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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 01/12/2008

©2004 -  Illustration Hélène Mongin

Algérie : la littérature au chevet de l'histoire

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Algérie contemporaine : la littérature (6)

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  • Alain-Julien Rudefoucault : "J'irai seul" Seuil, 2003

   De cette violence là, en Algérie toujours, l'écrivain Alain-Julien Rudefoucault fait la matière de son roman : un livre en forme de reconstitution de la mémoire, un récit vécu comme la dernière chose à laquelle se raccrocher pour penser à nouveau. Car comment vit-on après avoir vu (et participé, parfois) à tant de meurtres ?

 

  • Noureddine Saadi : "La maison de lumière" Albin Michel, 2000

   "Il y a une littérature du cru, celle de la nourriture nécessaire, rapide, et la littérature du cuit ; celle-là,  a besoin d'un long temps de cuisson dans la mémoire. Mon roman vient de là, engrangeant dans les histoires d'une demeure (bâtie par les Ottomans, habitée par un marchand juif puis par un général français, en déshérence  à l'indépendance de l'Algérie), des généalogies de vies obscures qui ont gardé et entretenu les lieux. Pour dire autrement, par le je de la subjectivité, la tragédie de ce merveilleux et douloureux pays que je n'habite plus et qui m'habite toujours,. Un livre que je voulais, hors de toute autobiographie, fait de morceaux de moi-même." (N. Saadi)

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  •    Boualem Sansal

    • "Le serment des barbares" Gallimard, 1999

    • "L'enfant fou  de l'arbre creux" Gallimard, 2000

    • "Dis-moi le paradis" Gallimard, 2003

   "Pour être à mille lieues du roman à thèse, Le serment des barbares n'en développe pas moins une idée forte : les malheurs présents de l'Algérie doivent être recherchés dans la falsification de sa mémoire. Il est impossible de construire un avenir commun qui tienne debout en s'inventant un passé gangrené de mensonges. Et Sansal attaque de front la vache sacrée, le grand tabou, le mensonge premier : la guerre d'indépendance présentée comme le récit sans faille de la lutte héroïque du Bien contre le Mal, de la Lumière contre l'Obscurité, etc." (C. Lepape)

   L'enfant fou de l'arbre creux reprend ce même thème de la mémoire trafiquée. Dans le bagne de Lambèse, un amitié se noue entre deux condamnés à mort. L'un français, est accusé de meurtre après qu'il a remué les eaux troubles du passé, la guerre d'indépendance, dans un village de sa vraie mère, Algérienne. L'autre est un jeune algérien qui a sombré dans la violence par ennui, désespoir. Dans ce huis clos, un enfant fou, ou prétendu tel, est attaché à un arbre dans la cour de la prison. Mais la simple amitié de ces deux hommes qui se découvrent un destin commun éclaire ce récit et laisse pénétrer la lumière.

   Une construction en artichaut fait le cœur de Dis-moi le Paradis ne se trouve qu'une fois la lecture avancée. C'est le portrait d'une tribu qui semble avoir traversé les siècles sans qu'ils l'aient modifiée. L'un des protagonistes, l'une des voix plutôt, raconte comment il la découvrit au cours d'une campagne de prophylaxie. Auparavant on aura visité le Bar des Amis, où on refait quotidiennement le monde ou au moins l'Algérie, connu un ex-souteneur de Barbès, visité une prison et un hôpital sans trop les différencier...

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  •    Leïla Sebbar :
    • "La jeune fille au balcon" Seuil, 1996
    • "Sept filles" Thierry Magnier, 2003
    • "Fatima ou les Algériennes au square" Stock, 1981
    • "Shérazade, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts" Stock, 1983
    • "Les carnets de Shérazade" Stock, 1985
    • "Le fou de Shérazade" Stock, 1991
    • "Le silence des rives" Stock, 1993
    • "Je ne parle pas la langue de mon père" Julliard, 2003

     Il y a un peu plus de vingt ans, elle publiait Si je parle la langue de ma mère. Son dernier livre a pour titre, Je ne parle pas la langue de mon père. Entre les deux, il y a des histoires de lointaines enfances, de silence, d'exil. Avant, il y a eu des récits de femmes, toujours venues d'un ailleurs. Si étendue que soit la palette de ses thèmes, de la trilogie Shérazade aux récits de guerre, on ne la trahira pas en disant qu'elle est un écrivain de l'exil.

   L'exil habite entièrement une pensée tout en choisissant un lieu où il se fixe de préférence : l'enfance, ou la terre, ou les images qui restent après que tout a disparu. Oui, mais l'exil qui la fonde, qui la constitue, c'est celui de la langue qu'elle n'a jamais parlée, la langue de son père devenu de ce fait l'étranger bien-aimé. Il n'est dès lors pas étonnant que ses romans soient peuplés de figures d'étrangers, de Nègres, d'Arabes, de Juifs, de femmes, de tout ceux que l'Occident impérial désigna si longtemps comme les autres.

