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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 13/05/2011

Cycle des conférences du C.V.C.I.

Colloque

"L’Histoire épique des pionniers et découvreurs de la France en Amérique du Nord"

C O U V E N T    R O Y A L    D E     S A I N T    M A X I M I N  

Vendredi 15 juin 2007 

Les conférenciers
Accueil du Colloque 
Philippe Haudrère

Gilles Havard

Raymonde Litalien
 

Antonine Maillet

Gilles Havard

Conférence : "Coureurs des bois et Amérindiens"

Bibliographie

"Histoire de l'Amérique française"   Champs Flammarion

Empire colonial français : on pense Afrique Noire, Indochine, Algérie.
Et on en oublie la Nouvelle-France qui, à son apogée, au début du XVIII siècle, s'étendait sur près des deux tiers du continent nord-américain, de Québec à la Nouvelle-Orléans, des forêts glacées du Canada aux bayous de Louisiane, en passant par les prairies du Midwest. Un Empire dont la clé de voûte fut l'alliance avec les Indiens, qui permit aux Français de s'implanter et de se maintenir au nez et à la barbe des Anglais, plus nombreux, mais confinés sur le littoral atlantique.
Colons, Indiens, esclaves africains composaient, surtout en Louisiane, une Amérique française au visage cosmopolite. Cette Amérique, que notre mémoire a occultée, n'a pas entièrement disparu. Les toponymes en témoignent : New Orleans, Baton Rouge, Saint-Louis, Montréal, etc., de nombreuses villes nord-américaines ont cri pour fondateurs des Français. Des millions d'Américains, aux États-Unis comme au Canada, ont des noms d'origine française.
Archambault, Bissonnette, Boucher, Colombe, Dion, Pineaux, Roubideaux : imagine-t-on aujourd'hui que ces patronymes sont portés notamment par des Indiens du Dakota ? Parmi les descendants des colons français, et pas seulement au Québec comme on le croit parfois, certains parlent toujours la langue de Molière. Ce legs, on ne saurait le comprendre sans se glisser, au fil de la lecture, dans une pirogue ou dans un canoë à la recherche d'une histoire ignorée.

 

"Empire et métissages. Indiens et Français dans le Pays d'en Haut. 1660-1715"  P.U. Paris-Sorbonne

Le pays d'en Haut, sis au cœur de l'Amérique du Nord, sur les rives des Grands Lacs et du Mississippi, est né de l'imbrication de deux " sociétés " : quelques centaines de Français d'un côté (coureurs des bois, missionnaires et militaires) et plusieurs dizaines de milliers d'Indiens de l'autre.
Cette rencontre suscita de multiples formes échanges, d'acculturation, de métissage et d'interdépendance. Dans cette approche reposant à la fois sur l'histoire, l'anthropologie et la géographie, Gilles Havard étudie la genèse de ce territoire. Il met en scène les relations franco-autochtones entre 1660 et 1715, époque où la Nouvelle-France, d'abord confinée dans la vallée du Saint-Laurent commence à se dilater à l'échelle du continent.
Attentif à la dimension " génésique " du contact, mais aussi aux mécanismes objectifs de la colonisation et de la conquête, l'auteur analyse simultanément l'indianisation des Français et la manière dont le pays indien se transforme en marge d'empire.
Loin des préjugés ethnocentriques de l'historiographie traditionnelle comme des poncifs de la bienséance politique, cet ouvrage renouvelle notre compréhension de la construction des empires coloniaux et des relations interculturelles à l'époque moderne.

