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Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 25/08/2010

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

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De la Préhistoire à 782

          Saint Augustin  |   Ibn Khaldûn

  • Catherine Belvaude : "L'Algérie" - Ed. Karthala - 1991
  • Jean-Jacques Jordi : " L'Algérie des origines à nos jours" - Ed. Autrement - 2003.

   Deux ouvrages d'histoire générales, peuples et civilisations, et de géographie humaine. Le second davantage destiné aux adolescents.

 

  • Charles-André Julien : "Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830" - Ed. Payot - 1994.

   C'est probablement le premier livre publié en français qui envisage l'histoire  du Maghreb débarrassée du regard du colon. Remis à jour en 1951, il a aussi l'avantage de confronter les diverses interprétations de cette histoire qui, du fait de peu de traces, de l'absence de textes pour de très grandes plages de temps, ressemble parfois à une enquête policière. L'historien l'interprète en recréant la continuité dans le tuilage des civilisations qui se recouvrent et tentent (en vain finalement)  pendant les vingt cinq siècles d'imposer  à une population autochtone réfractaire, les Berbères, une culture et des mœurs qui ne sont pas les leurs. 

   C'est ainsi que l'histoire évènementielle peut être très belle, lorsqu'elle se pare du souffle et du rythme de l'épopée et renonce à hiérarchiser la variété humaine. Cela peut peut être aussi un défaut : une telle vision de l'histoire a du mal à accepter les feux de la guerre : ainsi de la conquête arabe, qu'à présent on voit plutôt comme une migration.

 

  • Paul-Albert Février : "Approches du Maghreb romain" - Edisud - 1980

   L'histoire des colonies africaines de Rome ne saurait se faire sans faire aussi l'histoire des découvertes et des interprétations qui se sont succédées durant les autres colonisations. L'histoire a des enjeux stratégiques, effacer la mémoire d'une période ou s'en vouloir  l'héritier peuvent être une arme. Pour le Maghreb, ce n'est plus à démontrer, et des moyens mis par l'archéologie française pour reconstituer le passé romain dit sans détour qu'il y avait là un enjeu. Moralité : chaque conquête est une reconquête. Cela fait, l'auteur se lance dans le récit de la longue (six siècles)  aventure romaine jusqu'à l'écroulement du colosse au pieds d'argile devant quelques milliers de "barbares".

 

  • François Decret & Moh. Fantar : "L'Afrique du Nord dans l'Antiquité" - Ed. Payot - 1998.

  • François Decret : "Le Christianisme en Afrique du Nord ancienne" - Seuil - 1996.
  • Jean-Marie Blas de Roblès & Claude Sintès : "Sites et monuments antiques de l'Algérie" - Edisud - 2002.

Description des sites, cartes, photographies : précieux et rare compendium.

 

  • Serge Lancel & Omar Daoud : "L'Algérie antique de Messinissa à Saint Augustin" - Ed. Mengès - 2003
  • "L'Algérie en héritage : art, histoire" - Actes Sud - 2003

 

 

  • Mahfoud Kaddache : "L'Algérie des algériens" - Paris-Méditerranée - 2003

   Aujourd'hui, les citoyens algériens ont besoin de connaître l'histoire de leur propre territoire, celle qui est imbriquée dans la grande histoire de l'Afrique du Nord et du Maghreb, mais aussi celle des États ancêtres de l'Algérie actuelle, la Numibie, le royaume de Tahert, l'Algérie ottomane, et l'Algérie française. Ils y découvriront les sources de leur identité, les constantes  de leur résistance multiforme et les acquis légués par les différents peuples et les civilisations qu'ils ont côtoyés. Certains caractères de ces dernières ont été effacés par le temps et il n'en reste que des souvenirs et des ruines ; d'autres ont enrichi et adouci les rameaux du rude chêne amazigh et ont fait de notre pays un carrefour méditerranéen entre l'Orient et l'Occident arabes d'une part, entre le Nord européen et le Sud africain d'autre part (Texte de présentation).

