MENU

.....................

Accueil
Chercher un livre
Réserver un livre
Archives
Dossiers thématiques
Livres d'enfants
Scolaire
Provence
Bibliothèques
Expositions
Revues
Liens

 

Copyright 2000-2010
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 11/07/2010

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Algérie contemporaine : la littérature

Accueil Algérie | Algérie contemporaine : la littérature | Rachid Boudjedra | Mohamed Dib | Assia Djebar | Rachid Mimouni | Amin Zaoui

Assia Djebar

Bibliographie  |   Extrait

  Les quatre premiers romans concernent la guerre d'indépendance. Déjà la petite musique d'Assia Djebar fait entendre sa différence : Et les femmes, qu'avez-vous fait des femmes ? La militante qui prit le maquis avec les hommes du FLN pour y faire fonction d'infirmière a vite entendu la messe de l'organisation indépendantiste, incapable de se démilitariser et de fonder un république où les aspirations de la moitié de ses habitants aient la moindre chance de voir le jour.

   Depuis, exilée en France, rien n'a changé, au point qu'elle en vient à douter de l'utilité de son œuvre , prolifique mais toujours militante. Dans l'une des nouvelles de Oran, langue morte, "elle me demande de quelle nature est la pulsion qui la pousse à continuer si inutilement, si gratuitement, le récit des peurs, des effrois saisis sur les lèvres de tant des sœurs algériennes, alarmées, expatriées ou en constant danger. On a envie de lui répondre que, depuis La soif, où elle tentait déjà de démêler les racines de la violence algérienne, elle est protée par un même courage, et par cet extraordinaire don d'empathie qui l'amène, aujourd'hui, à se glisser au plus près du corps, du cœur des femmes résistantes et condamnées par l'idéologie intégriste. Refusant le ton du pamphlet amer, de la dénonciation frénétique, elle est simplement, de l'intérieur, cette femme, dont la stratégie est de changer nom chaque jour, de casser sa voix ou même de modifier l'accent, le rythme de son dialecte, et qui pour ne pas être reconnue s'exhorte sans cesse à ne plus avoir peur et devient presque indifférente au regard soupçonneux d'un "barbu" qui, face à elle, dans un jardin, semble lui contester un instant de halte, sa dernière place au soleil. Rien, nous dit-elle aussi, ne semble devoir changer la relation accouplement-affrontement entre la France et l'Algérie, "l'histoire continue à miner les sphères privées, à y déposer l'ombre d'une lointaine "dette obscure" (Jean-Noël Pancrazi).

haut de la page

 

Bibliographie

"La disparition de la langue française" Albin Michel

   " Vingt ans d'exil vont-ils lui paraître irréels, coulée sombre s'évanouissant derrière lui ? Rues en lacis de la Casbah (celle de Pépé le Moko, luis disait en souriant Marise qui ne vint jamais jusqu'ici), il va les revoir dans le clair-obscur de ce vieil Alger, Djazirat el Bahdja, la belle, la glorieuse, si longtemps l'imprenable, la cité des pirates légendaires, bribes d'histoire que sa mémoire, à lui, l'enfant du quartier, ce matin sur la route macère... "

 

"Les nuits de Strasbourg" Actes Sud

   Pour retrouver François, un amant de vingt ans son aîné, Thelja quitte Paris. Les amours brèves mais fulgurantes de cette femme qu'un mari et un enfant attendent à Alger, et de ce Français veuf, tourmenté par le passé, dureront neuf nuits. Neuf nuits au cours desquelles se conjugueront leurs désirs, leurs émois, leurs plaisirs. Au-dehors, la ville de Strasbourg se remet de son histoire récente et abrite d'autres personnages aussi troublants que les deux premiers Ève, une petite juive enceinte des œuvres d'un jeune Allemand, Jacqueline qui monte Antigone dans un théâtre de banlieue, et d'autres encore, ombres qui hantent la scène avec leurs mémoires vives et sensibles. Cantique d'amour, ode aux saveurs de la vie, ce roman ne manque pourtant pas d'exposer ses héros, sans fard, aux regards impitoyables de l'Histoire.

