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Alger, le 26 mai 1993, Tahar, journaliste et écrivain, sort de chez lui pour se rendre à son travail. Les balles l'atteignent en pleine tête. Plongé dans le coma, il revit les moments forts de sa vie qui se confondent avec l'histoire de son pays. Ce livre est roman-document construit autour du personnage Djaout, figure emblématique de toute une génération avide de démocratie. Des photos de Francine Bajande, prises en Algérie entre 1997 et 1999, ponctuent ce récit. Le livre se ferme sur une interview de Arezki Metref, qui fut l'un des proches de Tahar Djaout.
Ce pied-noir qui s'engagea contre l'Algérie coloniale n'a pas pu quitter sa terre, qu'il a trouvée prolongée au Maroc où il vit et enseigna. C'est un écrivain pour happy few, dont l'œuvre romanesque s'ancre dans l'histoire du Maghreb. Les romans "algériens" constituent une vaste fresque qui se situe pendant et après la guerre d'indépendance, et mettent aux prises des protagonistes - de toutes races et confessions - que seuls les évènements séparent, tandis que la fraternité vraie transcende les cultures et se réalise dans une même précarité face à l'histoire. Il est recommandé de lire ce très grand styliste de la langue épique, aux accents qui raviront les amateurs d'Hemingway.
Elle est parmi les nomades du grand erg occidental, et ses premiers romans témoignent de cette culture assez peu présente dans les lettres algériennes. La forte trame autobiographique ne masque pas les incursions descriptives dans un univers fascinant où le passage de l'histoire contemporaine a laissé autant de plaies qu'ailleurs dans le pays. Plusieurs récits (Les hommes qui marchent, Le siècle des sauterelles) nous montrent les ravages que la guerre d'indépendance fit chez ces héritiers d'Abd el-Kader. Mais la narratrice a des aspirations qui dépassent ce cadre, dont elle subit les pesanteurs et les contraintes dans sa vie de femme. Ce désir d'émancipation prend racine dans une tradition orale qui se transmet par les femmes. Aussi, face aux dénis qui les frappent, à la destruction de leur univers social, dont sont responsables la guerre, mais aussi les nouveaux maîtres, et malgré tout l'attachement à la splendeur et à l'harmonie du mode de vie, elle décide d'aller étudier la médecine. Oran puis Paris, le pas est fait, une autre vie commence... Une autre littérature aussi, qui, sans oublier le substrat qui fait les grands écrivains, intègre des formes narratives et des thèmes plus "occidentaux". N'Zid marque ce virage. Une femme émerge lentement d'une perte de conscience. Elle se découvre seule à bord d'un voilier qui dérive. Voici encore le thème de l'identité à conquérir, mais en même temps elle l'inscrit dans le sillage homérique. Le dernier titre alterne la remontée dans l'enfance, découverte de la lecture sous la tente, là-bas, et le présent du récit, ici, marqué par la fuite de l'homme aimé.
Sa mère, veuve de guerre sans pension (pour quoi faire ?) en vient à la prostitution. Lui, le fils, apprend à se battre pour survivre physiquement. Il deviendra documentaliste de cinéma et sera envoyé couvrir la guerre Iran-Irak. Sa vision des choses ne plaît pas, à son retour d'Algérie, il est menacé de mort et échappe de peu à un attentat. La nuit qui suit est une nuit afghane : c'est, en Algérie, une nuit d'angoisse dans l'attente de tous les dangers. Il se jette dans le premier avion pour la France où il vit depuis. Deux romans pour le raconter avec des mots d'une très grande force, pour se libérer d'une histoire fantastique, incroyable, mais devenue presque banale dans ce pays.
Quel psychiatre nous dira la terreur de la naissance répétée d'une petite fille ? Elle souffrira toute sa vie de cet accueil sans youyous, réservés aux garçons et éprouvera constamment le besoin de se faire pardonner. Comme si elle se sentait toujours de trop. Comme si elle se sentait toujours de trop. Comme si elle devait une reconnaissance éternelle à son père de ne pas l'avoir enterrée vivante à la naissance. Une enfance singulière est d'abord le récit d'une enfance algérienne. Celle d'une petite fille à qui sa grand-mère , Djedda, dont la maison est un peu celle du bonheur, fait découvrir la vie. A ses côtés, l'enfant apprend le monde - et en particulier le monde des femmes. Oncles et tantes, frères et sœurs, parentèles et voisins, l'univers de la narratrice est simple, chaleureux, même si la cohabitation avec les pieds-noirs n'est pas toujours exempte de sous-entendus.
Sarah, jeune journaliste suisse, arrive pour la première fois à Alger à la recherche d'une famille qu'elle n'a pas connue. A la veille des évènements d'octobre 88, elle rencontre ses racines mixtes, judéo-arabes et musulmanes, et de multiples drames.
Moze est un harki qui a échappé à
la liquidation réservée par le FLN à ceux en qui il ne voyait que des
traîtres. Emprisonné en 1962, il s'évade en 1967 et parvient à gagner la
France avec sa famille. Là, il s'enferme dans le silence, sombre dans l'alcool,
est pris de crises au cours desquelles il terrorise sa famille. Moze a un
secret, mais en travers de la gorge. Le 11 novembre 1991, il salue le monument
aux morts du village et va se jeter dans la mare. Un jour, la fille entend un politicard quelconque dire "nous ne serons pas les harkis de la droite !" Voilà l'insulte que lui a léguée son père, voilà l'accueil que la France réserve au souvenir de ceux dont elle fit ses zombies. Oui, sans doute, mais quelque chose est sauvé, réparé, ce n'est pas la commission nationale de réparation qui l'a fait, c'est le travail d'une femme devant les instances de la langue que son père, qui la parlait mieux que ses maîtres, lui a donnée. Salut, Moze, longue vie à ta mémoire...
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