|
|
Accueil
Copyright 2000-2010 |
Accueil du Guide | Présentation | De la Préhistoire à 782 | De 782 à 1830 | La colonisation française | Guerre d'indépendance : les documents | Guerre d'indépendance : la littérature | Algérie contemporaine : les documents | Algérie contemporaine : la littérature | le polar | la cuisine | les arts | la B.D. | Littérature jeunesse | Crédits Guerre d'indépendance : les documents 1945-1962
Ageron demeure la grande référence dans deux volets de l'histoire contemporaine : l'Algérie de la colonisation française, l'histoire de la guerre d'indépendance (il est de ceux qui préfèrent ce terme à celui utilisé par les autorités d'alors de événements d'Algérie ou, de nos jours Guerre d'Algérie), et plus généralement, l'histoire de la décolonisation. Sans être un militant encarté, Ageron a défendu des positions souverainistes alors irrecevables. Historien oeuvrant dans un champ quasi instantané, tandis que les archives étaient inaccessibles, il élabora une méthode de recherche intégrant témoignages, lecture de toutes sortes de textes, même littéraires, confrontés à une connaissance sans faille du contexte et de son passé récent comme cadre logique. Il reste un modèle et un maître pour toute une génération d'historien.
Torturé durant sa séquestration en 1957, Henri Alleg passera trois ans en détention. C'est l'avocat Léo Matarasso, l'un des organisateurs du tribunal sur les crimes de guerre, qui l'invite à écrire et plus tard à publier son témoignage. Intitulé "La question" par l'éditeur, l'ouvrage, rédigé avec une remarquable économie de langue, sort en 1958. Un mois plus tard, il est saisi au motif de Participation à une entreprise de démolition de l'armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale. Depuis, "La question" a été traduit dans une trentaine de langues. "Retour sur la Question" en est une actualisation, sous forme d'entretiens, rendue nécessaire par la publication des mémoires du général Aussaresses.
Il s'agit d'une série d'entretiens réalisés avec des femmes algériennes ayant participé à la guerre d'indépendance, soit en Algérie, soit en France pour celles qui étaient chargées de récolter des fonds dans les milieux immigrés. L'auteur rappelle que, malgré ce travail, la reconnaissance des gouvernants n'a pas suivi.
Ils furent deux journalistes engagés sur le front de l'opinion. Dès 1952, ils multiplient les voyages dans le maquis et recueillent des centaines de témoignages qui finissent par constituer un dossier que le FLN avait l'intention d'utiliser auprès de l'ONU dans le cadre d'une négociation. Une fois choisie l'option militaire, le livre blanc devenait inutile et il aura fallu ces quarante ans de deuil pour qu'il soit recevable en tant que matière première à disposition des historiens.
Pierre Bourdieu en Algérie
Parlant de sa frénésie de travail de terrain lors de son séjour en Algérie, autour des années 60, le sociologue écrit : "Cette libido sciendi quelque peu exaltée, enracinée dans une passion pour tout ce qui concernait ce pays et ses hommes, ainsi que dans un sentiment caché de culpabilité et rébellion face à tant de souffrance et d'injustice, était inlassable, sans frontière... Le simple désir d'absorber ces événements me fit continuer, d'âme et de corps, un travail acharné, qui me permettait d'être à la hauteur des expériences dont j'étais le témoin indigne et à la fois impuissant et dont je souhaitais rendre compte à tout prix." (Le sens pratique)
"La lutte entre le FLN et le MNA de Messali Hadj, en France et en Algérie, a fait plus de 10000 morts. La liquidation des messalistes est un des péchés originaux du FLN. Qui nous dit que, parmi les massacres actuels, il n'y a pas le souvenir de ces villages messalistes qui ont tellement souffert de cette féroce guerre entre frères ?" Edgar Morin. Publié quarante ans après sa rédaction, sous un pseudonyme, voici l'histoire du maquis messaliste de Mohammed Bellounis, que le FLN diabolisa au point de le faire passer pour l'équivalent de Pierre Laval.
Deux parmi tant d'autres, qui se sont intéressés au sort des torturés ou des disparus de la sale guerre : Lisette Vincent, militante communiste emprisonnée et torturée, Fernand Iveton, torturé et guillotiné en 1957. Le journaliste dénonce, mais au-delà, reconstituer le contexte c'est faire œuvre d'historien et nous transmettre de quoi forger notre jugement.