 

  • Hocine Abdi : "L'or de Jugurtha" - Ed. Muller - 2000

   L'Or de Jugurtha c'est la métaphore des richesses d'un peuple que l'auteur somme de faire face à son histoire. Tout l'intérêt de ce livre est de mettre en perspective la situation contemporaine en l'éclairant par son passé, en retraçant l'histoire du peuple Amazigh (Berbère) depuis ses origines tribales jusqu'à la mise en place de l'État issu des accords d'Evian. Une histoire totale, agitée de multiples soubresauts au fil des invasions et des influences successives venues de l'extérieur, qui ont modelé une civilisation originale.

  • Malika Hachid : "Le Tassili des touaregs Ajjer : aux sources de l'Afrique cinquante siècles avant les pyramides" - Paris-Méditerranée - 1998
  • Malika Hachid : Les premiers berbères - Edisud - 2000

   Cette historienne archéologue s'est spécialisée dans l'étude des civilisations avant et après la révolution du néolithique. La pratique du comparatisme sur les fresques et les gravures rupestres du Tassili montre que, malgré la forte variation du climat et de la végétation, la civilisation des Touaregs en est directement l'héritière, ce qui suppose une faculté d'adaptation qui ne s'est pas démentie depuis.

 

  • Mohand Akli Haddadou : "Guide de la culture berbère" - Paris-Méditerranée - 2000

   Une encyclopédie historique illustrée du monde berbère qui, elle aussi, s'évertue à recenser les composantes originelles des peuples du Maghreb afin d'éclairer le présent.

 

  • Geneviève Sennequier & Cécile Colonna : "L'Algérie au temps du temps des royaumes numides" - Paris-Méditerranée/Somgy - 2003.

   Les Numides évoqués par les vestiges encore analysables : une influence certainement bien plus large que nous ne pouvons imaginer, jusqu'à la fondation du royaume de Maurétanie.

 

  • Collectif : "Bijoux et parures d'Algérie, histoire, technique et symboles" - Somogy - 2003

  • Nadia Chafik : "A l'ombre de Jugurtha" 

  • Josiane Lahlou : "Moi, Jubo, roi de Maurétanie" - Paris-Méditerranée - 1999

Deux romans historiques pour relativiser le présent à l'ancien soleil des royaumes berbères.

 

  • Kebir Ammi : "Thagaste" - L'Aube - 1999

  • Kebir Ammi : "Sur les pas de Saint Augustin" - Presses de la Renaissance - 2001

   Belle évocation , dans une langue superbe, du retour d'Augustin à Thagaste, sa ville natale, après être devenu un rhétoricien célèbre à Rome. Marier histoire et fiction pour "reberbériser"  Augustin dans le miroir de l'Algérie contemporaine, c'est envoyer un message clair : l'amour d'une terre ne suppose pas de marchandages ni de ségrégations. Accompagné d'aquarelles de Thomas de la Pinta, le second livre approche, avec autant de sensualité que de foi et d'optimisme (si ces mots ne font pas peur) , le pays qui vit naître et œuvrer un homme qui, lorsqu'il rêvait la Cité céleste, peignait peut-être les paysages de l'Ifriquiya, tellement aptes à figurer un paradis.

 

