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Dernière modif. : 10/05/2008

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

Tanger, ville frontière


BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

avec

Thierry Fabre Driss Ksikes Michel Péraldi Yasmine Belmahi
Directeur de la Pensée de Midi
Journaliste, écrivain, dramaturge Anthropologue, Directeur du Centre J.Berque à Rabat Journaliste, critique de cinéma
Programme complet
de La Pensée du Midi
Bibliographie
autour de Tanger

 

La Pensée de Midi : "Tanger, ville frontière"

Tanger est une ville où les deux rives de la Méditerranée se touchent des yeux.
Ville frontière, Tanger n'est plus seulement une ville internationale, comme elle le fut jadis, mais une ville transnationale. "C'est-à-dire qu'elle vit au quotidien dans un espace temps très peu national", comme le souligne Michel Péraldi qui a dirigé ce nouveau dossier de La pensée de midi. Cité à nulle autre pareille, Tanger est traversée et débordée par de nombreuses frontières. Ce sont les multiples facettes de cette ville complexe que ce numéro se propose de dévoiler.
A partir des contes cruels et savoureux de M'Rabet, de récits singuliers, recueil-lis et partagés avec la complicité de la revue Nejma, d'histoires de vie comme celle d'Elena Prentice ou à l'heure du cocktail chez Paul Bowles, qui témoignent d'un cosmopolitisme toujours vivace, de la calle del Diablo et des lucioles de la nuit tangéroise décrites par Mona Kezari et Abdelmajid Arrif, des rebelles de la mondialisation, qui cherchent à traverser la frontière vers l'Europe comme une bravade et un défi trop souvent mortels (Mercedes Jiménez Alvarez), des jeux subtils à propos du respect des bonnes moeurs ou des spéculations dans la Casbah (Carole Viché, Julien Le Tellier et Catherine Mattei), sans oublier ce qui fait le mythe de Tanger dans sa relation au cinéma (Simona Schneider), ou sa réalité d'une ville entre deux mers, confrontée à l'invisible ou trop visible présence d'un mur, dans le récit deDriss Ksikes.
Tanger, une ville aimantée par sa relation à la frontière... Thierry Fabre

 

M. Métalsi, J.B. Leroux : "Tanger"  Actes Sud

   Entre Europe et Afrique, Méditerranée et Océan, sise sur l'un de plus beaux rivages du monde et l'un de ses détroits les plus passants, Tanger, " ville des mille et une lumières ", selon Paul Bowles, paraît à l'écrivain " au centre de l'univers " ...
mais, ambiguë, fuyante et instable, oscillant entre mythe littéraire et réputation sulfureuse, ouverture internationale et réalité marocaine ; au long de son histoire millénaire, tantôt cité phare et capitale, tantôt petit port dérisoire, la ville disparate, luxuriante, est aujourd'hui menacée par l'explosion de la démographie et par une expansion anarchique. Il y a deux cités en elle, notait Jacques Berque : " la première vint d'en haut, la seconde d'ailleurs ".
   Ville de Dieu, ville cosmopolite, Tanger est plus qu'un Lieu de mémoire et de mirage : elle résume La complexité et la tension du monde. Le livre rend compte de cette situation et de ce destin d'exception, par la beauté de ses photographies qui en font " une fête pour l'œil ", en écho à Delacroix découvrant la ville, en 1832, à Matisse qui épura sa vision de peintre au contact de cette lumière et de ces formes architecturales.
   Par l'intelligence du texte aussi, empreint d'une intime familiarité avec la ville, son histoire, ses habitants et sa mouvante configuration urbaine. Le mythe de Tanger ne se confond pas avec La légende cosmopolite et ce sentiment d'ailleurs qui fascina tant les écrivains, Dumas, Genet, Morand, Truman Capote. Il s'incarne dans les avatars de l'histoire ; il s'insère dans les replis de la médina, de ses ruelles, de ses demeures repliées sur leurs patios et leur ornementation intérieure ; il se déploie dans les métamorphoses urbaines du XXe siècle, sous l'impulsion des architectes espagnols (Diego Jimenez), qui, mêlant les styles art déco et hispano-mauresque, font triompher le superbe désordre de l'éclectisme.