"Lire ou relire Fanon aide à comprendre ce qui se produit quand des êtres humains sont ainsi maintenus dans la privation : violences, recours aux régressions ethniques ou identitaires. De façon anticipatrice, à une époque où se renvoyait dos à dos, d'un côté, l'analyse matérialiste de l'aliénation et des rapports ou culturaliste du sujet (ou même, sur le plan psychanalytique, une vision d'une aventure subjective coupée du monde environnant, il a tenté de mettre en place une nouvelle construction du savoir introduisant le corps, la langue et l'altérité comme expérience subjective nécessaire dans la construction même de l'avenir du politique" (Alice Cherki). Psychiatre nommé en ALgérie en 1955, l'antillais Fanon nourrit son analyse du colonisé par sa pratique du clinicien. Ce sont certainement les premiers textes de ce genre, qui tentent de cerner l'impact du déni d'humanité dans le psychisme de l'"indigène". On est frappé par leur modernité, leur intelligence prémonitoire et leur violence lyrique.
Sur le plan de l'histoire événementionnelle, c'est ici la somme. L'histoire, bien que connue, est retravaillée en fonction des récentes ouvertures d'archives.
En 1956, Noël Favrelière a été appelé en Algérie dans un régiment parachutiste pour participer à ce qu'on appelait "la pacification". Mais un jour, afin de soustraire à une exécution sommaire un jeune rebelle blessé, il le libère et déserte avec lui pour l'aider dans son évasion. Après une semaine dans le désert, ils réussissent à rejoindre l'armée de libération nationale. L'auteur resta dix mois avec les combattants de l'ALN avant de gagner Tunis et, de là, les États-Unis, où il travaille comme dessinateur. En 1966, blanchi des deux condamnations à mort prononcées contre lui, il a pu revenir en France. Une semaine après sa parution aux éditions de Minuit, en octobre 1960, "Désert à l'aube" était saisi et sa diffusion interdite.
Même souci de témoigner chez cet ex-député, appelé dans un régiment de parachutistes.
Récit d'un engagement qui a conduit Jacqueline Guerroudj - mère de Danielle Amrane-Minne - jusqu'à sa condamnation à mort, en octobre 1957, lors du procès des "Combattants de la liberté", communistes qui participait à la lutte armée.
Histoire d'une amitié qui a résisté aux mal-entendus. Enfants, un pied-noir et un "indigène" partagent joies et peines de la condition d'écolier, jusqu'en 1962. Gérard Tobelem revient sur cette période du grand départ et toutes les difficultés rencontrées par les pieds-noirs à se faire accepter dans l'Hexagone. Salah Guemriche avait, lui aussi, rejoint la France fuyant le régime de Boumediene. Toujours du côté des démocrates algériens, c'est en publiant un article dans la presse en 1999 qu'il retrouva son ami Gérard, lequel le contacta par le journal. Comment faut-il sceller ces retrouvailles ? Par un livre, "L'ami algérien", où ils s'expliqueront l'un et l'autre sur tant de quiproquos et tant de non-dits.
Mohammed Harbi est certainement la référence de l'historiographie algérienne pour ce qui concerne la période de la guerre et le début du gouvernement FLN. Il cumule le regard d'un chercheur rigoureux et celui d'un acteur de premier plan engagé dans la lutte dès 1945. Le point de vue algérien ne l'empêche pas d'examiner la composante adverse avec une grande objectivité, ni celle de son camp avec un recul critique. Il est un témoin capital pour comprendre les jeux de pouvoir, d'influences, les rivalités mortelles au sein du mouvement national. Son témoignage est régulièrement consulté par les historiens français étudiant cette période. Pour le lecteur non spécialiste, que l'Algérie contemporaine déroute, il est utile de lire son oeuvre afin de comprendre le chemin qui a conduit le pays là où il en est, compte tenu nous dit-il, que tous les germes pathogènes étaient déjà incrustés au sein de la direction politico-militaire du FLN : mépris des femmes, culte du chef, renoncement à la laïcité, alliances malsaines, etc.
