fulgurantes de cette femme qu'un mari et un enfant attendent à
Alger, et de ce Français veuf, tourmenté par le passé, dureront neuf
nuits. Neuf nuits au cours desquelles se conjugueront leurs désirs, leurs
émois, leurs plaisirs. Au-dehors, la ville de Strasbourg se remet de son
histoire récente et abrite d'autres personnages aussi troublants que les
deux premiers Ève, une petite juive enceinte des œuvres d'un jeune
Allemand, Jacqueline qui monte Antigone dans un théâtre de banlieue, et
d'autres encore, ombres qui hantent la scène avec leurs mémoires vives
et sensibles. Cantique d'amour, ode aux saveurs de la vie, ce roman ne
manque pourtant pas d'exposer ses héros, sans fard, aux regards
impitoyables de l'Histoire. |
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"Le blanc de l'Algérie" Livre de Poche |
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Convoquer les morts, ces
" chers disparus ", et restituer leurs derniers instants,
l'horreur de leur mort, la douleur de leurs proches, comme un cérémonial
dans un pays en proie à la guerre, où l'écrivain est offert en victime
propitiatoire, tel est le propos de ce récit qui répond autant à une
exigence de mémoire immédiate qu'à un désir de lire autrement
l'histoire de l'Algérie. Qu'il s'agisse d'écrivains célèbres - Albert
Camus, Jean Amrouche, Frantz Fanon, Jean Sénac, Mouloud Mammeri, Kateb
Yacine, Tahar Djaout - ou moins connus, Le Blanc de l'Algérie recrée, à
travers leur mort, certains épisodes de la guerre d'Indépendance passés
sous silence, éclairant ainsi l'amont de la crise actuelle comme guerre
fratricide. Avec ce récit tour à tour élégiaque et dépouillé, Assia
Djebar poursuit la quête exigeante, à la fois littéraire,
autobiographique et historique qui, de L'Amour, la fantasia à Vaste est
la prison, traverse son œuvre romanesque et en fait l'un des écrivains
du Maghreb les plus connus dans le monde entier. |
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"Femmes d'Alger dans leur appartement" Albin
Michel |
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En 1832, dans
Alger récemment conquise, Delacroix s'introduit quelques heures dans un
harem. Il en rapporte un chef-d'œuvre, Femmes d'Alger dans leur
appartement, qui demeure un " regard volé ". Un siècle et demi
plus tard, vingt ans après la guerre d'indépendance dans laquelle les
Algériennes jouèrent un rôle que nul ne peut leur contester, comment
vivent-elles au quotidien, quelle marge de liberté ont-elles pu conquérir
? Dans ce recueil de nouvelles publié pour la première fois en 1980 et
ici augmenté d'une longue nouvelle inédite, La nuit du récit de Fatima,
Assia Djebar raconte : le vécu, la difficulté d'être, la révolte et la
soumission, la rigueur de la Loi qui survit à tous les bouleversements et
l'éternelle condition des femmes. " Langage de l'ombre ",
souvent prémonitoire en regard de l'histoire immédiate, Femmes d'Alger
dans leur appartement est devenu un classique dans de nombreux pays où il
a reçu un accueil exceptionnel. |
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"La femme sans sépulture" Albin Michel |
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La femme sans sépulture,
c'est Zoulikha, héroïne oubliée de la guerre d'Algérie, montée au
maquis au printemps 1957 et portée disparue deux ans plus tard, après
son arrestation par l'armée française. Femme exceptionnelle, si vivante
dans sa réalité de mère, d'amante, d'amie, d'opposante politique, dans
son engagement absolu et douloureux, dans sa démarche de liberté qui
scelle sa vie depuis l'enfance et qui ne l'a jamais quittée, sa présence
irradiante flotte à jamais au-dessus de Césarée... Autour de Zoulikha
s'animent d'autres figures de l'ombre, paysannes autant que citadines,
vivant au quotidien l'engagement, la peur, la tragédie parfois. Véritable
chant d'amour contre l'oubli et la haine, de ce passe ressuscité naît
une émotion intense, pour ce destin de femme qui garde son énigme, et
pour la beauté d'une langue qui excelle à rendre son ombre et sa lumière. |
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"Vaste est la prison" Livre de Poche |
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" Vaste
est la prison qui m'écrase ", dit la complainte berbère qui ouvre
ce roman sur l'Algérie des femmes d'hier et d'aujourd'hui. Comme dans le
présent algérien s'entremêlent ici des tragédies, des passions et des
mutations, celles de femmes presque toujours en mouvement : la narratrice
dans le désert et le silence d'une passion amoureuse, l'aïeule qui à
quatorze ans épouse un riche septuagénaire, la mère quittant le voile
pour rendre visite en France à son fils prisonnier politique, et tant
d'autres figures féminines peintes comme des " fugitives et ne le
sachant pas ", improvisant leurs chants de deuil, de joie, de lutte
ou d'espoir. Roman-quête des origines, polyphonie d'une fascinante
chronique féminine sur tout un siècle, Vaste est la prison est le troisième
volet du " Quatuor algérien " qui, avec L'Amour, la fantasia et
Ombre sultane, explore par la double approche autobiographique et
historique l'Algérie profonde dans sa vie tumultueuse et meurtrie. |
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"Oran, langue morte" Actes Sud (Babel) |
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Une jeune Algérienne
revient à Oran pour la mort de sa tante et revit les circonstances du
meurtre de sa mère, en 1962 ; une Normande catholique, mère de huit
enfants franco-algériens, est enterrée en grande pompe au cimetière
musulman du village de son époux ; une institutrice signe son arrêt de
mort en racontant à ses élèves l'histoire de la femme découpée en
morceaux... Entre folie meurtrière et résistance farouche, des femmes
tentent de survivre dans le quotidien ensanglanté de l'Algérie de ces
dernières décennies. Au fil des sept textes de ce recueil, c'est la
respiration heurtée d'un pays en proie à la violence que fait entendre
Assia Djebar, dans une œuvre tragique où esthétique et réalité n'ont
nulle complaisance l'une envers l'autre. |
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"Loin de Médine" Livre de Poche |
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Algérienne,
considérée aujourd'hui comme l'un des écrivains les plus importants du
Maghreb, Assia Djebar nous transporte à Médine, à la mort du Prophète.