haut de la page

"Le blanc de l'Algérie" Livre de Poche

   Convoquer les morts, ces " chers disparus ", et restituer leurs derniers instants, l'horreur de leur mort, la douleur de leurs proches, comme un cérémonial dans un pays en proie à la guerre, où l'écrivain est offert en victime propitiatoire, tel est le propos de ce récit qui répond autant à une exigence de mémoire immédiate qu'à un désir de lire autrement l'histoire de l'Algérie. Qu'il s'agisse d'écrivains célèbres - Albert Camus, Jean Amrouche, Frantz Fanon, Jean Sénac, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Tahar Djaout - ou moins connus, Le Blanc de l'Algérie recrée, à travers leur mort, certains épisodes de la guerre d'Indépendance passés sous silence, éclairant ainsi l'amont de la crise actuelle comme guerre fratricide. Avec ce récit tour à tour élégiaque et dépouillé, Assia Djebar poursuit la quête exigeante, à la fois littéraire, autobiographique et historique qui, de L'Amour, la fantasia à Vaste est la prison, traverse son œuvre romanesque et en fait l'un des écrivains du Maghreb les plus connus dans le monde entier.

 

"Femmes d'Alger dans leur appartement" Albin Michel

   En 1832, dans Alger récemment conquise, Delacroix s'introduit quelques heures dans un harem. Il en rapporte un chef-d'œuvre, Femmes d'Alger dans leur appartement, qui demeure un " regard volé ". Un siècle et demi plus tard, vingt ans après la guerre d'indépendance dans laquelle les Algériennes jouèrent un rôle que nul ne peut leur contester, comment vivent-elles au quotidien, quelle marge de liberté ont-elles pu conquérir ? Dans ce recueil de nouvelles publié pour la première fois en 1980 et ici augmenté d'une longue nouvelle inédite, La nuit du récit de Fatima, Assia Djebar raconte : le vécu, la difficulté d'être, la révolte et la soumission, la rigueur de la Loi qui survit à tous les bouleversements et l'éternelle condition des femmes. " Langage de l'ombre ", souvent prémonitoire en regard de l'histoire immédiate, Femmes d'Alger dans leur appartement est devenu un classique dans de nombreux pays où il a reçu un accueil exceptionnel.

haut de la page

"La femme sans sépulture" Albin Michel

   La femme sans sépulture, c'est Zoulikha, héroïne oubliée de la guerre d'Algérie, montée au maquis au printemps 1957 et portée disparue deux ans plus tard, après son arrestation par l'armée française. Femme exceptionnelle, si vivante dans sa réalité de mère, d'amante, d'amie, d'opposante politique, dans son engagement absolu et douloureux, dans sa démarche de liberté qui scelle sa vie depuis l'enfance et qui ne l'a jamais quittée, sa présence irradiante flotte à jamais au-dessus de Césarée... Autour de Zoulikha s'animent d'autres figures de l'ombre, paysannes autant que citadines, vivant au quotidien l'engagement, la peur, la tragédie parfois. Véritable chant d'amour contre l'oubli et la haine, de ce passe ressuscité naît une émotion intense, pour ce destin de femme qui garde son énigme, et pour la beauté d'une langue qui excelle à rendre son ombre et sa lumière.

 

"Vaste est la prison" Livre de Poche

   " Vaste est la prison qui m'écrase ", dit la complainte berbère qui ouvre ce roman sur l'Algérie des femmes d'hier et d'aujourd'hui. Comme dans le présent algérien s'entremêlent ici des tragédies, des passions et des mutations, celles de femmes presque toujours en mouvement : la narratrice dans le désert et le silence d'une passion amoureuse, l'aïeule qui à quatorze ans épouse un riche septuagénaire, la mère quittant le voile pour rendre visite en France à son fils prisonnier politique, et tant d'autres figures féminines peintes comme des " fugitives et ne le sachant pas ", improvisant leurs chants de deuil, de joie, de lutte ou d'espoir. Roman-quête des origines, polyphonie d'une fascinante chronique féminine sur tout un siècle, Vaste est la prison est le troisième volet du " Quatuor algérien " qui, avec L'Amour, la fantasia et Ombre sultane, explore par la double approche autobiographique et historique l'Algérie profonde dans sa vie tumultueuse et meurtrie.

haut de la page

"Oran, langue morte" Actes Sud (Babel)

   Une jeune Algérienne revient à Oran pour la mort de sa tante et revit les circonstances du meurtre de sa mère, en 1962 ; une Normande catholique, mère de huit enfants franco-algériens, est enterrée en grande pompe au cimetière musulman du village de son époux ; une institutrice signe son arrêt de mort en racontant à ses élèves l'histoire de la femme découpée en morceaux... Entre folie meurtrière et résistance farouche, des femmes tentent de survivre dans le quotidien ensanglanté de l'Algérie de ces dernières décennies. Au fil des sept textes de ce recueil, c'est la respiration heurtée d'un pays en proie à la violence que fait entendre Assia Djebar, dans une œuvre tragique où esthétique et réalité n'ont nulle complaisance l'une envers l'autre.
 

