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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 13/05/2011

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

La colonisation française

Accueil du GuideLa colonisation française | Isabelle Eberhardt | Le "clan" Amrouche

Le "Clan" Amrouche

Extraits

 

Fadhma Aït-Mansour  Amrouche (1883-1967)

   Souvenirs d'un petit village de Kabylie avant que la famille ne soit conduite à s'exiler à Tunis. Fadhma évoque le climat social d'alors, la colonisation, la situation particulière des kabyles chrétiens, obligés de se cacher pour aller à la messe. En tant que "fille de l'amour" puis femme scolarisée, elle eut à grandir contre son entourage social. Elle resta Kabyle jusqu'au bout et transmit à ses six enfants, dont Jean et Taos, ce trésor vivant que sont les poésies et chants Kabyles.

  • "Histoire de ma vie" Ed. La Découverte - 2000

 

Jean el-Mouhoub Amrouche (1906-1962)

   Le premier Jean Amrouche est "essentiellement poète à la recherche d'un langage primordial. Mais c'est moins par les mots que par les rythmes que le langage se définit. Le mot n'existe que dans un mouvement qui l'exhausse, ce qui n'est pas sans rappeler les strophes de Saint John Perse. Les êtres et les choses sont doublement vivants, à la fois réels et signes allusifs d'une autre réalité." (Djamal Amrani)

   Le poète hanté par les images bibliques va peu à peu se transformer en militant de la cause indépendantiste, tout en essayant de préserver le lien avec la culture française. Cela lui vaudra d'être rejeté par les deux camps tandis que son oeuvre était saluée par les grands écrivains algériens francophones.

  • "Cendres, poèmes et Étoiles secrète, poésies" Ed. Harmattan 1983

  • "Chants berbères de Kabylie" Ed. Harmattan 1983

  • R. Le Baut : "Jean Amrouche" Alterédit - 2003

 

Marguerite Taos Amrouche (1913-1976)

   Il y a une héroïne type dans les quatre romans, en grande partie autobiographique, de Taos Amrouche : sa solitude est radicale, c'est celle de l'exilée dans les deux cultures qui la constituent et dont elle ne veut se départir. Le fait culturel ou religieux n'est pas une ligne de clivage parce que leur antagonisme se noue, s'incarne dans un personnage dont le destin devient dès lors de les articuler, de les résoudre à la face de son entourage, sans qu'aucun ne prennent l'avantage. De l'Amant imaginaire, elle a dit que c'était le Roman des Atrides tant on s'y déchire dans des rêves d'inceste. Elle fut d'autre part une très grande interprète de chants kabyles dont on conserve un trace discographique.

  • "Solitude, ma mère" Ed. Joëlle Losfeld - 1995

  • "Jacinthe noire" Ed. Joëlle Losfeld - 1996

  • " Rue des tambourins " Ed. Joëlle Losfeld - 1996

  • "L'Amant imaginaire" Ed. Joëlle Losfeld - 1997

  • "Le grain magique, contes berbères de Kabylie" Ed. La Découverte - 1976

 

 

Extraits

«    La fatalité qui me poursuit, je sais aujourd'hui qu'elle est le lot de tous les déracinés à qui on demande de faire un bond de plusieurs siècles. Ignorante, poussant au gré du souffle rude de nos montagnes, mon destin eût été celui de notre orgueilleuse tribu. Ni Racine, ni Mozart ne m'eussent manqué. C'est la civilisation qui a fait de moi cet être hybride. Pourquoi faut-il que le flambeau qu'on se flatte de porter aux populations primitives provoque des déchirements et rende inaptes au bonheur tous ceux qui me ressemblent ?
»

Marguerite Taos Amrouche

 

 

«

 

   Je suis le résultat d'une greffe de culture française sur un rameau jailli de la plus ancienne souche humaine de l'Afrique du Nord. Berbère de race et resté en contact étroit avec les hommes de mon sang, je suis français par la formation spirituelle. J'ai respiré la chair du monde et le monde dansait en moi, j'étais à l'unisson de la sève, des eaux courantes, de la respiration de la mer. J'étais plein du rêve des plantes, des collines ensommeillées comme des femmes après l'amour. Mais j'ai perdu l'esprit d'enfance, l'accord parfait aux Rythmes Saints. Ma bouche s'est emplie de l'âcre saveur de la connaissance et la musique du monde qui ruisselait au printemps de l'enfance peu à peu s'est évanouie dans le pas solitaire du sang. Entre les choses solitaires où flotte un souvenir de Lumière s'est épaissie la nuit de l'homme.
»

Jean el-Mouhoub Amrouche