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Dernière modif. : 04/08/2008
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Algérie : la littérature au chevet de
l'histoire |
Guerre d'indépendance : la
littérature
Accueil Algérie
| Guerre d'indépendance : la littérature
| Albert Camus | Mouloud
Feraoun |
Mouloud Mammeri | Jean Sénac |
Kateb Yacine
Albert Camus
1913 - 1960

Bibliographie
| Extrait
Il y a deux Camus très différents quant à
l'Algérie. L'un est politique, l'autre philosophe ou plus exactement
"mythologisant". Chez ce dernier, une pensée tragique de la
transcendance solaire, abrupte, inassignable, s'est constituée dans la pousse
de sa racine grecque, méditerranéenne, la pensée de midi, largement analysée
par les lecteurs "apolitiques" de l'œuvre. Deux camps jugent de ces
liens, les uns pour les nier, les autres pour les fonder dans une lecture plus
universelle des textes.
Les écrits politiques sur l'Algérie
: d'abord les articles parus dans Combat. La thèse est simple et connue : l'Algérie
française est une réalité, elle est souhaitable, mais il faudrait
l'humaniser, donner la pleine citoyenneté française aux indigènes, et abolir
les privilèges : tous les algériens égaux en droit. Camus pense (se référer
à son dernier texte, inachevé, "Le premier homme") que la
colonisation française a trouvé un pays sans une habitation, sans un lopin de
terre cultivé, dans un espace nu et désert. Ces colons sont des socialistes réprimés
dans la France de 1848, ils viennent fonder une utopie, l'Algérie arabe et française,
messagers de l'universalité des Lumières de la Révolution française. Acte
d'accusation : pas de trace d'une éventuelle culture berbère, d'une spécificité
de l'Islam, d'une épaisseur historique.
Les articles de Combat traduisent un
repli progressif sur une ligne de défense de plus en plus
"franco-centriste". Il y déplore que l'attitude fascisante des
colons, favorables à Vichy, ait entraîné cette radicalisation des mouvements
d'émancipations autochtones. Lorsque la guerre éclate, puis qu'il la sent
perdue pour la cause d'une Algérie française, il en vient à stigmatiser le
nationalisme algérien : le rêve d'un Esprit Saint égalitaire descendant sur
le colon esclavagiste avait fait long feu...
"Relire Camus et autour de
Camus avant et après d'autres voix algériennes, d'autres voix d'Algérie :
c'est cela aussi reconstruire une mémoire, car de leur étouffement
provisoirement sans doute quelques-unes des impasses du présent."
(C.Chaulet-Achout).
Les références concernant la
librairie Charlot à Alger, premier éditeur de Camus, sont disponibles aux éditions
Domens (Pézenas).

Bibliographie
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L'étranger
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Quand la
sonnerie a encore retenti, que la porte du box s'est ouverte, c'est le
silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette
singulière sensation que j'ai eue lorsque j'ai constaté que le jeune
journaliste avait détourné les yeux. Je n'ai pas regardé du côté de
Marie. Je n'en ai pas eu le temps parce que le président m'a dit dans
une forme bizarre que j'aurais la tête tranchée sur une place publique
au nom du peuple français... |
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L'exil et le royaume
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Dans les épaisseurs
de la nuit sèche et froide, des milliers d'étoiles se formaient sans
trêve et leurs glaçons étincelants, aussitôt détachés, commençaient
de glisser insensiblement vers l'horizon. Janine ne pouvait s'arracher
à la contemplation de ces feux à la dérive. Elle tournait avec eux,
et le même cheminement immobile la réunissait peu à peu à son être
le plus profond, où le froid et le désir maintenant se combattaient.
Six nouvelles sur le thème de
l'exil. |
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Chroniques algériennes
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" On
trouvera dans ce recueil un choix d'articles et de textes qui tous
concernent l'Algérie. Ils s'échelonnent sur une période de vingt ans,
depuis l'année 1939, où presque personne en France ne s'intéressait
à ce pays, jusqu'à 1958, où tout le monde en parle. [...] Tels quels,
ces textes résument la position d'un homme qui, placé très jeune
devant la misère algérienne, a multiplié vainement les avertissements
et qui, conscient depuis longtemps des responsabilités de son pays, ne
peut approuver une politique de conservation ou d'oppression en Algérie.
Mais, averti depuis longtemps des réalités algériennes, je ne puis
non plus approuver une politique de démission qui abandonnerait le
peuple arabe à une plus grande misère, arracherait de ses racines séculaires
le peuple français d'Algérie et favoriserait seulement, sans profit
pour personne, le nouvel impérialisme qui menace la liberté de la
France et de l'Occident. Une telle position ne satisfait personne,
aujourd'hui, et je sais d'avance l'accueil qui lui sera fait des deux côtés.
