MENU

.....................

Accueil
Chercher un livre
Réserver un livre
Archives
Dossiers thématiques
Livres d'enfants
Scolaire
Provence
Bibliothèques
Expositions
Revues

 

Copyright 2000-2008
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 01/07/2008

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

Accueil du Guide | Présentation | De la Préhistoire à 782 | De 782 à 1830 | La colonisation française | Guerre d'indépendance : les documents | Guerre d'indépendance : la littérature | Algérie contemporaine : les documents | Algérie contemporaine : la littérature | le polar | la cuisine | les arts | la B.D. | Littérature jeunesse | Crédits

Guerre d'indépendance : la littérature

 

Accueil Algérie | Guerre d'indépendance : la littérature | Albert Camus Mouloud Feraoun Mouloud Mammeri | Jean Sénac | Kateb Yacine

 

  • Collectif : "Algérie, les romans de la guerre" Omnibus -2002

   Marcel Moussy, "Les mauvais sentiments" ; Malek Haddad, "La dernière impression" ; Maurice Clavel, "Le jardin de Djemila" ; Mohamed Dib, "Qui se souvient de la mer" ; Georges Buis, "La grotte", Albert Bensoussan, "Les Bougnoulis" ; Mouloud Mammeri, "L'opium et le bâton". Présentation de Guy Dugas : "La guerre était devenue une industrie nationale dans les années soixante-dix quatre-vingt. En 1979, en Algérie, à la mort de Boumediene , trente-huit titres avaient parus sur le sujet. Le travail de mémoire est nécessaire mais il y a deux risques. Le premier est celui de la récupération politique, en Algérie comme en France. Quand on reconstruit la guerre par l'imaginaire vingt ans après, on justifie un système. On reconstruit une unité algérienne, un nationalisme qui gomme les différences arabe, berbère, et on occulte complètement les problèmes des Harkis, côtés algériens et français, le deuxième risque est de reconstruire la guerre en fonction de paramètres de notre époque."

   "Les mauvais sentiments" de Marcel Moussy, c'est le roman d'un colon, "Qui se souvient de la mer", de Mohamed Dib, celui d'Algériens engagés au PCA Malek Haddad est du côté du FLN. Et il y a les minorités : "les Bougnoulis", d'Albert Bensoussan, est une métaphore du drame de la communauté juive algérienne, profondément attachée au pays, enrôlée dans l'armée française. Français d'après le décret Crémieux, ils se retrouvent à lutter contre leurs frères. Jamais le narrateur ne dit qu'il est juif, on le sent nulle part à sa place. Mouloud Mammeri, ce sont les berbères... Côté français, il y a un représentant de l'intelligentsia, Maurice Clavel, et le roman d'un officier de l'armée, Georges Buis, dont la tonalité est assez nuancée à l'égard de l'adversaire. Il est remarquable qu'un officier de l'armée française ait eu cette hauteur de vue sur le moment même.

 

  • Guy Dugas (Dir.) : "Algérie, un rêve de fraternité" Omnibus - 2001

   Une vue des deux bords, dix textes d'Isabelle Eberhardt, Albert Truphémus, Roblès, Pélégri, Roy, Sénac, Abdelkader Fikri et Robert Raudau, Feraoun, Amrouche et son Jugurtha, Mammeri et M. Dib, pour donner une idée du climat qui précède 1954, tandis que les premières émeutes et leurs répression sauvage, Sétif, Guelma, donnent déjà une idée de ce qui va suivre.

 

  • Anne Berbera : "Les raisins rouges d'Algérie" Bouchêne - 2000

   Récit d'une jeune provinciale entraînée, au détour d'une manifestation pour la paix en Algérie, à la solidarité, puis aux réseaux de soutien, au FLN, puis, de plus en plus consciente de son engagement, à participer pleinement à la lutte des Algériens.

 

  • Azzedine Bounemeur : "Les bandits de l'Atlas" ; "L'Atlas en feu" ; "Les lions de la nuit" Gallimard -1983 et 1985.

   Voici la révolte qui conduisit à l'indépendance de l'Algérie : elle est racontée dans ce roman d'une façon que nous n'avions jamais entendue. On est en plein Atlas, où les fellahs étouffent sous les lois séculaires, encerclés,  assaillis, menacés sans répit par la colonisation qui les humilie chaque jour un peu plus. Les héros de cette guerre qui commence sont ces mêmes fellahs irréductibles, fidèles à leurs traditions, et qui n'ont pas changé depuis le temps où ils luttaient contre les Romains ou contre l'Empire ottoman.

   Bounemeur nous les montre avec un lyrisme sans emphase : la moisson, les danses des femmes, un mariage, autant de gestes, de cérémonies où un peuple transcende sa misère et proclame sa foi.

   L'ensemble des trois titres constitue une trilogie que l'on peut ranger dans la bibliothèque des grandes épopées guerrières où s'accouchent les jeunes nations.

