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Parfois, parler de littérature journalistique peut n'être pas une critique. La réalité que vivent les Algériens peut les amener à vouloir témoigner à chaud. La nouvelle est alors le médium idéal. Témoigner. La litanie des manques, des terreurs, des privations, des humiliations est ce qui rappellera le plus le reportage. Ensuite, plus secrètement, l'écriture fait remonter la part incompressible de noblesse, qui, toutes les littératures issues de l'oppression le confirment, continue d'accompagner l'être humain soumis à des conditions de vie dégradantes. C'est ce que dit l'expression "rien ne me manque" que les Algériennes prononcent dans un sursaut d'humour et de dignité lorsqu'elles se sentent toucher le fond. Ici, ce sont les femmes, humiliées par les humiliés, qui tiennent haut le flambeau. Leur parole n'est pas entachée par les compromissions que les hommes ont dû concéder aux Molochs successifs. Leur incorruptibilité s'enracine dans une culture plusieurs fois millénaire, qu'elles semblent maintenir intacte pour qu'elle puisse resservir demain. L'histoire le martèle : reconstruire une société est une affaire de femmes.
Voici l'histoire de Hania, la petite prostituée morte sous les coups de ses proxénètes. Mais ce n'est pas possible que la vie soit aussi horrible, aussi terrible : aussi Hania, avant d'être précipitée dans les feux de l'enfer, sera sauvée par un ange qui l'emmène à tire d'aile dans un lieu sûr... d'où elle voit le monde et raconte son histoire.
Argos, vieux chien fidèle, est dans l'Odyssée le seul qui reconnaisse son maître, Ulysse, à son retour de Troie. De même le chien du narrateur lorsque celui-ci rentre chez lui, petit matin, après une hallucinante virée, : saisis de paranoïa, les siens lui tirent dessus, le prenant pour un membre du GIA : exit le chien. Salim Bachi se place dans l'héritage bien digéré de Kateb Yacine. Comme son grand aîné, il embrasse une totalité sociale et culturelle qui plonge ses racines dans la longue histoire, particulièrement celle de Cyrtha, la ville numide dont il fait un emblème. Pour ce qui concerne l'histoire récente, le roman réussit tout aussi bien à créer un continuité en dénouant l'intrication de trois générations dans l'usage de la haine : les pères fondateurs, ex-moudjahidine reconvertis dans la lucrative lutte anti-terroriste, leurs fils aux ailes brisées et petits-fils chômeurs hashischi. Mais il y a aussi beaucoup d'amour dans ce livre écrit dans une langue lumineuse, sensuelle, sinueuse, saturée d'images torrentueuses et authentiquement poétique. Le trait d'humour macabre resserre encore le filet jeté sur le lecteur. Il faut lire cet auteur et ne pas oublier son dernier ouvrage La Kahena paru chez Gallimard.
A la veille de l'indépendance, dans un village meurtri par la guerre, Hassan, quinze ans, commence à perdre la vue à la suite d'un décollement de rétine. Devant l'impuissance de la médecine moderne à guérir l'enfant, la mère recourt à la magie noire et aux médecines traditionnelles : marabouts, sorciers et charlatans multiplient les traitements cocasses et dangereux. L'adolescent vit une double tragédie : les progrès implacables de son mal et les échos qui lui arrivent du drame que subit alors son pays. Pourtant, il est des choses vitales et imprescriptibles qui sont toujours à vif en lui : le désir que lui inspirent les jeunes filles qu'il sent vivre autour de lui, la beauté de la nature kabyle, bref, un bruissement sensuel du monde qui, loin de se refermer sur la blessure, s'ouvre au contraire par la grâce de la poésie, de la magie, du rêve. Ce thème du regard - Belamri était devenu aveugle à l'adolescence -, se retrouvera dans les autres romans, tous marqués au sceau de l'autobiographie, ainsi que dans la poésie. La langue, très belle est le plan où peuvent coexister une réalité proprement abîmer et un imaginaire tourné vers une lumière poétique plus secrète. Ce très grand écrivain est mort dans son exil français en 1995.
En exil en France, cet écrivain et dramaturge (ses pièces sont publiées aux éditions Lansman, spécialiste belge du théâtre contemporain, voire leur site) a décliné sous la forme romanesque l'ambiance et les niveaux de langue de son théâtre. L'humour, la dérision sont ici aussi la seule réponse à l'aveuglement. Les fils de l'amertume retrace le parcours presque parallèle de deux cousins germains qui se retrouveront finalement de part et d'autre d'un pistolet : l'un, intégriste, appuie, l'autre, journaliste, tombe. Le thème de l'aveuglement terroriste se retrouvera dans les autres romans, dans le dernier notamment, qui est un voyage dans l'enfer intérieur de trois islamistes s'apprêtant à faire exploser un avion. L'un d'entre eux renoncera au dernier moment : c'est le possible chemin vers la rédemption qui laisse espérer une issue...
Deux romans d'initiation d'un jeune algérien, au tout début des années 50. Les troubles d'une sexualité naissante, les rapports conflictuels avec la famille et les rumeurs de la guerre qui commencent à se faire entendre sont les thèmes d'une littérature de la nostalgie, fortement autobiographique. L'auteur vit en exil en France.
C'est un des écrivains importants de la
génération née pendant la guerre. Pas étonnant que l'histoire soit le moteur
et la toile de fond de ses romans. Une manière qu'a la littérature, selon son
expression, de prendre la réalité à bras-le-corps. L'amour loup : un
an avant les manifestations d'octobre 1988, un algérien s'éprend d'une
palestinienne. Sa quête le mènera de Moscou à Beyrouth, en passant par l'Asie
centrale et retour. Chaque étape de ce livre dépeint une fracture : les
premières révoltes contre le pouvoir en Algérie, la désespérance sans fin
des Palestiniens piégés dans les camps de réfugiés au Liban, la répression
en Syrie... Le roman décrit un monde qui se termine et un autre qui commence,
le passage d'un enfermement à un autre. Ce livre traite de la
"malédiction" d'être arabe à la fin de ce XXè siècle.
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