" |
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Camus à Combat
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| Entre le 21
août 1944 et le 3 juin 1947, Albert Camus est rédacteur en chef et éditorialiste
à Combat. C'est la totalité de ses 165 articles - signés, authentifiés,
ou légitimement attribuables - qui est ici recueillie, présentée et
annotée. Plus de cinquante ans après leur publication, et bien qu'ils
soient intimement liés aux événements historiques de leur temps
mouvementé, dont ils reflètent parfaitement les espoirs et les désillusions,
ces textes n'ont rien perdu de leur force ni de leur actualité.
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Ils
nous transmettent le témoignage lucide d'un journaliste conscient de
ses responsabilités sur une époque où, au sortir de l'Occupation, il
faut à la fois réorganiser la vie quotidienne et dessiner l'avenir de
la France et de l'Europe. Camus aborde de multiples sujets : la
politique intérieure, avec la difficile remise en marche de la démocratie,
avec les heurts entre les anciens partis et ceux qui sont issus de la Résistance,
et avec les grands débats sociaux, idéologiques, ou constitutionnels ;
l'épuration, qu'il espère rapide et efficace, et qui donnera lieu à
une retentissante polémique avec Mauriac ; la politique étrangère et
le rêve de voir des institutions internationales capables d'établir la
paix dans le monde ; les droits, les devoirs et le rôle d'une nouvelle
presse ; la politique coloniale, et en particulier, la nécessité de
doter l'Algérie d'un nouveau statut...
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| Sur tous ces points, et sur bien
d'autres, Camus ne se contente pas d'informer ; il réagit, et sa pensée,
avertie, profonde, vigilante, peut éclairer et enrichir notre réflexion
d'aujourd'hui. Les articles de Camus à Combat font entendre la voix
passionnée d'un écrivain face à l'histoire, d'un homme épris de
justice, de liberté, de vérité, obstinément soucieux d'introduire la
morale en politique, et d'exiger le respect de la dignité humaine ; une
voix qui continue à résonner dans la conscience contemporaine.
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L'envers et l'endroit
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L'envers et
l'endroit est le premier livre d'Albert Camus. Il paraît à Alger en
1937. A la fin de sa vie, Camus verra dans cette oeuvre de jeunesse la
source secrète qui a alimenté ou aurait dû alimenter tout ce qu'il a
écrit. L'envers et l'endroit livre l'expérience, déjà riche, d'un
garçon de vingt-deux ans : le quartier algérois de Belcourt et le misérable
foyer familial dominé par une terrible grand-mère ; un voyage aux Baléares,
et Prague, où le jeune homme se retrouve "la mort dans l'âme"
; et surtout, ce thème essentiel : "l'admirable silence d'une mère
et l'effort d'un homme pour retrouver une justice ou un amour qui équilibre
ce silence". |
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Noces suivi de l'été
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Je me
souviens du moins d'une grande fille magnifique qui avait dansé tout
l'après-midi. Elle portait un collier de jasmin sur sa robe bleue
collante, que la sueur mouillait depuis les reins jusqu'au jambes. Elle
riait en dansant et renversait la tête. Quand elle passait près des
tables, elle laissait après elle une odeur mêlée de fleurs et de
chair.
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La peste
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"C'est
moi qui remplace la peste", s'écriait Caligula, l'empereur dément.
Bientôt la "peste brune", déferlait sur l'Europe dans un
grand bruit de bottes. France déchirée aux coutures de Somme et de
Loire, troupeaux de prisonniers, esclaves voués par millions aux barbelés
et aux crématoires, sur le monde symbolique de Melville ou de Daniel
Defoe, La Peste éternise ces jours de ténèbres, cette "passion
collective" d'une Europe en folie, détournée comme Oran de la mer
et de sa mesure. Sans doute la guerre accentue-t-elle la séparation, la
maladie, l'insécurité. Mais ne sommes-nous pas toujours plus ou moins
séparés, menacés, exilés, rongés comme le fruit par le ver ? Face
aux souffrances comme à la mort, à l'ennui des recommencements - Orphée
cent fois repris - La Peste recense les conduites : elle nous impose la
vision d'un univers sans avenir ni finalité, un monde de la répétition
et de l'étouffante monotonie, où le drame même cesse de paraître
dramatique et s'imprègne d'humour macabre, où les hommes se définissent
moins par leur démarche, leur langage et leur poids de chair que par
leurs silences, leurs secrètes blessures, leurs ombres portées et
leurs réactions aux défis de l'existence.