 

"Loin de Médine" Livre de Poche

   Algérienne, considérée aujourd'hui comme l'un des écrivains les plus importants du Maghreb, Assia Djebar nous transporte à Médine, à la mort du Prophète. Et c'est des femmes qu'elle nous parle, nombreuses et influentes dans l'entourage du fondateur de l'Islam, où se déchaînent déjà des intrigues et des rivalités de succession. Nous découvrons les figures d'une histoire ignorée, oubliée : reines de tribus, prophétesses, femmes chefs de guerre dans une Arabie en effervescence. Fatima, fille du Prophète, fière et indomptable, se dresse en Antigone arabe, tandis qu'Aïcha, sa jeune veuve, s'installe dans son rôle de " diseuse de mémoire ". Bien d'autres encore, femmes de La Mecque, affranchies, errantes, mêlent leurs voix et se souviennent. Roman historique, chronique, épopée : ce livre puissant, inspiré, restitue aux femmes une place volée ou tue à la source de l'Islam. " Une magnifique leçon d'histoire à ceux qui veulent dévaloriser la femme musulmane. " Sophie Boukhari, Jeune Afrique. " Où les historiens dessinent un portrait sec et rapide des femmes proches du Prophète, l'écrivaine donne chair et émotion à ces femmes rebelles ou soumises. " Leïla Sebbar, Le Magazine littéraire.

 

"Ces voix qui m'assiègent... En marge de ma francophonie" Albin Michel

   Être femme d'éducation musulmane et écrire, c'est déjà braver les interdits du regard et du savoir, mais qui plus est dans la langue de l'Autre, le français, c'est risquer de casser le lien avec la lignée des femmes. Assia Djebar, qui a écrit son premier roman à vingt ans, en pleine guerre d'indépendance, explore ici ce qui a nourri son œuvre et la nourrit toujours, toutes ces voix de femmes en arabe dialectal et en berbère qu'elle ramène à la vie dans son français à elle, tissé de toutes ces langues, de ce marmonnement multilingue, de ce chant qui ne doit pas être d'oubli. Elle évoque son enfance, sa jeunesse, ses quatre premiers romans, suivis d'un long silence de dix ans, et puis, à quarante ans, l'impérieuse nécessité de l'acte autobiographique avec L'amour, la fantasia, premier tome du quatuor d'Alger qui marque son nouveau départ. Ces voix qui m'assiègent témoigne du parcours d'une femme en écriture, pour qui l'identité n'est pas seulement d'hérédité mais de langue. Mosaïque autant que polyphonie, on y sent, par ce devoir impérieux de transmission, ce qui se joue dans l'acte d'écrire de grave et de léger, de sensuel et de tragique, de l'histoire collective et de l'histoire individuelle, du rapport obscur entre le " devoir dire " et le " ne jamais pouvoir dire ".

haut de la page

 

Extrait

«    J'écris en français, langue de l'ancien colonisateur, qui est devenue néanmoins et irréversiblement celle de ma pensée, tandis que je continue à aimer, à souffrir, également à prier (quand parfois je prie) en arabe, ma langue maternelle.

   Langue de l'Autre à écrire mais mon oreille restait hors champ. Comment d'ailleurs aurais-je pu infléchir le français, dans son rythme et son souffle premiers, si je ne gardais pas, même dans l'exil le plus distendu, l'ancrage dans des voix familières, - voix de fureur et de douceur, barbares et gutturales, intimes celles des lieux féminins de l'enfance, celles vociférantes et improvisées des visiteuses de sanctuaires, celles des lyriques ou des désespérées, en tout cas rebelles ; analphabètes disait-on des inconnues autour de moi, fillette, parce que même sans l'alphabet arabe, excepté pour des amulettes qu'elle me pendait au cou, sous ma chemise et avec des caresses, pour me protéger à l'école, soufflaient-elles. Entendez de l'école des Français.

  C'est ainsi que j'ai cru longtemps que toute navigation dans la nuit des femmes me ferait retrouver la force, l'énergie, la foi des aïeules inébranlables. Je rêvais qu'elles me transmettraient, elles, leur secret de survie, pour peu que je tente cet effort de remonter le courant, les eaux de reflux, de la dispersion dans l'oralité.

»

(Discours de réception du prix Liberté, 1999)

haut de la page