 

Stéphane Guibourgé : "Dernier exil à Tanger"  Éditions du Regard

Tanger. Le palais tombe en ruine sur la colline. John Cawler est assailli par les souvenirs. Il se souvient de Jean, le jeune écrivain qu'il avait jadis pris sous sa protection. Un capitaine de police, chargé de retrouver Jean, enquête sur le meurtre d'une jeune femme découverte au milieu d'un chantier. Lui seul perçoit encore le chant véritable de la ville, loin du mythe et des mensonges dorés.

 

Alexandre Dumas : "Le Véloce. Ou Tanger, Alger et Tunis"  Éd. du Palimpseste

- On s'occupe donc de nous de l'autre côté de la Méditerranée ? - C'est-à-dire qu'on ne s'occupe que de vous ; c'est un des privilèges de l'Afrique, vous savez, que de bruire dans le monde.
"Quid novi fert Africa ? " disaient les Romains du temps de Scipion. Eh bien ! nous sommes des Romains, à l'endroit de l'Afrique du moins. - Ne trouvez-vous pas au reste qu'elle en vaut bien la peine, qu'on s'occupe d'elle ? - L'Afrique, mais c'est la terre promise - C'est la terre donnée, donnée par la Providence à la France. Faites-la connaître à tous ces méchants avocats qui nous marchandent 100 000 francs quand nous leur donnons un monde, dites-leur qu'il n'y a qu'à la gratter deux fois par an pour qu'elle donne deux moissons ; ils peuvent m'en croire, moi qui suis un laboureur, un paysan, un planteur de pommes de terre.
Avez-vous vu la Mitidjah, avez-vous vu Blidah ? - Je n'ai encore rien vu. - Eh bien ! voyez tout cela, et dites-leur là-bas, à tous ces imbéciles qui parlent de l'Algérie sans la connaître, dites-leur que j'ai de la terre pour trois millions d'hommes, seulement il n'y a pas d'autres systèmes que le mien, des colons militaires, un gouvernement militaire, une justice militaire... "

 

Fred Romano : "Basque Tanger"   Scali

Inaki est un Basque espagnol emprisonné au Maroc pour trafic de haschisch.
Aucun espoir d'en sortir. Inaki songe à Mirem, sa compagne, atteinte d'un cancer incurable. Mirem l'insoumise qui préfère la lutte à l'exil. Mirem la rebelle. Mirem qui refuse une chimiothérapie jugée inutile. Auront-ils le temps de vivre leur passion ?. Dans la cellule treize de la prison sans nom de Tanger où vingt-deux hommes vivent dans douze mètres carrés, la promiscuité et l'enfermement rendent les relations inhumaines.
En fond sonore, les prières quotidiennes au nom d'Allah, les rats, la peur, et autant de sexualités pour vingt-deux psychismes en contact permanent. Fred Romano démontre que l'amour est le meilleur remède contre le néant.

 

Ari Behn : "Les hommes passent à Tanger"   Actes Sud

En partance pour le Burkina Faso où son amie travaille dans une ONG, Andy, jeune Norvégien aux longues boucles blondes, descend du train à Madrid.
Il s'imagine, passé Gibraltar, pouvoir traverser le Sahara, rejoindre Tombouctou et de là Ouagadougou. Sur le quai, il se fait aborder par Valderon, qui a repéré d'emblée le jeune naïf... Bientôt coincé dans la toile qu'autour de lui tisse le vieux beau en chasse, Andy va se retrouver bloqué à Tanger, incapable de refuser les soirées auxquelles il est convié. Si la rencontre espérée avec Paul Bowles a bien lieu, elle est vite bousculée par les nuits folles de la ville exotique.
Dans un sursaut d'amour pour celle qui l'attend, Andy prend le train pour Marrakech, échappe aux mains masculines, s'enfuit dans la médina avant d'être récupéré par un groupe de touristes dont la guide aimerait bien connaître ce jeune homme tombé du ciel... Le Sahara pourtant se rapproche, avec ses premières dunes, les oueds et les Touaregs pour cartes postales prêts à faire une virée à dos de chameau, mais certainement pas à rejoindre Tombouctou en quarante jours...
Dans la veine des O'Hanlon et autres travel writers maniant l'humour, le récit d Ari Behn est du vrai picaresque moderne, à la fois voyage initiatique et antivoyage sur fond d'un problème de société : le tourisme sexuel.