Saint Augustin

   Sa présence dans ce travail de bibliographie n'est pas une provocation mais l'écho d'une tendance contemporaine émanant d'intellectuels "tiers-mondialistes" qui tentent de rapatrier Aurélius Augustinus vers la rive sud de la Méditerranée. La statistique oblige à admettre qu'il était de sang berbère, né en 354 à Thagaste, dans le Constantinois. Des passages entiers des Confessions décrivent une société du "fellah anti-historique" comme le dit Marrou. Pour autant, le même rappelle que ce qui détermine n'est pas la génétique mais la culture (sauf à admettre des théories racistes), et celle d'Augustin était indéniablement romaine. Mais un romain de la décadence : l'Empire craque de toutes parts, le schisme n'est pas loin, en 410 Rome est prise et saccagée par les Wisigoths d'Alaric, vingt ans plus tard, Augustin meurt dans sa ville d'Hippone assiégée par les Vandales. D'autre part, tandis que Rome sombre, la chrétienté triomphe. Il faut penser sa vie et son œuvre dans ce double mouvement contradictoire et sentit, quelle que soit notre position envers le fait religieux, combien elles sont pour nous une leçon, "un art de vivre en temps de catastrophe" (Marrou).

   En dépit des dénis que l'histoire aura infligés à la pensée de l'évêque d'Hippone, à la responsabilité (mais c'est déjà une reconstitution idéologique a posteriori) de ses idées dans l'intransigeance meurtrière du catholicisme séculier, il nous reste un écrivain prodigieux, un être humain philosophant qui posa des problématiques auxquelles nous ne pouvons échapper. Il introduit une instabilité constitutive (en politique, en sexualité), une dynamique qui, après quinze siècles, n'est pas apaisée. Augustin c'est l'inquiétude de l'esprit au sein même du port trouvé (Jean-Claude Eslin).

Saint Augustin

350 - 430

«Si donc l'oubli se retient en la mémoire par son image et non pas dans sa réalité, la réalité était là pour que l'image en fût prise. Mais, au moment qu'il était là, comment inscrivait-il son image en la mémoire, puisque par sa présence l'oubli efface même ce qu'il trouve déjà enregistré ? Néanmoins, j'en suis certain, de quelque manière que ce soit, fût-ce d'une manière incompréhensible et inexplicable, j'ai souvenance de l'oubli tel quel, où sombre ce dont nous avons souvenance. Grande énergie que la mémoire ! Un je ne sais quoi, mon Dieu, de formidable, un ensemble de replis, profond, sans limite. Or, c'est ici l'âme, c'est ici le moi que je suis. Que suis-je donc, ô mon Dieu ? Quelle sorte d'être ? Une vie changeante, multiforme, furieusement démesurée.

   Voici ma mémoire avec ses champs, ses creux, ses arrière-fonds innombrables, plein de variétés innombrables qui s'y trouvent ou par images : ainsi de tous les corps : ou par présence : ainsi des vues théoriques :  ou par je ne sais quelles notions ou notations : ainsi des états d'âme que la mémoire garde, lors même qu'ils n'affectent pas l'âme, quoique tout ce qui est dans la mémoire soit dans l'âme. Là je prends en tous sens ma course et de-ci de-là mon vol et je m'enfonce tant que je peux, sans qu'il n'y ait de bout nulle part. Tant la mémoire a d'énergie la vie en homme, dont la vie n'est qu'un état de mort ! »

(Confessions, X, 17)

            

 

 

  • Saint Augustin : Oeuvres complètes (dir. Lucien Jerphagnon) Pléiade Gallimard 3 volumes - 2002.
  • Saint Augustin : Les Confessions - (trad. Louis Mondalon) Points Seuil.
  • Saint Augustin : La Cité de Dieu (Dir. J.C. Eslin) Seuil - 3 vol.
  • Peter Brown : "La vie de Saint Augustin" Seuil.
  • Henri-Irénée Marrou : "Saint Augustin et l'augustinisme" Seuil.
  • Jean-Claude Eslin : "Saint Augustin, l'homme occidental" Michalon.
  • Jean-Louis Chrétien : "Saint Augustin et les actes de parole" PUF.
  • Sabah Ferdi et Hélène Lafon-Couturier : "Saint Augustin, une mémoire d'Algérie" Somogy.

