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Dernière modif. : 01/07/2008
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Algérie : la littérature au chevet de
l'histoire |
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De 782 à 1830
ENTRE RAZZIAS ET EMPIRES
La
période ottomane | Abd
el-kader
Le vide ! pas un texte fiable sur l'arabisation
et l'islamisation du Maghreb. Le plus proche commentateur, Ibn Khaldûn,
travaille dans une tradition orale qui entre deux et cinq siècles. On n'a plus
qu'à débrider l'imagination comme le font les romanciers.
Un roman sur la conquête arabe.
... et un autre sur
l'Algérie au moment de la chute de l'empire des Almodohades.
-
Malek Chebel : "Le livre
des séductions" Payot - 2002
-
Malek Chebel :
"L'imaginaire arabo-musulman" PUF - 2002.
-
Malek Chebel : "L'esprit
de sérail, mythes et pratiques sexuelles au Maghreb" Payot - 2003.
Le sociologue de l'Islam tente de
faire œuvre d'historien en enquêtant sur un présent pour une part porteur du
passé musulman arabe et ottoman, pour l'autre d'un substrat berbère. Leur
degré de mélange permet en partie de reconstituer les moments de la
"conquête".

Mieux
connue, la période ottomane :
-
Eugène Vayssettes :
"Histoire de Constantine sous la domination turque 1515-1837" -
Bouchêne - 2002.
-
Laugier de Tassy et Jacques
Philippe : "Histoire du Royaume d'Alger (1717)" Ed. Loysel -1992.
-
Hamdam Ibn-Utman : "Le
Miroir, aperçu histoire sur la régence d'Alger (1833)° Ed. Sindbad -
2003.
Plusieurs ouvrages pour nous
raconter la geste de Barberousse (Khaïr el-Din), le fondateur de la Régence
d'Alger. Guerroyant tantôt contre les Espagnols, qui affichaient alors des
prétentions sur le Maghreb, tantôt contre les tribus berbères, il parvint à
asseoir la puissance ottomane autour d'Alger, alors modeste port de corsaires,
pour en faire la capitale de la nouvelle possession. Période de grands travaux,
de guerres, de pas de deux entre sabre et tractations diplomatiques avec
l'Occident : Barberousse entra dans la légende tant par son génie stratégique
que par sa cruauté.
Deux très beaux livres d'architecture :

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Abd el-kader
1808 - 1883 |
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Le personnage est à ce point complexe qu'il a pu être
"embauché" par des partis que tout oppose. La France du XIXè,
après l'avoir combattu, en fit un héros, un guerrier à ce point
valeureux que le soumettre faisait d'autant mieux rejaillir la gloire de
son vainqueur. Pour certains intellectuels, il fut l'emblème d'un
possible renouveau spirituel de l'Occident, alors en proie au début de la
fièvre capitaliste, par l'Orient ; il y eut en France un parti Kadérien
; les Francs-maçons l'adoptèrent ; le FLN en fit le père fondateur de
la Nation après avoir gommé sa mystique ; pour les arabes du
Proche-Orient, il le premier penseur du pan-arabisme. Les églises, toutes
fois confondues, le tiennent pour le plus grand mystique de son siècle,
les apostoliques pour un socle sur lequel bâtir le dialogue
Islam-Chrétienté, etc. etc.
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Le parti ici est celui de la sagesse.
Pour les raisons que l'on vient d'évoquer, on a choisi de rédiger cette
biographie à plusieurs plumes, trempées dans des encres de sensibilités
différentes : plus d'unilatéralisme, le personnage ne s'y prête pas.
D'autre part l'exploitation de nouveaux documents d'archives apporte
désormais une connaissance plus fine : par exemple, la partie consacrée
aux campagnes de 1830-1847 est une précision saisissante. Une histoire
événementielle donc, laissant aux spécialistes le soin de présenter
l'émir en soufi disciple de Ibn Arâbi.
Une riche iconographie commentée, en
provenance des deux partis de la geste kadérienne accompagne un récit
succinct déroulé dans sa chronologie. De plus l'ouvrage s'attache à
restituer le contexte des représentations symbolisées par l'idéologie
qui les promeut. On y souligne que, curieusement, les lectures ont
fini par se rejoindre dans leur souci d'ôter au message de l'émir toute
résonance avec le débat de l'époque.
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Cette diversité se retrouvera dans les
différentes biographies publiées depuis cent cinquante ans. Les oeuvres
d'Abd el-kader sont en partie accessibles, on ne peut que recommander leur
lecture à tous ceux que fascinent la poésie et la mystique musulmanes :
-
"Écrits
spirituels " (trad. M. Chodkiewicz) Seuil - 1982
-
"Le livre des
haltes" (trad. A. Gilis) Ed. Alif - 1996
-
"Lettres aux
Français" (trad. R. Khawam) Phébus - 1977.
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Très différente est l'approche de
Bruno Etienne. On pourrait dire qu'il écrit sous la dictée et le
contrôle de l'émir, il en a une vision. L'histoire est ici un roman de
geste, une prosopopée mystique. Bruno Etienne écrit en franco-musulman
l'épopée d'un héros qui a aimé la France et la culture française en
dépit de ce que les hideux bourgeois de M. Thiers et leurs sbires ont
fait subir - trahisons, massacres inutiles - à son peuple et à sa
religion. Le lecteur perçoit très vite la chaîne de causalité (et de
responsabilité) qui mène au désastre de l'Algérie contemporaine. Il
est rappelé qu'avec leur émir, ce sont des milliers d'Algériens,
l'élite qui avait survécu à la conquête, qui quittèrent, au milieu du
XIXè, le pays livré à la barbarie du colonisateur. L'actualité de la
réflexion sur l'Islam, conduite à partir de la pensée d'Abd el-kader,
nous prend jusqu'au vertige : les thèmes de l'exil, de l'exotérique et
de l'ésotérique de la religion révélée, la question du degré de la
compromission avec l'Histoire que peut envisager un croyant, la nostalgie
du Paradis perdu, autant de questions toujours plus prégnantes dans le
contexte des relations entre l'Occident et le monde musulman.
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