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  •    Habib Tengour
    • "L'épreuve de l'arc" Sindbad, 1997
    • "Les gens de Mosta" Sindbad, 1997
    • "Le poisson de Moïse" Paris-Méditerranée, 2001

   La vie étudiante à Alger, années 1980. Toute la misère sexuelle d'un jeune homme confronté au défaut d'éducation, à la méconnaissance de l'amour. L'épreuve de l'arc, c'est l'odyssée du premier acte amoureux, failli, recommencé jusqu'à ce que se manifeste le sentiment qui conduit à l'abandon de soi et au vrai désir. En filigrane, la critique d'un État et d'une société d'hommes qui n'ont pas su voir que cette haine, cette peur des femmes allaient être le ferment des terribles évènements qui défigurent l'Algérie d'aujourd'hui.

   Mostaganem, sa ville natale... En une quinzaine de textes brefs, il évoque le pays et l'enfance, l'exil et le retour, le temps présent et la mémoire qui se mite. Il se souvient du jour où la Mangano est morte, il chercha en vain quelqu'un avec qui partager ce deuil. Le temps du colon avait fait naître un bonheur du combat qui s'est perdu. Pourquoi ?

 

Daniel Timsit : "Suite baroque, histoire de Joseph Slimane et des nuages" Bouchêne, 1999

   Voici un très beau texte sur la période qui suivit le coup d'État de 1965. L'auteur nous plonge dans le milieu des ultras, que tentent de retrouver l'esprit de la révolution de 1958. Ils se rendront compte qu'ils ont été manipulés par l'armée, dont la réaction et leur échec renforceront définitivement l'emprise sur la société algérienne. 

   Trois destins qui se croisent, de l'espoir à la désillusion et au renoncement final, et qui sont comme des étoiles dans un ciel : fixes tout en tendant au rapprochement.

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  •    Rachida Titah :
    • "Un ciel trop bleu" L'Aube, 1997
    • "La galerie des absentes" L'Aube, 1996

   Le premier est un recueil de vingt courtes nouvelles qui observent le basculement soudain dans la folie de personnages ordinaires déstabilisés par l'irruption de la barbarie. Certaines mettent en scène des personnages précis : une petite fille fascinée par le bleu de la mer pendant que sa mère est déchiquetée lors d'un attentat ; un bébé naît dans les fourrés du maquis algérien. D'autres évoquent des êtres mal définis en proie  au regret ou au remord pour des raisons confuses. D'autres enfin sont des récits allégoriques socio-politiques qui veulent transcender les souffrances d'une Algérie déchirée et celle de son peuple en mutation.

   Le second est un essai, ou plutôt une enquête sur la présence de la femme dans la poésie amoureuse, les arts et les chants traditionnels du Maghreb. Curieusement, elle y est en majesté, séductrice, irrésistible ; pas de trace de la femme au foyer. La colonisation la confirmera dans son rôle d'odalisque oisive ou au contraire dans celui de l'épouse mystérieuse et cloîtrée. Ce n'est qu'à l'indépendance  que la femme brisera ses clichés et s'imposera comme combattante. Pourquoi dès lors ce repli actuel sur des positions tellement réactionnaires qu même le colon n'adoptait pas ?

 

  • Abderrahmane Zakad : "Trabendo" Marsa, 2001

   A Alger dans les années 1990, Malika, une femme divorcée originaire de la Casbah, doit faire vivre ses trois enfants. N'ayant aucun diplôme, mais douée d'un caractère entreprenant et du sens des relations humaines, elle se lance dans le trabendo, ce commerce parallèle, illégal, qui envahit un pays en mal de production  et ivre de consommation. Le roman, bien documenté et animé par un agréable verve populaire, nous guide sur les pas de cette femme d'affaires d'un genre particulier et nous fait partager ses tribulations. Trabendo est aussi un voyage à la découverte des paysages de l'Algérie profonde que sillonne Malika, vers l'est en direction du Caire et vers l'ouest en direction de Fès, deux villes envoûtantes où elle vivra aussi les prémices d'un nouvel amour... L'intrusion d'une femme dans un domaine réservé aux hommes est source de drôleries, mais aussi d'une mise en coupe réglée de toutes les formes de domination masculine. Son combat pour l'émancipation, pour la vie, Malika, le mène aussi pour eux.

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  • Hafsa Zinaï-Koudil : "Sans voix" Plon, 1997

   C'est une cinéaste très engagée qui transpose son univers pictural à l'écrit. Elle pratique un cinéma vérité, très réactif aux événements, très proche du documentaire. De même en littérature, elle crée des personnages qui seront des archétypes représentant une posture, une place dans la société, un certain regard sur ce qui se passe. Ainsi Sans voix suit les itinéraires de trois personnages qu'un enlèvement va faire interférer : une jeune femme séquestrée par un groupe de terroristes barbus, un jeune officier de l'armée et un vieux croyant qui ouvre les yeux sur la dérive de sa religion.

 

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