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Inspiré d'un personnage réel, le truculent Hocine Dihimi, dit Yamaha, assassiné en 1995, ce roman suit le périple de Maurice, un obscur journaliste français débarqué un jour à Alger pour un reportage. Il va croiser la figure du jeune Yamaha, une star locale, animateur du fan club de l'équipe de foot du quartier Belcourt, histrion génial, inachetable, capable de faire gagner son équipe et chantre d'une Alger des pauvres. Maurice tente de reconstruire la vie et l'oeuvr de Yamaha. C'est à la fois une aventure initiatique où la carotte est un belle beurette du nom de Souad, et une prise de conscience de la réalité d'Alger qui, derrière les stéréotypes colportés par la presse, montre un double visage : sourire et révolte.
Chargée par son père de lui rapporter des feuilles de l'arbre qui guérit la nostalgie, Mathilde recherche ce qui reste du domaine familial de Kistara, abandonné par les siens lors du terrible départ de 1962. Elle se retrouve dans un univers bouleversé par les soubresauts de l'histoire et que la logique est incapable de déchiffrer. Nous n'en saurons pas plus de cette quête ; peut-être est-elle justement le motif principal de l'écriture de ce roman dont le sujet est l'instance même de l'écriture qui se retourne sur elle-même pour créer son propre univers et devenir... l'offrande ?
"La complexité arborescente est avant tout la mise en mots d'un désir littéraire obsédant [...] où le baroque déploie toutes les possibilités de la mémoire. La structure romanesque épouse le labyrinthe où s'enferme Maroued, qui veut comprendre le sens (interdit) de la disparition de Yasmina, dont il fut l'amant. Comme Proust, Mourad Djebel se voue à la remontée obsessionnelle du temps. Récit en abîmes, son roman possède son fil conducteur. L'Algérie est ici réalité historique, fable, énigme, métaphore du suicide planétaire et, peut-être, acharnement d'une fatalité humaine où la mort serait plus forte que la vie. L'image essentielle est un pont de Constantine. Avec ses amis Larbi et Nabile, Maroued déplie les couches successives d'un mystère qui dépend outrageusement de l'histoire particulière de l'Algérie mais, comme chez Kafka, bute sur l'inaccessible secret de notre solitude. Plus qu'un témoignage historique, Les sens interdits (le titre doit être saisi à travers les multiples implications) entremêle tous les registres de l'écriture : récit, enquête, méditation, poème, mélopée, lancinante interrogation..." (Hugo Marsan, Le Monde)
Ce journaliste exilé en France a choisi de dire la vie quotidienne en Algérie par le biais du conte, en unités narratives closes où la réalité s'est condensée puis enfermée dans une forme inquiétante de fantastique. Un été de cendres par exemple : Sid Ahmed est fonctionnaire à la direction générale des Statistiques. Tombé en disgrâce pour avoir contesté un chiffre officiel, il survit dans un cagibi qui lui sert de domicile depuis que sa femme est morte. Pour se préserver de la folie ambiante, il est maniaque... à la folie. Dans son abri, il survit en observant l'univers urbain se gangrener lentement, une autre folie prévaut... Dans Sable rouge on trouvait ce thème du camp retranché où, face à l'invivable présent, on fait remonter un passé aux couleurs de l'enfance (Camping et son univers à la Tati). Mémoires de nègre revient au conte à l'orientale. Golo (Tiens...) est un richissime vieillard obsédé par la question de la postérité. Pour la résoudre, deux décisions : épouser une jeune beauté, Nadia, et demander un plumitif débutant d'écrire l'épopée de son clan, où lui, Golo, apparaîtra en majesté, guerrier, saint et mâle dominant comme disent les anthropologues. Mais très vite, le scribouillard ne pense plus qu'à la jeune épouse, au corps de la jeune épouse, un virus qui déclenche une fièvre durable.
L'œuvre romanesque s'articule autour des thèmes du déplacement, de la migration, des exils et des ruptures. Par les femmes il gardera la proximité de la parole, de la langue berbère, du chant, des contes et des mythes millénaires, bref, de la culture de l'oralité. Enfant de la guerre, il adhère au FLN à 20 ans en 1960, poursuit ses études de philosophie, d'anthropologie et enseigne en université. Son travail d'écriture repousse les techniques narratives, les procédés de la confession (c'est le sujet même du premier roman, Yahia pas de chance : la guerre est inracontable cas la langue de "l'Organisation" ne connaît pas la vibration de la nature, des mythes), ou quelque forme de réalisme que ce soit, qui, selon lui, sont trop proches de la littérature officielle. Son écriture participe ainsi d'un travail "d'élaboration secondaire" par laquelle émerge sa propre parole. Ainsi se cuisine une esthétique propre, subjective, une écriture de bris, d'éclats, de télescopages, d'anamnèses, de dissémination du récit, de circulation entre langues (l'écrit français et l'oralité arabe, berbère ou même espagnole) qui ont plus à voir avec des façons de poète. L'humour, le recours fréquent au calembour ne sont pas un jeu gratuit mais renvoient au colonisateur sa violence en minant la sacralité de sa langue. De même s'emploie-t-il à travers les mythes, comme ceux de l'ogresse ou de la Kahena, à travers les éléments naturels, comme la terre, le fleuve, l'obscurité, la lumière, à rendre compte de la circulation des symboles et de leur recyclage dans de nouveaux contextes politiques. L'œuvre de cet écrivain majeur dans l'espace maghrébin est malheureusement occultée au prétexte "d'hermétisme", alors qu'il faudrait l'accueillir comme on l'a fait des grands auteurs sud-américains avec qui il partage cette séduisante instabilité que donne la marche sur les lignes de fracture culturelles. (Cet article sur un auteur peu présent en librairie emprunte à Nourredine Saadi)
Farida - Mélina Gazsi, nous sommes dans une pure autobiographie - est née à Paris en 1955, au début de la Guerre d'Algérie, d'une mère bretonne marchande des quatre-saisons et d'un homme parti sans laisser d'adresse. La jeune femme se lancera par petites touches, à la recherche de ce père disparu mystérieusement et dont la mère ne parle jamais. Sa quête le conduira à Alger où elle finira par le découvrir en 1992, chargé de lourds secrets. Émouvantes retrouvailles, très vite gâchées par de nouveaux silences. Ce rendez-vous impossible avec son enfance lui fera découvrir l'Algérie d'aujourd'hui, celle qui est à nouveau en proie à la guerre.
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