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Dernière modif. : 10/05/2008

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Les Passeurs de Liberté"

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Éthologue, psychiatre
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Prof. de psychologie
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Psychologue
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Doctorante en psycho.
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Psychiatre

ont participé à un colloque le samedi 2 juin 2007 à la Faculté de Droit

"Le traumatisme des enfants de la guerre"

BORIS CYRULNIK


Photo Librairie Gaïa

 

"LA FIN DE LA GUERRE N'EST PAS LA FIN DES PROBLÈMES."

   L'engagement des enfants dans la guerre n'est malheureusement pas une nouveauté. C'est le phénomène des guerres asymétriques. Pour gagner une guerre, il n'est pas nécessaire de savoir si c'est moral.
   Actuellement on voit une grande partie de la planète aux mains d'une hyper puissance technologique..          L'autre partie doit, pour préserver son honneur, et sans qu'elle ait d'autre choix, mettre en jeu les enfants, soit comme acteurs, soit comme victimes. L'extrême violence devient alors morale. Il ne faut jamais rencontrer l'autre afin de ne pas être en empathie avec l'autre et ainsi s'affaiblir. L'image devient une arme politique aussi efficace qu'une arme technologique.
   Les guerres de survie, les guerres de conquête, les guerres de religions, les guerres idéologiques sont les différentes évolutions que l'humanité a pu produire.
   Les enfants se développent en fonction de la nécessité pour les parents blessés dans leur amour propre de garder une dignité pour eux et pour leur clan.
   Les enfants ne peuvent pas prendre conscience d'un certain nombre de choses qui sont inacceptables pour eux. Lorsque les enfants adhèrent aux convictions de leurs parents, ils sont moins traumatisés que les autres.
   Henri Barbusse a fait la guerre de 14. Excellent tireur, il était heureux de tuer des soldats allemands et leur représentation. Au cours d'une attaque, alors qu'il se trouvait face à un allemand, il le tua. Les circonstances lui permirent de fouiller le portefeuille du mort lui permettant de découvrir que l'allemand était marié et père de famille. Cet homme lui ressemble. Il n'a pas tué "un allemand" mais bien un homme auquel il peut s'identifier. Il découvre alors la culpabilité.
   La violence est une valeur en temps de guerre et construit le social alors que c'est le contraire en temps de paix. La violence peut être autant constructrice que destructrice en fonction du contexte.
   Lorsqu'un enfant se développe avec ce modèle de violence pendant une guerre, il ne changera pas la paix revenue. Ce qui pose un énorme problème à l'échelle mondiale. Un enfant sur trois arrive à l'âge adulte dans ces conditions.
   Lorsqu'on est humilié par une armée surpuissante, on valorise héroïsation. Cela signifie que le groupe est en grand danger.
  On ne peut appliquer les Conventions de Genève que si l'armée est certaine d'être victorieuse.
   Il y a cent guerres ouvertes. On entre dans un phénomène de guerre de terrorisme planétaire.
   La fin de la guerre est la naissance d'autres problèmes.
   Les discours sont cohérents grâce à la presse. Il faut tout ignorer de l'autre en simplifiant les choses.
   Dans la mise en place de l'Holocauste, les nazis avaient mis en place un système qui effaçait le crime dès qu'il était commis. Le déni lui-même fait partie du crime contre l'humanité. Le silence fait partie du traumatisme.
   Un enfant qui ressent un trouble chez ses parents ne pose pas de questions. Il y a une cohérence du discours. Le préjugé est un moyen de défense de l'autre.
   La réussite sociale des enfants de ces héros et de ces victimes est liée au malaise, à l'angoisse qui les obligera à travailler et à réussir socialement et il leur devient impossible de réussir affectivement.
   La mémoire n'a pas pour fonction de faire revenir le passé mais de le métamorphoser, faire quelque chose de la blessure.

   Peut-on vivre sans ennemi ? Un ennemi commun peut servir de ciment à une société. Les israéliens jouent peut être ce rôle vis à vis des Palestiniens évitant ainsi à leurs différentes factions de s'entredéchirer davantage.
   Un tout petit groupe peut, avec des moyens modernes, mettre bas des sociétés complètes qu'il a fallu des millénaires à construire.