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Fin des années 1990, une maison dans un douar où vivent shahrazade, veuve, ses deux fils, la belle-fille enceinte. Allers-retours entre présent et passé, deux époques que tout oppose Shahrazade qui vécut l'indépendance comme un fol espoir et subit le présent comme un tourment. Cette femme est la conscience de l'Algérie : elle a subi les militaires français, les perquisitions de l'armée algérienne sous la dictature, à présent celle des unités anti-terroristes. Mais Algérie elle l'est d'autant plus que, de ses deux fils, l'un islamiste radical, l'autre un laïc épris de justice. Dans une ambiance cauchemardesque - incendies, massacres, nuits de veille à attendre parfois un raid des terroristes, parfois une perquisition de l'armée, deux maux dont on ne sait quel est le pire -, Shahrazade tentera de ne pas perdre la tête et de protéger celle qui porte l'espoir, sa bru, enceinte de deux jumeaux. Salima Ghezali montre combien l'horreur s'origine dans une sexualité masculine mal vécue, c'est à dire hors l'amour. On en ressort éclairé et conscient que le salut ne viendra d'aucun camp, la machine qu'ensemble ils constituent est en mécanique ce que l'on appelle un couple : ça entraîne un tas de pièces tant qu'on lui fournit du carburant.
Dans cette intrigue, évolue une ronde de personnages dont l'âme est marquée par la guerre de libération nationale. Au centre de ce petit monde se trouve Zahra, la mère, mais aussi figure emblématique, symbole d'une permanence et d'une certitud qui la désigne comme l'incarnation du pays. Devenue veuve, elle choisira, avec sa fille qui s'acharne à entretenir vivant le souvenir du père absent, l'émigrant en France. Le voile de la fiction romanesque s'effiloche souvent au cours de la narration pour laisser entrevoir une réalité que les femmes perçoivent plus intensément : les femmes du monde arabe qui écrivent sont dans un corps à corps avec la mémoire, avec ce qu'elle sont, ce que la société voudrait qu'elles soient et qu'elles rêvent de devenir.
La violence a poussé hors d'Algérie le poète, avec toutes ses meurtrissures. C'est le temps de la séparation et de l'exil, il est journaliste en région toulousaine. Le nœud de la Garonne est une sorte de journal poétique, à la fois pérégrination solitaire en terres nouvelles et voyage douloureux dans la mémoire. C'est aussi le flot de la parole algérienne sur les berges d'un fleuve attentif. De la Casbah au pays Cathare, les hommes ont en partage la souffrance et l'espérance. Son recueil Par quelle main retenir le vent, préfacé par Tahar Djaout en 1986n évoque ce qu'aurait pu être l'Algérie si les poètes avaient eu la parole.
Elle a découvert à l'adolescence que son père avait été harki, donc, à ses yeux, un traître. Interrogé, le père se murait dans le silence. Alors elle part à la recherche du passé, et ce roman est le récit de cette quête. Tout d'abord, le parcours en France, camps après camp, lui permet de mesurer l'étendue de l'humiliation faite, puis traversant la Méditerranée, elle va tenter de découvrir les origines du drame. Voyage risqué dans le douar parental où un maquis islamiste sévit sans être inquiété. L'appréhension de la dramatique histoire familiale se fait en même temps que celle de l'Algérie contemporaine.
Fraîchement débarqué de sa Kabylie où il enseignait les sciences physiques à l'université d'Azazga, et où ses idées berbéristes et son comportement résolument "moderne" lui valurent d'être mis à pied, Akli erre sans papiers dans un Paris indifférent ou, côté police, franchement hostile. La découverte de la réalité française est une douche froide qui déclenchera un repli sur les moments heureux de son passé. Devant l'échec prévisible de la migration, il est conduit à s'interroger sur les raisons qui l'on poussé à quitter femme et enfants. Jusqu'à la veille du départ , il a mis en balance ce qu'il quittait et ce qu'il espérait trouver. C'est une jeunesse algérienne (amours, révoltes, espoirs nés du printemps berbère...) qui défile sous les yeux du lecteur, une jeunesse, semble nous dire l'auteur, qu'il est de la responsabilité du pays d'accueil de ne pas gâcher davantage...
Les romans de Khelladi sont des tentatives pour exorciser le cauchemar en le mettant en scène. Dans Peurs et mensonges, un journaliste rédige une confession-réquisitoire à la demande d'un juge, dépassé par l'absurdité de son rôle. Comment départager assassins et victimes dans cette mêlée confuse, , ce suicide collectif d'une nation qui semble replonger dans la nuit des temps ? A voix basse, l'auteur décrit une descente aux enfers où ne survivent ni chagrin, ni pitié. Rose d'abîme se place du point de vue d'une femme, Warda, mariée malgré elle à un fanatique de Dieu qui entraînera, comme dans une fatalité, toute sa famille dans un monde d'horreur. Ici aussi, le réquisitoire dissèque les instincts brutaux, le fanatisme des hommes, l'enfermement des femmes.
Ayant perdu dans des circonstances atroces la femme qu'il aimait Salah craint de voir se réaliser la sinistre malédiction frappant les Beni Hilal : leur lignée est menacée d'extinction à moins qu'un être "au cœur brûlant d'amour" ne parviennent à engendrer une descendance. A ce malheur s'ajoutent les difficultés quotidiennes, celles des humbles qui, dans une région abandonnée de Dieu et du gouvernement, sont obligés de se livrer à la contrebande. Fleurs d'amandiers mêle la geste hilalienne à la réalité contemporaine pour mettre le doigt sur déréliction des descendants des conquérants arabes. Yacine, le sculpteur des Balcons de la mer du nord, s'est reclus dans l'attente d'une probable fatwa lancée à son encontre. Une invitation à Amsterdam est l'occasion d'entamer une remontée vers le jour, au long d'un parcours initiatique qui refermera une boucle.
Répudier pour une faute inexistante, la marier à un voisin complaisant en s'assurant qu'il la répudiera luis-même trois mois plus tard, n'est pas une démarche ordinaire pour un père de sept enfants. En organisant cette farce, Monsieur Zeitoun a le sentiment de respecter tous les codes moraux que la société algérienne lui impose. Il est l'époux, sévère mais juste, qui châtie la femme coupable, le père irréprochable qui veille à la pérennité et à l'exemplarité de son foyer, le croyant sincère qui respecte pieusement les lois de DIeu. Ravisseur, le premier roman de Leïla Marouane avait opté pour la farce drolatique pour mieux enfoncer le clou. Dans le second, la peinture de mœurs à la façon d'un film néo-réaliste italien couvre de plus en plus mal le pessimisme. Une femme tente de se libérer de l'emprise familiale, religieuse et étatique qu'elle subit comme une torture en se jetant dans les bras d'un affairiste qui ne lui donnera que de brèves illusions : mais où est donc l'amour ? Le ton du dernier roman s'aggrave encore. Fatima, enlevée et séquestrée dans un maquis islamiste, est relâchée après avoir subi tous les sévices. De retour à Alger elle tombe dans la zone la plus noire avant une remontée qui s'achèvera dans l'exil. Trois récits proches du roman noir pour dire le peu d'illusions restantes.
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