|
|
Accueil
Copyright 2000-2008 |
le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés, propose dans le cadre de son cycle de conférences "Territoires ignorés 2008-2009" Catherine Vidal
Neurologiste, directrice de recherche à l’Institut
Pasteur a donné une conférence à la Fac de Droit de Toulon le mardi 25 novembre 2008 LE CERVEAU A-T-IL UN SEXE ?
Conférence du 25 novembre 2008 LE CERVEAU A-T-IL UN SEXE ?
Le cerveau a-t-il un sexe ? Il n'y a pas de réponse simple à cette question. Il faut déterminer la part de l'inné et celle de l'acquis. Tout ceci est propice à toute instrumentalisation, à toute idéologie. Au XIXè siècle, les anatomistes étaient passionnés par la relation entre taille et poids du cerveau et sexe. Il existe effectivement et fréquemment une taille et un poids du cerveau plus importants pour l'homme que pour la femme. Cette taille peut être rattachée à l'importance du poids du corps qui est généralement plus important pour l'homme que pour la femme. Cependant le poids des cerveaux est très variable. Par exemple, Tourgueniev avait un cerveau de 2 Kg, celui d'Einstein ne pesait que 1,25 Kg. Ces théories perdurent encore au XXè siècle. C'est au stade foetal que le cerveau se sexualise. Les régions les plus sensibles aux hormones se situent dans l'hypothalamus. Le jeune enfant avant 2 ans ne peut savoir à quel sexe il appartient, par contre il sait reconnaître le masculin et le féminin chez les autres. Il existe de nombreuses idées reçues pour justifier que le cerveau de l'homme est supérieur à celui de la femme. En 1991, paraît dans la revue Science, la comparaison de l'hypothalamus chez les homosexuels et chez les hétérosexuels tendant à prouver qu'il existe une légère différence. Or ces études ont été remises en question. Actuellement aucune donnée sérieuse scientifique prouve cette différence. En 1968, pour un certain nombre de scientifiques affirmaient que les hémisphères droits et gauches ont des rôles différents. Les rôles ont des importances différentes selon les sexes. Les auteurs de "Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus" ou "Les femmes ne savent pas lire les cartes routières..." se servent de cette théorie. Or ceci est démenti par les analyses que l'on peut faire maintenant avec les IRM et autre scanner. Une fonction cérébrale n'est jamais localisée à un seul endroit du cerveau, mais simultanément dans l'hémisphère droit et l'hémisphère gauche. Il n'existe pas de différences dans le corps calleux entre les hommes et les femmes. On a demandé à des hommes et à des femmes d'effectuer un calcul mental. On a analysé uniquement les personnes ayant eu le même score. Les zones d'activité du cerveau sont différentes selon les personnes et pas selon le sexe. Tous les hommes et les femmes ont des cerveaux différents et bien peu ont des différences liées au sexe. Il y a donc une très grande variabilité dans les cerveaux. Les synapses relient les neurones. Ces relations ne se mettent en place qu'après la naissance. Les personnes les plus intéressantes pour les analyses sont les pianistes. Ils ont une activité précise et permanente depuis leur plus tendre enfance. On peut ainsi observer des traces très nette dans le cerveau avec un épaississement de la zone concernée. En cas d’arrêt de l’activité, cet épaississement disparaîtra. Le cerveau a une très grande plasticité. On peut faire une ablation d’un hémisphère complet du cerveau chez un enfant agé entre 5 et 10 ans en cas d’épilepsie grave. Il n’y a dans ce cas, aucune séquelle, le cerveau reprenant l’intégralité de ses fonctions au bout d’un certain temps. On a pu observer en France, un homme dont le cerveau était plaqué contre le crâne et l’intérieur rempli de liquide céphalo-rachidien. Voir des différences de performances n’indiquent pas si c’est de l’inné ou de l’acquit. Les résultats de tests entre hommes et femmes s’équilibrent au bout d’une semaine d’entraînement. Le rôle de l’éducation est fondamental. Le garçon est habituellement orienté vers la sphère publique alors que la fille est elle orientée vers la sphère privée. En mathématique entre les hommes et les femmes est fonction de la culture égalitaire des pays. L’éducation et non la biologie explique la différences des scores de tests mathématiques entre les filles et les garçons, quelque soit l’origine ethnique des élèves. L’action des hormones sur le cerveau des animaux est très importante. C’est cette action qui va pousser les animaux aux relations sexuelles dont le seul but est la reproduction et la survie de l’espèce. Chez l’homme, il y a une dissociation complète entre sexualité et reproduction. On peut observer des corrélations physiologiques majeures entre des modifications hormonales liées par exemple à la grossesse, la ménopause et la modification de l’humeur. Ce n’est pas le cas si l’on est à l’extérieur de ces modifications. Si on déplie le cortex cérébral, ce dernier
serait de Si au XIXè on a justifié la taille et le poids du cerveau pour hiérarchiser sexe, race sociale, classe sociale… Au XXè siècle, il y a une persistance du déterminisme biologique malgré l’avancée de la connaissance du cerveau .
| ||||||||||||||||||||||||||