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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 11/07/2010

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Algérie contemporaine : la littérature

Accueil Algérie | Algérie contemporaine : la littérature | Rachid Boudjedra | Mohamed Dib | Assia Djebar | Rachid Mimouni | Amin Zaoui

Mohamed Dib

 

Bibliographie   |    Extrait

   Parce qu'elle s'est élaborée dans la langue française pour rendre compte d'un univers indexé sur une autre langue et une autre culture, l'écriture dibienne a découvert quasi spontanément une aptitude à se faire bi-vocale, à établir des raccordements entre sphères sans bords communs, à se frayer des circuits dérobés pour y inscrire sa différence et, finalement, à se produire dans une distance réflexive, comme dans un miroir d'un genre particulier qui renvoie les reflets d'un monde ancré dans une double référence culturelle et linguistique, laissant percevoir, sous la langue d'emprunt, la langue d'origine, citant, à l'intérieur du genre romanesque importé, les formes narratives du terroir, nourrissant la poétique française à un imaginaire et scansion caractéristiques de l'être au monde algérien.

  "Il se propulse dans une quête orphique en vue de découvrir derrière le miroitement illusoire du monde la face cachée de l'univers. Recherche sans fin qui se propage à travers les configurations de l'histoire conjoncturelle à laquelle il reste continûment attentif." (Nagef Khadda) Dans sa grande variété (réaliste, fantastique, onirique...) son œuvre peut être lue dès le départ comme une interrogation de plus en plus inquiète sur les pouvoirs de la parole (C. Bonn) lorsqu'elle se saisit d'un monde où c'est finalement par l'exil que l'on accède à l'universel.

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Bibliographie

Comme un bruit d'abeilles

Comme un bruit d'abeilles s'inscrit dans cette démarche toujours renouvelée et si personnelle. On pourrait dire que c'est un recueil de nouvelles, car nouvelles et contes il y a, mais toutes reliées par le fil du récit d'ouverture " Le Sourire de l'icône " qui scande les autres récits. Au cœur des villes ou dans leurs banlieues, au seuil du désert ou des cimes enneigées, c'est toujours la même confrontation à l'autre, peur, amour ou haine, culpabilité et pardon, qui se rejoue quels que soient sa culture, son histoire et son imaginaire.

 

L'infante maure

Dans une aube éternelle d'été nordique, perchée sur l'un ou l'autre des arbres de son jardin, la petite Lyyli Belle recrée le monde. Entre une mère européenne et un père maghrébin, que peut être la réalité ? Des sapins enneigés aux dunes infinies de sable, de la confrontation de deux traditions, de deux imaginaires, elle construit tout l'univers magique de l'enfance solitaire avec ses rites et ses secrets, et abolit à sa façon la souffrance et la séparation. Avec L'Infante maure, Mohammed Dib, le grand romancier et poète algérien dont l'œuvre est traduite dans de nombreux pays, poursuit l'exploration des territoires de l'exil, lieu des mirages, de l'errance mais aussi de l'identité perdue.

 

Neiges de marbre

Un homme du Sud, une femme du Nord. Entre les deux, les forêts, les ciels, les neiges septentrionaux. Entre eux, surtout, leur enfant, la petite Lyyl. Comment un père se fait voler sa fille, l'affection de celle-ci, et comment il lui devient doublement étranger. Histoire d'un enracinement puis d'un arrachement dans la vie d'un couple séparé - mixte - que l'auteur retrace d'une écriture superbe, émouvante et pudique. Dernier volet de la trilogie " nordique " qui comprend Les Terrasses d'Orsol et Le Sommeil d'Eve, déjà parus dans " Minos ".

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La nuit sauvage

Souvent tragiques bien que baignées de lumière, les nouvelles de La Nuit sauvage marquent le retour de Mohammed Dib au pays d'origine. Certaines ont pour cadre la guerre d'Indépendance, d'autres cette guerre que vit actuellement l'Algérie, qui creuse des béances insondables. D'autres encore se situent dans l'entre-deux, quand le souvenir de la colonisation génère une nostalgie qui ne débouche pas forcément sur la haine. Il y a enfin celles qui parlent d'autres violences, sous d'autres cieux. Dans La Nuit sauvage, Mohammed Dib, Grand Prix de la Francophonie de l'Académie française, renoue avec une Algérie de chair et de sang, et témoigne de ses tragédies et de ses conflits, animé d'une préoccupation constante : ne pas disjoindre, comme il l'écrit en postface, " écriture (romanesque) et responsabilité (morale) ".

 

L'histoire du chat qui boude

Depuis déjà un moment, le grand chat, d'un beau noir, se tient, ventre allongé sur la terrasse, dans la fière posture du sphinx. Il boude. Pourquoi ? Que s'est-il passé ?

 

Simorgh

Le Simorgh est cet oiseau mythique dont Avicenne, Attar ou Rumi ont célébré le mystère. Le Simorgh, c'est aussi ce puzzle littéraire où Dib mêle allégrement le conte, la nouvelle, fessai et le journal pour aborder les thèmes qui traversent son œuvre, la langue, l'étranger, la fascination du désert, le pouvoir du rêve et de l'imaginaire. Et Simorgh, s'il s'ouvre par un mythe né au Proche-Orient, se clôt par une autre image à faune de notre destinée, celle d'Œdipe à Colone, un vieil homme qui, après avoir subi tragédie et exil, rejoint apaisé la terre de ses ancêtres.