|
| La Peste sera donc, au gré
des interprétations, la "chronique de la résistance" ou un
roman de la permanence, le prolongement de L'Etranger ou "un progrès"
sur L'Etranger, le livre des "damnés" et des solitaires ou le
manuel du relatif et de la solidarité - en tout cas, une oeuvre pudique
te calculée qu'Albert Camus douta parfois de mener à bien, au cours de
sept années de gestation, de maturation et de rédaction difficiles,
entrecoupées des combats du résistant et du journaliste. |
|
Le premier homme
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" En
somme, je vais parler de ceux que j'aimais ", écrit Albert Camus
dans une note pour Le premier homme. Le projet de ce roman auquel il
travaillait au moment de sa mort était ambitieux. Il avait dit un jour
que les écrivains "gardent l'espoir de retrouver les secrets d'un
art universel qui, à force d'humilité et de maîtrise, ressusciterait
enfin les personnages dans leur chair et dans leur durée ". Il
avait jeté les bases de ce qui serait le récit de l'enfance de son
" premier homme ". Cette rédaction initiale a un caractère
autobiographique qui aurait sûrement disparu dans la version définitive
du roman. Mais c'est justement ce côté autobiographique qui est précieux
aujourd'hui. Après avoir lu ces pages, on voit apparaître les racines
de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de
sa pensée, les raisons de son engagement. Pourquoi, toute sa vie, il
aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée. |
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Réflexions terroristes
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"Ce
n'est pas la révolte ni sa noblesse qui rayonnent aujourd'hui sur le
monde, mais le nihilisme." Dans ces textes d'une troublante
actualité, réunis dans Réflexions sur le terrorisme, Albert Camus, écrivain,
penseur et combattant aborde avec une fulgurante lucidité les questions
posées par l'exercice de cette violence totale, tout en prenant parti :
"Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée
par le massacre aveugle d'une foule innocente..." |
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Albert Camus, Alger
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Si les
racines de l'écrivain Camus n'ont pas été oubliées, l'appartenance
de son œuvre au patrimoine littéraire algérien est beaucoup plus
contestée. Pour étayer cette hypothèse de lecture, ici retenue, l'étude
privilégie une analyse de L'Étranger montrant l'interdépendance entre
la cohérence interne du récit et son inscription dans une époque dont
les aspérités sont en partie polies par les réussites d'une écriture.
L'universalité qu'acquiert le roman explique son étoilement fécond
dans des écritures contemporaines ou postérieures. Intégré à
l'analyse, le contexte algérien devient une voie éclairante pour la
compréhension des textes. L'Algérie - et Alger plus particulièrement
- sont terre de bonheur et de plénitude, terre de misère et de
conflit. Complicité avec les hommes et incompréhension, fusion avec la
nature et éloignement : ces tensions expriment la relation intime que
l'écrivain établit avec son pays d'origine où les ethnies s'ignorent
et se jaugent, cohabitent et s'opposent les unes aux autres dans la
violence.
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| L'Étranger, La Peste,
L'Exil et le Royaume, Le Premier Homme
nous convient à retrouver l'Algérie de Camus. Autour de lui, Jean
Pélégri,
Kateb Yacine, Jean Sénac, Mouloud Feraoun, Alain Vircondelet, Rachid
Mimouai, Maïssa Bey... Voix et regards algériens de ce siècle, autant
de textes qui posent des questions plutôt qu'ils ne se complaisent dans
des certitudes. |
Extrait
| « |
Calmer
la plus cruelle des faims et guérir ces cœurs exaspérés, voilà la tâche
qui s'impose à nous aujourd'hui. [...] Les conquérants inquiets que
nous sommes ont à apprendre de la sagesse qui nous est proposée par la
civilisation arabe. Cela suppose que nous ayons à la comprendre et à
la servir. Et, en admettant que nous n'ayons rien à apprendre, il est
évident que nous avons quelque chose à vous faire pardonner.
Cette fièvre, ces désirs désordonnés
de puissance et d'expansion ne seront jamais excusés que nous les
compensons par une volonté attentive de justice et par un dévouement
sans défaillance. Devant les actes de répression que nous venons
d'exercer en Afrique du Nord, je tiens à dire que le temps des impérialismes
occidentaux est passé.
La colonisation matérielle que nous
poussons sans arrêt devant nous ne se sauvera que si elle parvient un
jour à libérer plus profondément tous ceux qu'elle asservit. Nous
obtiendrons alors l'amitié des hommes qui dépendent de nous. Mais, en
dehors de cela, nous ne récolterons que la haine, comme tous les
vainqueurs incapables de surmonter leur victoire. De malheureuses et
innocentes victimes françaises viennent de tomber et ce crime en lui-même
est inexcusable. Mais je voudrais que nous répondions au meurtre par la
seule justice, pour éviter un avenir irréparable.
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Article paru dans Combat, mai 1945

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