 

  • Mourad Bourboune : "Le mont des genêts" Julliard - 1962
  • Mourad Bourboune : "Le muezzin" Bourgois - 1968

   Né en 1938, il un militant de la première heure. En octobre 1963, il dirige la commission culturelle mise en place par le FLN. Après le coup d'état du 19 juin 1965, il part pour la France. Retour en Algérie quelques années plus tard, puis à nouveau Paris où il travaille quelque temps à "Demain l'Afrique" ; y réside.

   Une oeuvre, "Les dieux brûlés", avait été depuis longtemps annoncée, mais elle n'a jamais paru. "Le pèlerinage païen" (recueil de poèmes réédité aux éditions Bouchène, 2000) et "Le muezzin" révélaient pourtant un auteur de talent, portant un auteur de talent, portant un regard nouveau et critique dont on était en droit d'attendre beaucoup. Dans ce roman, la Révolution est déjà "un fœtus entre les doigts des avorteurs." Il est un peu scandaleux qu'un écrivain de cette importance n'ait pas été réédité à l'occasion de cette année de l'Algérie : peut-être n'est-ce pas trop tard...

 

  • Raymond Bozier : "Abattoirs 26" Pauvert - 1999
  • Raymond Bozier : "Les soldats somnambules" Fayard - 2002

   Trois chasseurs devant un cadavre quelque part dans le Poitou profond. Trois amis de longue date qui ont en commun d'avoir été  des appelés de la guerre l'Algérie. Ce gisant va déclencher "un silencieux travail d'affouillement de la mémoire. Le fusil à la main, ils observent le mort et revoient d'autres corps à leurs pieds. Chacun à sa façon assailli par les encombrements du passé : en l'espèce, les atrocités de tout ordre auxquelles il leur a fallu prendre part. Son roman devient alors celui de la complexité vécue par une génération de français." (Jean-Claude Lebrun, l'Humanité)

   Rattrapés par les lambeaux de l'histoire, le mur qu'ils avaient construit  se fissure : aucune stratégie ne peut les sauver, comme dans les romans fantastiques, le passé présente l'addition à la moindre occasion.

 

  • Raymond Bozier (Dir.) : "L'Algérie des deux rives, 1952-1964" Mille et Une Nuits - 2003

   Quatorze nouvelles par autant d'auteurs des deux rives, afin que quelque chose naisse des cendres encore chaudes.

 

  • Ana Greki : "Algérie, capitale Alger" Oswald - 1963

  • Ana Greki : "Temps forts" Présence Africaine - 1999

   D'origine française, la poétesse Colette Anna Grégoire naît en 1931 dans les Aurès et embrasse sans réserve la cause et l'être algériens. Emprisonnée comme proche du FLN puis expulsée, elle revient en citoyenne de plein droit en 1962. Meurt en couches, d'une hémorragie en 1966 avant d'avoir encouru une censure que le féminisme de sa magnifique poésie lui promettait...

 

  • Malek Haddad :

    • "La dernière impression" 1958

    • "Je t'offrirai une gazelle" 10-18 - 1959

    • "L'élève et la leçon" 10-18 - 1960

    • "Le Quai des fleurs ne répond plus" 10-18 - 1961

   Né à Constantinople en 1927, Haddad, comme son concitoyen et ami Kateb Yacine, a un parcours assez peu typique pour un écrivain algérien de langue française. S'il passe par l'école et l'université, c'est de manière chaotique, tandis que sa formation le rapproche des écrivains de la route, à la manière de la beat génération : voyages, petits boulots.

   Mais contrairement à Kateb, qui conçoit la langue française comme un"butin de guerre qu'il faut conserver et exploiter". Malek Haddad dit : "nous écrivons le français, nous n'écrivons pas en français" pour souligner que la langue n'est qu'un instrument, qui exclut toute aliénation culturelle. Il vivra la langue française, l'école, comme un exil plus fort que l'exil : "L'école coloniale colonise l'âme. C'est insidieux, c'est profond... Chez nous, c'est vrai, chaque fois que l'on a fait un bachelier, on a fait un français. Il y a toujours eu une école entre mon passé et moi. Je suis moins séparé de ma patrie par la Méditerranée que par la langue française. " Malek Haddad décède des suites d'un cancer le 2 juin 1978 à Alger, après avoir exercé des responsabilités culturelles (On lui doit le regretté Festival panafricain).

   L'évocation de la guerre se teinte chez lui d'un pessimisme existentiel ("La dernière impression"), qui dépasse le cadre strictement algérien. Les êtres sont lancés à la poursuite les uns les autres, et les causes qu'ils embrassent dans le même élan, aussi justes soient-elles, ne sauraient les rapprocher. Même quête dans "Je t'offrirai une gazelle, aussi vaine dans les deux formes de déserts que sont Paris et le Sahara.

 

  • Malek Ouary : "poèmes et chants de Kabylie" 2002 & "La robe kabyle de Baya" 2002 - Bouchêne

   Écrivain de langue française, collecteur le la tradition orale kabyle, Malek Ouary est né en 1916, dans une famille de Kabyles chrétiens de Ighil-Ali, village que l'autobiographie de Fadhma Amrouche a rendu célèbre. La critique le rattache au courant ethnographique au même titre que Feraoun, Amrouche ou Mammeri. Comme eux il est à la croisée d'une culture originelle en train de disparaître et dont il veut témoigner, et de celle du colon, à la fois déguisement et arme de combat.