 

Ibn Khaldûn

Né à Tunis en 1332, Ibn Khaldûn  est un Maghrébin originaire d'une tribu arabe : il hérite d'une tradition et d'une culture qui détermineront radicalement sa pensée. C'est l'époque où s'effondre et se divise l'extraordinaire civilisation des Almohades. Il observe et participe aux luttes des clans qui s'arrachent la dépouille de l'empire. Il rêve d'une reconstruction de cette puissance. Soumis aux aléas des succès et des revers des partis qu'il a rejoints et qu'il soutient tour à tour lorsqu'il y voit une chance de réussir l'union (ce qu'on interprète souvent comme un opportunisme politique de mauvais aloi), il y acquiert une vision pessimiste de l'histoire. Il ressent la perte symbolique d'Al-Andalûs comme un exil du paradis, ce par quoi il est proche des mystique soufis : le déclin du Maghreb est comme celui de la lumière, l'ombre s'étend plus vite au coucher. Il le traduira dans sa vie par son retrait du monde, du siècle dirait un chrétien, dès 1375.

   Là il entame la rédaction de son œuvre majeure, Al-Muqaddima et commence à élaborer les grandes lignes de sa pensée toute entière tournée vers la compréhension de l'écheveau où l'intriquent l'histoire, la politique, l'économie et la sociologie (bien que ces termes n'aient pas eu cours à l'époque). Le prodige est que, tournant le dos à la tentation mystique qu'il vivait personnellement, il rendra à l'homme son rôle central dans l'évolution des sociétés : c'est un animal social sans destin propre en dehors de celui de sa société. Dès lors, il s'évertue, au-delà du récit de l'histoire évènementielle de lui connue, celle des Arabes du Maghreb à éclairer toutes les articulations qui dynamisent l'histoire de l'humanité (rendant obsolète la thèse du retour cyclique des ères). Examinant très finement le fonctionnement des sociétés maghrébines de son temps, il oppose dialectiquement bédouins nomades et citadins sédentaires tantôt, conflictuelles parfois, un des ressorts du mouvement de l'histoire.

Ibn Khaldûn

1332 - 1406

 

«Un seul individu est incapable de subvenir à tous leurs besoins. Il doit s'unir à ses semblables et, de leur solidarité, naît la civilisation. Mais la satisfaction des besoins d'un groupe suffit, par là même, à ceux d'un nombre beaucoup plus grand. Par exemple, personne ne peut se procurer tout le froment qui lui est nécessaire pour sa nourriture. En revanche, six à dix hommes peuvent unir leurs efforts : un forgeron et un menuisier fabriqueront les instruments aratoires, d'autres soigneront les bœufs, laboureront la terre, moissonneront le grain et exécuteront les autres travaux agricoles. De la sorte, ils obtiendront par leur labeur individuel ou collectif, une certaine quantité de nourriture, largement supérieure à leurs besoins. Le travail en commun produit plus qu'il n'est nécessaire aux travailleurs. (...) Plus une population augmente, plus il y a de travail. Le luxe suit la courbe montante du profit. Pour satisfaire à ses besoins croissants, on invente de nouvelles techniques, dont les produits ont une assez grande valeur. Les bénéfices  se multiplient et la production se développe à mesure. Au début, le travail s'appliquait à satisfaire des besoins ; maintenant, il est au service du luxe et de la richesse. Toute cité plus peuplée qu'une autre la surpasse aussi en profit, en prospérité et en luxe. Plus elle a d'habitants et plus elle est prospère.»

(Al-Muqaddima, Trad. Vincent Monteil)

 

  • "Discours sur l'histoire universelle" (Al-Muqaddima) ; trad. Vincent Monteil ; Actes Sud
  • "Peuples et nations du monde" ; Trad. A. Cheddadi ; Sindbad-Actes Sud
  • "Le livre des exemples" autobiographie trad. A. Cheddadi ; Pléïade Gallimard
  • Yves Lacoste : "Ibn Khadûn, naissance de l'histoire, passé du tiers-monde" ; La Découverte
  • Nassif Nassar : "La pensée réaliste d'Ibn Khadûn" PUF