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L.A. Trip

L. A. Trip est un roman en vers. Il conte les tribulations au Nouveau Monde d'un homme de l'Ancien Monde et renoue ainsi avec une tradition un peu perdue (de vue). Mais pourquoi en vers ? Mais d'abord pourquoi faut-il que cela soit un roman ? A cette dernière question, une réponse simple : pour donner du corps à une poésie devenue de nos jours ectoplasmique, languissante, épuisée par un impressionnisme à bout de souffle. Le réalisme du roman est le meilleur antidépresseur dans ce cas. Mais alors pourquoi un roman en vers ? C'est évident : le vers est là pour corseter une langue à la fois souffrant de diarrhées chroniques et croulant sous ses adiposités depuis qu'elle a cesser de fréquenter l'école du Nouveau Roman. C'est aussi simple que ça.

 

Le sommeil d'Ève

" Le Sommeil d'Ève touche à l'épure puisque le livre pourrait se résumer en une formule : la rencontre d'une femme avec son destin. Et cela à travers le récit minimal d'une passion proche de l'envoûtement, sur fond d'union légitime et de nourrisson incontournable. Une histoire banale, touchée ici par la grâce d'un authentique art d'écrire, qui la restitue à la vertigineuse singularité de toute expérience intérieure. On s'en doute, une telle intensité ne peut passer que par un travail sur le langage, dont la réussite tient d'abord à ce qu'il ne se fasse nulle part ressentir. Pas une phrase inutile, pas un mot de trop dans ces deux cents pages proprement poétiques. Mais un souffle au bord du halètement, une prose à deux doigts de l'évanouissement, un chant très pur en équilibre sur la margelle d'un immense puits de silence. " (Philip Tirard, Le Vif/L'Express.)

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Les terrasses d'Orsol

" La poésie baigne l'œuvre de Mohammed Dib, dont la langue et les thèmes ne cessent de tendre à une sorte de plénitude. Des Terrasses d'Orsol on voit très bien se déployer, avec les ressources d'un lyrisme très sûr, cet horizon captivant à force d'incertitude, troublant par sa beauté et qui est le sien depuis toujours. On peut songer au Rivage des Syrtes. Mais le roman de Dib recèle plus de folie, et plus d'inquiétude aussi que la grande fable de Gracq. On y est pris par un charme, par le pouvoir d'évocations radieuses, par le tragique éclatant d'une disparition: identité, mémoire. Il serait temps, enfin, de consacrer la permanence d'un talent. " Claude Michel Cluny, Le Quotidien de Paris.

 

L'incendie

A Bni Boublen, minuscule village perché dans les montagnes, la vie suit le rythme des saisons. Dans la plaine, s'étendent les immenses domaines des colons. Omar, le jeune héros de La Grande Maison, s'initie à cette vie rustique grâce à Comandar, sorte de Dieu Pan. L'enfant apprendra que les hommes ne sont pas heureux. Les fellahs se réunissent, parlent, s'insurgent contre leur condition misérable et décident de faire grève. Le pays est en effervescence. Une nuit, le feu prend à des gourbis d'ouvriers agricoles. Les grévistes sont accusés d'être des " incendiaires ". Les meneurs sont arrêtés... Mohammed Dib porte un témoignage sur la détresse de la paysannerie arabe, sans oublier qu'il est un écrivain pour qui les mots comptent et gardent le sens d'une liberté que nul ne peut confondre.

 

Le maître de chasse

L'Algérie, trois ans après l'accession du pays à l'Indépendance. Jean-Marie, jeune coopérant français, part vers les Hauts Plateaux, accompagnant la secte des " mendiants de Dieu " : il y mettra à profit ses talents de sourcier. Mais les hommes du village accueillent les nouveaux venus avec une certaine réserve... Une deuxième expédition se prépare : en pure perte ? C'est pourtant le sort du nouvel État, le devenir d'un peuple ayant conquis sa liberté de haute lutte, qui se joue ici.

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Extrait

« Un lot d'hommes avait d'abord été enlevé. les épouses des enfants allèrent quémander la vérité sur le sort des leurs à toutes les portes. En même temps, une petite chanson, un babil errait sur les lèvres du vent. Ils s'en furent voir l'Hospodar, ils pleurèrent tandis que la chanson s'enroulait ingénument autour de leurs jambes, supplièrent, et les femmes tombèrent à genoux devant les Minotaures placés en sentinelles. Leur baisèrent la main. Leur tendirent les mioches qu'elles avaient au bras. Un air de flûte donnait des cornes contre les jambes, contre les ventres, frêle mais têtu. Les Minotaures les repoussèrent sans comprendre un traître mot à leur baragouin. Alors l'air capricant de flûte s'en alla bondir au loin parmi des odeurs de thym et de lentisques, et dans toutes les maisons, tous les magasins, sous les paroles un silence de basalte se forma. Il était partout le même, sans fissure. D'un simple mot, on le sentait, on le touchait. Ensuite les murs se déplacèrent puis se replacèrent autour de nous sans tenir compte de l'alignement ancien, mais non sans observer ce que je suis bien obligé d'appeler un dessein général, lequel consistait en une volonté très nette d'enveloppement de l'intérieur comme de l'extérieur. Cela provenait du fait que la ville s'était noyée dans le basalte ou plus exactement que le basalte l'avait recouverte."
»

"Qui se souvient de la mer" Le Seuil, 1962

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