Et c'est des femmes qu'elle nous parle, nombreuses et influentes dans
l'entourage du fondateur de l'Islam, où se déchaînent déjà des
intrigues et des rivalités de succession. Nous découvrons les figures
d'une histoire ignorée, oubliée : reines de tribus, prophétesses,
femmes chefs de guerre dans une Arabie en effervescence. Fatima, fille du
Prophète, fière et indomptable, se dresse en Antigone arabe, tandis qu'Aïcha,
sa jeune veuve, s'installe dans son rôle de " diseuse de mémoire
". Bien d'autres encore, femmes de La Mecque, affranchies, errantes,
mêlent leurs voix et se souviennent. Roman historique, chronique, épopée
: ce livre puissant, inspiré, restitue aux femmes une place volée ou tue
à la source de l'Islam. " Une magnifique leçon d'histoire à ceux
qui veulent dévaloriser la femme musulmane. " Sophie Boukhari, Jeune
Afrique. " Où les historiens dessinent un portrait sec et rapide des
femmes proches du Prophète, l'écrivaine donne chair et émotion à ces
femmes rebelles ou soumises. " Leïla Sebbar, Le Magazine littéraire. |
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"Ces voix qui m'assiègent... En marge de ma
francophonie" Albin Michel |
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Être femme d'éducation
musulmane et écrire, c'est déjà braver les interdits du regard et du
savoir, mais qui plus est dans la langue de l'Autre, le français, c'est
risquer de casser le lien avec la lignée des femmes. Assia Djebar, qui a
écrit son premier roman à vingt ans, en pleine guerre d'indépendance,
explore ici ce qui a nourri son œuvre et la nourrit toujours, toutes ces
voix de femmes en arabe dialectal et en berbère qu'elle ramène à la vie
dans son français à elle, tissé de toutes ces langues, de ce
marmonnement multilingue, de ce chant qui ne doit pas être d'oubli. Elle
évoque son enfance, sa jeunesse, ses quatre premiers romans, suivis d'un
long silence de dix ans, et puis, à quarante ans, l'impérieuse nécessité
de l'acte autobiographique avec L'amour, la fantasia, premier tome du
quatuor d'Alger qui marque son nouveau départ. Ces voix qui m'assiègent
témoigne du parcours d'une femme en écriture, pour qui l'identité n'est
pas seulement d'hérédité mais de langue. Mosaïque autant que
polyphonie, on y sent, par ce devoir impérieux de transmission, ce qui se
joue dans l'acte d'écrire de grave et de léger, de sensuel et de
tragique, de l'histoire collective et de l'histoire individuelle, du
rapport obscur entre le " devoir dire " et le " ne jamais
pouvoir dire ". |
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Extrait
| « |
J'écris en français, langue de l'ancien colonisateur, qui est devenue
néanmoins et irréversiblement celle de ma pensée, tandis que je
continue à aimer, à souffrir, également à prier (quand parfois je
prie) en arabe, ma langue maternelle.
Langue de l'Autre à
écrire mais mon oreille restait hors champ. Comment d'ailleurs aurais-je
pu infléchir le français, dans son rythme et son souffle premiers, si je
ne gardais pas, même dans l'exil le plus distendu, l'ancrage dans des
voix familières, - voix de fureur et de douceur, barbares et gutturales,
intimes celles des lieux féminins de l'enfance, celles vociférantes et
improvisées des visiteuses de sanctuaires, celles des lyriques ou des
désespérées, en tout cas rebelles ; analphabètes disait-on des
inconnues autour de moi, fillette, parce que même sans l'alphabet arabe,
excepté pour des amulettes qu'elle me pendait au cou, sous ma chemise et
avec des caresses, pour me protéger à l'école, soufflaient-elles.
Entendez de l'école des Français.
C'est ainsi que j'ai cru
longtemps que toute navigation dans la nuit des femmes me ferait retrouver
la force, l'énergie, la foi des aïeules inébranlables. Je rêvais
qu'elles me transmettraient, elles, leur secret de survie, pour peu que je
tente cet effort de remonter le courant, les eaux de reflux, de la
dispersion dans l'oralité. |
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» |
(Discours de réception du prix Liberté,
1999)
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