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Copyright 2000-2010
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 25/08/2010

Cycle des
 
Conférences du C.V.C.I.

Hubert Gabrié

     Professeur à l'Université Paris-Dauphine

a proposé une conférence

"Efficacité du marché et poids de l'idéologie dans la science économique"

le samedi 13 mars  - Salle Mozart (Toulon) .

Notes sur la conférence

 

  Notes sur la précédente conférence du 16 février 2008 : cliquez ici

 

Hubert Gabrié et Jean Louis Jacquier : "La théorie moderne de l'entreprise. L'approche institutionnelle."  Economica

La théorie dite néo-institutionnaliste est un courant majeur de l'économie politique moderne, de plus en plus largement accepté par les économistes.
Ce livre expose aussi complètement que possible avec un souci constant de clarification, les principales étapes de l'élaboration de cette théorie de la firme contemporaine. Bien qu'elles recouvrent diverses approches (théories des droits de propriété et de l'agence, théorie des coûts de transaction), les différentes contributions ont en commun de remettre en cause les hypothèses centrales de la théorie néo-classique qui a dominé l'économie de l'entreprise depuis plus d'un siècle.
Pour les économistes institutionnalistes modernes, l'essence de la firme serait la relation d'emploi, conçue comme une forme particulière de contrat passé entre agents incomplètement informés et/ou susceptibles de se dérober à leurs engagements. Mais jusqu'à quel point ces nouvelles théories représentent-elles une alternative à la théorie conventionnelle ? Sont-elles véritablement révolutionnaires ou ne sont-elles qu'une version amendée de l'orthodoxie néo-classique ? Et surtout, permettent-elles un progrès sensible, comme le pensent tant d'économistes aujourd'hui, vers davantage de réalisme ? Telles sont les questions essentielles auxquelles les auteurs de ce livre tentent de répondre.
 

 

 

Notes sur la conférence

"Efficacité du marché et poids de l'idéologie dans la science économique"

 

   L’économie n’est pas une science dure car on ne peut pas prouver la validité d’une théorie bien qu’on puisse la comparer à l’Histoire et la rigueur de la pensée. D’autre part l’économiste fait partie de la science qu’il analyse et ne peut s’en détacher ni être complètement neutre.

   La théorie économique dominante est l’économie néo-classique, car elle reprend les grandes idées classiques d’Adam Smith et de Ricardo. Elles seront encore développées avec les travaux de Léon Walras qui considère que les « classiques » n’ont pas su démontrer l’efficience du capitalisme.

   La propriété des moyens de production donnerait une incitation à l’efficacité économique. La concurrence sur les marchés serait le meilleur ajustement des prix avec l’allocation optimale des ressources. Ces deux hypothèses sont largement mises en cause depuis deux ans.

   Williamson, prix Nobel 2009, est un économiste néo-classique moderne qui s’intéresse surtout à la micro-économie. La théorie néo-classique ne permet pas d’expliquer l’existence des entreprises, ce qui reflète une contradiction interne.

  En 1937, l’économiste Ronald Coase a publié un article de quelques pages intitulé « La nature de la firme ». Article qui lui valu, pour partie, le prix Nobel d’économie en 1991. Cet article est dévastateur pour les néo-classiques. Il explique pourquoi on ne peut pas connaître la raison, d’un point de vue théorique, pour laquelle il existe des entreprises. Le message essentiel de l’économie dominante est que ces marchés permettent une allocation optimale des ressources (à savoir le travail et les machines). Or c’est l’entrepreneur qui décide de manière autoritaire comment sont organisées les ressources puisqu’il n’y a pas de marché dans l’entreprise elle-même. Elles sont « hors marché ».

   Williamson a essayé de comprendre l’existence des firmes néo-classiques. La théorie standard des entreprises est « squelettique » car elle assimile l’entreprise à une fonction de production (travail et capital), or ce qui se passe à l’intérieur de l’entreprise n’a pas d’importance sur ce que l’on obtient. Or ceci est faux.