   Leur interaction se retrouve dans la thématique des romans qui prennent une forte teneur autobiographique. Par exemple, le noyau du récit de "La robe kabyle de Baya" est le déchirement d'un personnage tenté par deux femmes tout aussi désirables, lui promettant deux destins opposés auxquels il est tout à fait impossible de renoncer. La plupart des épisodes qui constituent le récit ont été recueillis au cours d'enquêtes radiophoniques. Les dialogues sont modelés par l'usage  quotidien du kabyle, et retranscrits tels quels dans une narration qui modifie rythmiquement un français d'allure classique. 

 

  • Jean-Noël Pancrazi : "La mémoire brûlée" Seuil, 1994

  • Jean-Noël Pancrazi : "Madame Arnoul" Gallimard, 1995

   Pour un petit garçon français, Batna ressemblait fort au paradis avant les "évènements d'Algérie". Avant les bombes dans les cinémas, les tortures, les mutilations, les assassinats, les délations, les viols, l'escalade des représailles. Jean-Noël Pancrazi ressuscite l'enfant qui a vu basculer en enfer sa petite ville. Il évoque les tiraillements, puis les déchirures de sa communauté jusqu'à l'arrachement définitif qui a fait de lui, à jamais, un "enfant perdu".

   Madame Arnoul est une de ses figures sauvées de l'oubli, elle va symboliser l'Algérie plurielle. Mariée à un pochard qui la bat, elle aller se promener avec l'enfant narrateur jusqu'à un wagon abandonné d'où elle contemple d'invisibles lointains et rêve de voyages. Décrétée "du côté des Arabes" parce qu'elle a protégé une petite algérienne des assauts d'un militaire français, elle va être "punie". "Mieux que le souffle de l'histoire : le soupir du détail." (Jean-Pierre Tison - Lire)

 

  • Jean Pélégri : "Ma mère l'Algérie" Actes Sud, 2003

   Voici la célébration frémissante, inquiète d'une terre où Jean Pélégri est né en 1920. Ses romans algériens sont malheureusement épuisés, certains ont été portés à l'écran, tel le plus célèbre "Les Oliviers de la justice", dans lequel le regard d'un humaniste prévaut sur l'origine et les intérêts familiaux (il est fils de grands propriétaires terriens). Le Maboul est sans doute ce jeune homme idéaliste, versé dans les lettres et la philosophie, et qui rêve d'une "troisième voie pour l'indépendance"... on connaît son devenir.

 

  • Emmanuel Roblès : "Les hauteurs de la ville", "L'action", "Le personnage", "Saison violente"...

   Tous les romans de la période algérienne de Roblès sont épuisés. Nous le citons ici pour rappeler qu'il fut un compagnon de Camus, un passeur de littérature algérienne en France (Il fut le découvreur de Mouloud Feraoun) et dirigea au Seuil la collection qui les accueillit tous. "Frères de soleil" de Camus, oranais comme lui, opposé aux excès des tenants de l'Algérie Française, orphelin d'un père espagnol, les années algériennes sont celles d'un difficile passage à l'âge adulte, comme en témoigne son roman autobiographique "Les hauteurs de la ville", réédité chez Omnibus (anthol. "Un rêve de fraternité", titre qui à lui seul dit tout l'œuvre de Roblès).

 

  • Jules Roy : "Danse du ventre au-dessus des canons" Flammarion, 1976

  • Jules Roy : "Les chevaux du soleil" et "Journal des chevaux du soleil" Omnibus, 2000-2002.

  • Jules Roy : "Mémoires barbares" Albin Michel, 1993

   Voici contée, de 1830 à 1962, l'aventure commune de la France et de l'Algérie. Une aventure inouïe, majestueuse, qui infusa à notre pays un sang qui n'a pas fini de bouillir dans ses veines, car personne n'a jamais posé le pied en Algérie sans tomber amoureux du pays. Un rêve  qui continue de hanter tant de mémoires. Qui sait ? Un mirage. "Les chevaux" sont une épopée aux répercussions imprévisibles, dans une famille qui ressemble à tellement d'autres dans les tempêtes, les exaltations et les avatars de plus d'un siècle. Une légende où tout est peut-être plus vrai que la réalité.

   Le "Journal" tenu durant cette création monumentale et polymorphe témoigne d'un homme meurtri de naissance (il était un enfant naturel), déchiré dans ses aspirations et écartelé par l'histoire, passionnant document sur la France des années 1970 et l'Algérie de Boumediene, le "Journal des chevaux du soleil" est une plongée au cœur de l'intimité d'un romancier aux prises avec son histoire et avec l'Histoire, au moment où il entreprend de confronter les rêves individuels et collectifs du passé aux réalités du présent. Le terme "barbare" recouvre à la fois la sauvagerie ontologique de l'Algérie et celle que se reconnaît l'auteur.