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Copyright 2000-2010
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 28/01/2010

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

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Le polar

 

Chawki Amari : " De bonnes nouvelles d'Algérie" Éd. Baleine

   Douze nouvelles noires qui toutes explorent la réalité de l'hécatombe contemporaine en Algérie. Amari tente de se projeter dans la tête des bouchers, d'imaginer quelle logique peut présider à cette nouvelle occurrence de la barbarie qui consiste à nier l'humanité de l'autre, ou plutôt à s'attaquer aussi radicalement à la figure humaine.

   Il utilise la symbolique du conte ou s'approche parfois de l'écriture fantastique, parce qu'il y a un point au-delà duquel on ne peut aller avec l'arme de la plume sans frôler dangereusement la perversion du bourreau. Et si tout ceci n'était qu'un rêve ? semblent dire les personnages. Une belle écriture qui trouve sa force en tenant la ligne de crête entre pudeur et reportage.

 

Abed Charef : "Au nom du fils" Éd.de l'Aube

   Dans une jolie rue d'Alger un homme est assassiné. Impulsivement, Kamel se précipite pour aider la victime ; mais s'il est trop tard pour elle, il l'est aussi pour rester en dehors de cette affaire. Kamel le savait bien pourtant que dans l'Algérie d'aujourd'hui, il ne vaut mieux ne jamais rien voir ! Le voila pris dans le maëlstrom des arrestations, enlèvements et interrogatoires. En réchappera-t-il ?  Et si oui, ne serait-ce pas au détriment de ce qu'il a de plus cher.

 

Abdel Hafed Benotman : "Les forcenés" et "Éboueurs sur échafaud" Éd.Rivages

       

   Deux recueils de brefs et cinglants récits fortement autobiographiques d'un auteur né en France et traitant de la question de l'immigration, vue du côté de la jeunesse. Particulièrement affûté et décapant, une langue très originale, en création permanente. 

 

Salah Guemriche : "L'homme de la première phrase" Éd.Rivages

   Youssef est un écrivain algérien dont l'épouse, Selma, a été assassinée : il choisit l'exil à Paris. il échappe d'abord à la mort lors d'une prise d'otages sur l'aéroport de Marignane. Ensuite, une surprise désagréable l'attend chez son éditeur : le contenu des trois disquettes de son roman s'est effacé pour ne laisser que la première phrase... Puis Youssef est victime d'une agression dans son immeuble. S'ensuit pendant six semaines, une amnésie rétrograde sélective : tout souvenir de sa vie en Algérie disparaît. Par l'intermédiaire du Minitel rose, Youssef entre en contact avec Ysa, militante du Rassemblement pour la préférence nationale, dont la mission est de transmettre le Sida aux arabes...   

 

Yasmina Khadra : "Morituri" ; "Double blanc" ; "L'automne des chimères" ; "Les agneaux du seigneur" ; "A quoi rêvent les loups" - Éd. Baleine & Julliard

   Après la trilogie qui vit les aventures du commissaire Llob, voici deux romans noirs de l'Algérie contemporaine. Avec Les agneaux du seigneur, c'est en décrivant la métamorphose d'un village passant d'une vie tranquille à la folie meurtrière que Yasmina Khadra évoquait les malheurs d'une Algérie déchirée entre le désir de paix et les déchaînements de la violence. 

   Dans A quoi rêvent les loups, c'est avec l'évolution de la pensée, puis du comportement d'un jeune garçon qu'est décrit le passage à la cruauté. Une espèce de conversion du Bien au Mal dont le converti est plus victime que bourreau pour ceci qu'il devient le contraire de ce qu'il est, un tortionnaire, un assassin.

   Walid, jeune algérois qui rêve d'être vedette de cinéma, est chauffeur de la famille Raja. Il découvre des univers que ne fréquente pas un fils de cheminot. Il découvre aussi la nomenklatura algérienne, des richesses qu'il n'aurait pas imaginées, une corruption de tous les instants. Il n'en profitera guère. Une adolescente meurt d'overdose dans le lit du fils Raja. Malgré lui, Walid aide à la défigurer, à l'enterrer. Cloîtré chez lui, il se confie à un ami qui lui déconseille de dénoncer ses patrons : ils l'accuseraient du meurtre et on les croirait. il se retrouve seul dans la ville. Traumatisé par le souvenir de la morte, il va à vau-l'eau. Vulnérable, il n'est plus qu'un de ces jeunes sans repères ni avenir, proies faciles des islamistes. C'est l'engrenage de la violence dans un univers où il perd jusqu'au respect de lui-même. Bête fauve n'ayant plus de raison, de références tant soit peu humaines, il ira jusqu'à l'inconcevable.

 

"Alger, ville blanche sur fond noir" - Autrement

   Cinq auteurs nous entraînent dans les bas-fonds d'Alger : Vincent Colonna, Chawki Amari, Virginie Brac, Rima Ghazil et Mohamed Kacimi.

   "Alger, une myriade de bruits. L'oreille tendue, on entend les bruissements de la Casbah, on attend l'eau qui ne vient pas et dont l'absence crée un écho inquiétant dans les canalisations qui courent sous la ville, de la poste centrale à la Casbah, de Belcourt à Bab-el-Oued. Au crépuscule, des ombres passent, furtives, comme jetées d'un passé douloureux vers un avenir incertain. Combien de crimes impunis derrière les murs blanchis à la chaux ? Combien de vengeances rêvées à l'abri des arcades byzantines ? Ce sont ces mystères qui font d'Alger ce labyrinthe où chaque détail de la grande mosaïque semble concourir au même but : qu'on s'y perde. Alger est une ville théâtrale, uns scène de permanente dont les habitants rejouent sans cesse, de la rue aux balcons, une comedia dell'arte irrésistible. Autodérision des jeunes crâneurs aux lunettes noires adossés aux murs, mammas exubérantes, femmes maîtresses, commerçants en "import-import" aux fortunes hasardeuses, pieds-noirs oubliés de l'histoire..."

(Thierry Leclère, Télérama)