La septième Wilaya, les 300 000 algériens de France à ce moment-là, ont eu un rôle qui ne se bornait pas à manifester ce 17 octobre 1961, mais organisait des actions décisives : liens avec les organisations de gauche en France ou à l'étranger, renseignement, aide sanitaire, et surtout collecte de fonds auprès des travailleurs salariés de l'industrie métropolitaine. L'auteur, qui fut ministre sous différents gouvernement du FLN en était le dirigeant. A verser au dossier.
Louisette Ighilahriz est née en 1936 au Maroc. Engagée à 21 ans auprès des indépendantistes algériens alors que "la Bataille d'Alger" bat son plein, elle décide de prendre le maquis. Le 28 septembre 1957, la jeune femme est grièvement blessée dans une embuscade tendue par l'armée française. Rapatriée d'urgence dans un hôpital, elle passera plus de trois mois dans les locaux de la 10è D.P. à Alger, torturée par un colonel. Un médecin de l'armée française la fait finalement transférer en prison, alors que ses forces commencent à l'abandonner. Mais Louisette n'a pas parlé. Libérée en 1961 elle reprendra le combat sous d'autres formes. "Algérienne" rappelle une fois de plus que le combat vers l'indépendance n'a pas à subir l'épreuve d'une forme de révisionnisme, que la souffrance est là pour longtemps encore, et que les voies du pardon divergent de celles du silence, de la minoration ou de l'oubli.
Né en 1933 dans une famille de
résistants communistes, Georges Mattéi fait connaissance avec les réalités
du colonialisme lors de son service militaire en Afrique équatoriale, en
1953, avant d'être rappelé en 1956 pour la guerre d'Algérie. Après
avoir animé une révolte de rappelés à Évreux, il est envoyé en Kabylie,
où il découvre la répression, la torture et la mort. Très actif parmi les
sympathisants des indépendantistes, il rejoint en 1959 les réseaux d'aide au
FLN et passe dans la clandestinité.
"C'est en témoin que Boucif Mekhaled verse son travail à l'accablant dossier des prémices de la guerre d'Algérie. Le jour de la victoire des forces alliées sur le nazisme, des émeutes éclatent à Sétif, faisant vingt et un morts européens. D'autres soulèvements ont lieu à Guelma, Batna, Biskra et Kherrata les jours suivants, entraînant cent trois autres morts dans la population européenne. La répression qui suit est d'une brutalité ahurissante : 1500 morts officiellement, sans doute plus réellement entre 6000 et 8000. Bien sûr, on ne peut dresser un parallèle entre le colonialisme et le nazisme, mais la contradiction n'en est que renforcée entre une France qui fête la victoire des nations démocratiques sur un état génocidaire et son maintien, par des moyens militaires, de la soumission d'une population asservie depuis plus d'un siècle." (Nicolas Bancel, Le Monde Diplomatique)
Il s'agit d'un recueil d'articles que le philosophe avait publiés entre 1953 et 1956. Sans faire oeuvre d'historien ni de journaliste, il analyse brillamment t prémonitoirement le contenu psycho-social de la révolution.
Voici le grand livre sur le FLN par lequel on comprendra beaucoup des évolutions récentes de l'Algérie. Une somme passionnante de bout en bout, une documentation rigoureuse et une largeur de vues que seule sans doute la récente (mais très réglementée) ouverture des archives à permis. Après un très convaincant rappel des antécédents du nationalisme algérien au long des cent trente ans de colonisation, Meynier attaque de front son sujet en retraçant le parcours de chacun des neuf dirigeants du FLN. Le récit de la guerre proprement dite est conduit de bout en bout dans le spectre du Front, ce qui permet au lecteur de comprendre les choix stratégiques qui ont été opérés dans le cadre d'une rivalité entre chefs et entre organisations rivales. En pointillé, les pertes pour l'Algérie d'aujourd'hui, en panne de diversité, qu'a représenté l'élimination de telle ou telle faction. La dernière partie considère les relations entre le Front et les différents États impliqués de près ou de loin dans le conflit et les contradictions qui en ont découlé. De la même eau, on espère une suite pour la période 1962-2003...