 

   Les nombreux vestiges de la présence française en Amérique sont souvent surprenant ! Qui aurait pu penser qu'à Détroit, la capitale de l'automobile, la voiture la plus prestigieuse, la Cadillac, doit son nom à un  patronyme issu du Sud-Ouest de la France ! Bâton Rouge qui devient la frontière entre deux tribus, a été nommé par les français...
   De nombreuses tribus ont été alliées avec les Français du 17è et 18è siècles. Ces Français ont beaucoup profité de leur agriculture. Dans ces tribus amérindiennes, leurs chefs étaient pauvres. Ils devaient faire preuve de leur prodigalité pour affirmer une certaine grandeur d'âme... La présence de nombreux patronymes français démontrent le métissage qu'il y a eu sur de très grandes parties de l'Amérique du Nord. Cette mémoire est encore entretenue dans certaines réserves.
   Cette histoire de rencontres entre les Français et les Amérindiens a été très peu étudiée. Cette histoire est aussi l'histoire d'un échec qui s'est arrêté  à la Révolution. Il y a une difficulté à étudier le métissage. Les Amérindiens ont été présentés comme des primitifs alors qu'il faudrait les étudier avec un certain relativisme.
   A la fin du 18è siècle, les indiens semblent entrer dans une phase de nostalgie de la présence française, car ils ont idéalisé cette période par rapport aux anglo-américains qui sont plus nombreux, plus demandeurs de territoires, donc plus dangereux que les Français.
   Les relations entre Français et Amérindiens ont fonctionné  sur un système d'alliance. Le caractère continental, la faiblesse du peuplement, l'importance des grands fleuves, la forte proximité avec le peuple indien forment les caractéristiques de cette colonisation.
   Les coureurs des bois symbolisent cette relation. Ces coureurs de bois sont ceux qui vont faire le commerce avec les indiens. Ce personnage n'existe qu'après le 17è siècle. C'est un personnage emblématique du Canada qui symbolise la caractéristique de la colonisation.
   Il est très curieux que la filmographie américaine fasse l'impasse sur ces personnages car ils étaient des français francophones et ne correspondaient pas à la légende américaine.
   Ce sont les Hurons qui vont vendre directement aux Français les fourrures. Lorsque les Hurons disparaîtront, les Français se rendront dans d'autres tribus pour faire leurs achats. C'est dans ce contexte que se développeront les coureurs des bois. Les indiens seront les trappeurs et les français les acheteurs.
   Les coureurs des bois sont souvent jugés incontrôlables. Le Gouvernement va essayé de réglementer ces individus en leur donnant des licences et en les nommant "voyageurs".
   Le mode de transport le plus courant était fait à partir de canoës de 5 à 10 personnes. Le voyage était long et monotone, interrompu par des rapides qu'il fallait franchir en portant les embarcations, le portage. Les risques étaient nombreux. Pour les limiter, il fallait faire des offrandes aux dieux indiens. Il y eu indéniablement un syncrétisme des religions indienne et catholique chez les coureurs de bois.
   Ces coureurs de bois sont dénigrés à la fin du 17è car ils sont très proches de la notion d'aventuriers qui cumulaient tous les défauts moraux. Ils ressemblent à des sauvages paresseux nomades responsables de libertinages avec les amérindiennes : courir la druine, la prétentaine... signifiait faire le commerce avec les indiens... et avec les amérindiennes.
   Les attirances mutuelles entre les amérindiennes et les coureurs de bois sont nombreuses, car chacun y trouvait son compte. Les besoins d'hommes de certaines tribus étaient flagrants car nombre d'entre eux avaient été tués lors des guerres. Les Français arrivaient avec du matériel qui améliorait l'ordinaire et ils étaient valorisants pour les femmes. Ces dernières escomptaient s'attribuer des pouvoirs chamaniques par leur relation avec les Français. Les Amérindiennes servaient de servantes. Les couples formés n'étaient pas forcément fait pour durer dans le temps. La monogamie était de règle.
   Certains coureurs de bois se sont "ensauvagés" en s'indianisant, en allant au-delà de la simple adaptation, en transgressant certaines règles notamment par le tatouage. Ils furent appelés les "Indiens blancs".
   Au lieu d'appeler cette Amérique, Amérique Française, il vaudrait mieux l'appeler Amérique Franco-indienne.