   Williamson a regardé ce qui se passe à l’intérieur des entreprises. La théorie néo-classique indiquait que la forme de l’entreprise n’avait aucune influence sur la production. Or les différents modes de gouvernance que ce soit de la coopérative ou l’entreprise autogérée ne peuvent être différents de l’entreprise capitaliste. Dans la théorie néo-classique, on n’arrive pas à prouver que la firme autogérée pouvait être moins efficiente que la firme capitaliste, ce qui met à mal l’ensemble de cette théorie.

   Williamson invente alors une nouvelle théorie, l’économie des coûts de transaction qui permettrait de remédier aux faiblesses de la théorie de l’économie néo-classique ainsi qu’à d’autres questions comme celle du degré d’intégration verticale des entreprises.

   Coase affirme que les firmes apparaissent en fonction des coûts de production. En effet, au départ il existe des contrats de transaction de travail à domicile dans les entreprises préindustrielles, ce qui génère des coûts : le coût pertinent de l’échange, quoi et combien, ainsi que le coût de rédaction du contrat qui peut être renouvelé aléatoirement et régulièrement, ainsi que les coûts liés au transport et au ramassage de la production. Ces coûts peuvent s’accumuler car ils sont répétitifs. L’apparition des firmes capitalistes résulterait de l’économie faite autour de ces coûts de transactions. Or on peut estimer que ces coûts sont relativement faibles et ne peuvent à eux seuls expliquer la création des  entreprises. D’autre part, il n’y a pas de volonté pour la population d’aller travailler dans les usines dans des conditions extrêmement difficiles à l’époque. La firme capitaliste est davantage apparue dans la volonté de regrouper les travailleurs dans un seul lieu, de créer des synergies et d’économiser des coûts.

   Les travailleurs, toutes choses étant égales par ailleurs, préfèrent travailler dans une firme autogérée plutôt que dans une firme capitaliste. Cette dernière fonctionnant d’une manière non démocratique et autoritaire. Williamson pensait que les firmes autogérées se transformeraient en firmes capitalistes car ces dernières étaient plus efficaces et donc apportaient plus de marge et in fine des salaires plus importants que dans la firme autogérée. Les ouvriers faisant l’arbitrage en choisissant en priorité la firme capitaliste qui les rémunérait mieux. Or d’autres facteurs pouvaient néanmoins mettre à mal cette affirmation.

Pour Williamson, l’efficience de l’entreprise dépend des décisions des dirigeants dans l’organisation de l’entreprise capitaliste et de son efficacité dans la lutte contre l’opportunisme des travailleurs. La pensée de Williamson évolue et reconnaît que la firme autogérée est aussi efficace que la firme capitaliste bien qu’elle ait de grandes difficultés à lever des capitaux auprès des banques ce qui limiterait bien sûr son développement.

    Pour Williamson, dans l’industrie d’assemblage d’un produit fini, pour chaque composant de ce produit, l’entreprise à le choix de fabriquer ou de faire fabriquer. Si elle achète à un sous-traitant, l’entreprise signe un contrat d’approvisionnement sur un certain temps. Il est évident que l’entreprise demandera à son sous-traitant de modifier une ou plusieurs fois le composant et donc devra à chaque fois renégocier le prix. Le choix de sous-traiter ou non dépendra du degré de spécificité de la pièce lié au degré de spécificité de la machine. Si ce degré est faible, i.e. si la pièce peut être fabriquée par n’importe quelle machine sur le marché, la firme à toujours intérêt à faire fabriquer à l’extérieur en sous-traitant la production. Pour Williamson, l’incitation à contrôler les coûts serait plus faible en interne qu’en externe. D’autres raisons peuvent être cependant plus pertinentes comme la délocalisation liée à des coûts de main d’œuvre nettement inférieurs. En cas de degré de spécificité fort, l’entreprise à intérêt à produire elle-même car les sous-traitants seraient en position de force vis à vis de l’entreprise en cas de renégociation du contrat. Or ceci  peut paraître douteux dans la mesure où le rapport de force ne penche pas en faveur du sous-traitant, mais plutôt en faveur de l’entreprise donneuse d’ordres qui est plus importante que le sous-traitant. Dans la firme capitaliste, les dirigeants pourraient limiter les prix de transfert à l’intérieur même des divisions de l’entreprise. Cette théorie est globalement rejetée.