"Il avait 28 ans, inspecteur des Finances le jour, militant socialiste sous un pseudonyme la nuit. Le délégué général Paul Delouvrier lui demande de mener une enquête officieuse sur les "camps de regroupement" où l'armée française a parqué plus d'un million de villageois musulmans, dont la moitié d'enfants, pour les soustraire de l'emprise du FLN. Le but de la manœuvre est d'alerter discrètement le général de Gaulle, revenu depuis peu aux affaires et supposé ignorant de la réalité du terrain. Une réalité atterrante, honteuse : des populations parquées, sans soins ni nourriture suffisants. Une mortalité infantile que Rocard évalue à environ 500 morts par jour ! Le rapport est transmis et "fuite" dans la presse. La nouvelle édition de ce rapport, donc enrichi des commentaires de l'auteur. Mais, plus intéressant encore, un texte antérieur (1957) et interne à la SFIO sur la situation en Algérie, connu sous le nom de "Rapport Frenay", dont Rocard est le principal rédacteur et qui témoigne d'une lucidité rare pour l'époque : l'Algérie, enserrée désormais entre deux pays indépendants, ne restera pas française. Ni les considérations juridiques, ni les canons ne changeront l'évolution amorcée et désormais irréversible." (Le Monde Diplomatique)
L'absence de projet colonial, la dépendance du peuplement européen, les incertitudes du sentiment national algérien, telles sont les causes qui ont conduit, à partir de 1954, les acteurs d'un conflit atroce à mener, les uns contre les autres, plusieurs guerres superposées : le gouvernement de Paris contre Algériens insurgés, pieds-noirs contre métropole, musulmans intégrés contre nationalistes, révolutionnaires du FLN contre démocrates et messalistes, partisans de l'Algérie française et intellectuels de gauche contre de Gaulle, OAS contre armée loyaliste. Plus que le conflit colonial lui-même, ce sont les affrontements civils internes engendrés par la découverte tardive de réalités brutales qui ont laissé, dans les deux pays, les traces les plus profondes. Conçue à mi-chemin du récit historique et de l'essai, parfois polémique (où le virulent éditorialiste du Figaro se livre à son exercice favori contre ses vieux et ici indéfendables ennemis), cette synthèse originale d'Alain-Gérard Slama invite à repenser la Guerre d'Algérie.
Benjamin Stora a une façon d'écrire l'histoire qui se reconnaît d'emblée. Celle d'un historien à la fois impliqué personnellement capable de se mettre dans la peau de toutes les parties, peu enclin à stigmatiser pas plus à taire, à excuser l'inexcusable ou à minimiser. C'est donc une question d'équilibre. De là vient au lecteur l'impression d'une histoire émotionnelle, universelle, dans la mesure où l'examen des événements n'est jamais coupé de son environnement, que ce soit au plan mondial ou au plan strictement local, voire individuel. Une histoire dont chacun se sent un acteur ou, pour les plus jeunes, un héritier.
Germaine Tillon
Elle a su mener dans un même
mouvement action et réflexion, nous avons affaire à fois à une pensée et à
un destin, écrit Tzvetan Todorov. C'est au cours d'un séjour d'étude dans
l'Aurès, de 1934 à 1940, qu'elle élabore ce qui deviendra la célèbre
théorie de la société des cousins et de la société des beaux-frères et met
en lumière de manière définitive la relation entre pauvreté,
tiers-mondialisation et écrasement des femmes.
Daniel Timsit : "Récits de la longue patience ; journal de prison 1956-1967" Flammarion 2002 Militance au sein du PCF, soutient à la cause indépendantiste, rupture avec le Parti, guerre, arrestation, prison, torture, libération, retour au pays... désillusion : itinéraire d'un humaniste engagé. La voix de Daniel Timsit s'est éteinte en 2002, restent trois beaux livres.
Pierre Vidal-Naquet : "La raison d'Etat" La découverte - 2002 Pierre Vidal-Naquet : "Les crimes de l'Armée française" La découverte - 2001 Pierre Vidal-Naquet : "La torture dans la république" Minuit - 1998 Pierre Vidal-Naquet : "L'affaire Audin" Minuit - 1989 L'éloge de cet historien n'est plus à faire depuis ses débuts en 1957, où il attira l'attention sur le sort de Maurice Audin, assassiné par les sbires du général Aussaresses. A relire et à méditer... |