 

Lofty Akalay : "Nouvelles de Tanger"  Coda

Le 7 novembre 1943, à Tanger, Lotfi Akalay a poussé son premier cri.
Bien d'autres cris suivront. A partir de 1990 et jusqu'en 1994, il rédige de savoureuses chroniques humoristiques pour Al Bayane, quotidien de gauche, organe de la classe ouvrière, puis il opte pour La Vie Economique, porte-parole des milieux d'affaires. En 1997 il donne des chroniques d'humeur au mensuel Femmes du Maroc. Déjà Charlie-Hebdo avait publié une de ses nouvelles, Le Candidat, sous forme de feuilleton durant l'été 1995.
En mai 1996 il publie aux éditions du Seuil son premier roman, intitulé Les Nuits d'Azed. À ce jour, le livre a été traduit en huit langues : néerlandais, italien, portugais, grec, coréen, turc, chinois et espagnol. En juin 1998 il publie Ibn Battouta, Prince des Voyageurs aux éditions casablancaises " Le Fennec ", passionnant récit de voyages du " premier touriste du monde ". Le meilleur de son talent réside sans doute aussi dans ses nouvelles, où la satire, l'humour et la fausse naïveté dissimulent mal une sensibilité attentive, un goût irrépressible du détail et de la formule, signes d'une approche personnelle du Maroc et de Tanger la légendaire, " sa " ville, de ses traditions, ses travers et ses grandeurs, de ses habitants aussi, qu'il ne cesse d'observer comme l'un des innombrables visages actuels de l'humain.

 

Jules Huret : "Tanger"  Magellan & Cie

Libre d'esprit, la plume mordante, l'écrivain globe-trotter Jules Huret (1863-1915) invente le reportage moderne.
Alors que le sultan vient de mourir, le jeune homme séjourne à Tanger, avant de se lancer dans un nomadisme accéléré en direction de Fès et Meknès pour assister à l'intronisation d'Abd-el-Aziz et rencontrer le " Machiavel marocain ". Son regard multiplie les perspectives sur le drame européen qui se jouait au Maroc au mois de juin 1894. Reportage extrait du recueil Tout yeux, tout oreilles, publié en 1901.

 

Collectif : "Le goût de Tanger"  Mercure de France

A l'entrée du détroit de Gibraltar, adossée au Rif marocain, Tanger veille sur l'une des plus belles baies du monde.
Carrefour des civilisations, porte d'entrée du continent africain, elle observe aussi l'Europe comme une promesse... Ponctuée des traces d'un passé révolu et opulent, la nostalgie ne l'a pas étouffée : Tanger est bien vivante. Envoûtante cité née de la dérive des continents et des imaginaires, de la débauche et des mythes : il faut se laisser porter par la rumeur du port et de la casbah, se perdre dans la médina, s'imprégner des senteurs d'Orient des marchés grouillants (Grand et petit Socco), attablé devant un thé à la menthe ou un tagra de poisson charmoula.
Balade dans " Tanger la Blanche ", à jamais trouble, hantée par ses fantômes illustres et résolument tournée vers son avenir. Sur les traces des plus grands, d'hier et d'aujourd'hui, d'ici et d'ailleurs : Delacroix, Loti, Genet, Kessel, Burroughs, Ginsberg, Bowles, Modiano, Ben Jelloun, Choukri et tant d'autres... Textes réunis et présentés par Clémence Boulouque.

 

R. Taferssiti, D. Joubert : "Tanger & Tétouan. Les débuts de la photo"  Somogy

Ces superbes photographies de la fin du XIXe siècle nous invitent à un fascinant voyage dans le nord du Maroc.
Tanger l'internationale et Tétouan l'andalouse nous ouvrent leurs ruelles étroites, leurs souks animés. Devant les objectifs, des hommes et des femmes posent sans perdre pour autant leur part de mystère, nous renvoyant l'image d'un Maroc qui " se donne mais ne se livre pas ". Au-delà de l'intérêt historique et ethnographique de ces précieux clichés rassemblés par le collectionneur Guy Joubert, on retiendra l'étonnante modernité de ce qui allait devenir un art à part entière la photographie.

 

Marc Broussard, Catherine Taralon :  " Voyage à Tanger sur les pas de Delacroix"   Garde-temps

En 1832, pendant son voyage en Afrique du Nord, Delacroix annotait ses carnets de dessins, et devant les eaux du détroit de Gibraltar laissait parler ses émotions.
Dix ans plus tard, il a réuni ses souvenirs sur le Maroc dans un manuscrit, redécouvert en 1997, qui témoigne d'un Tanger maintenant disparu. Aujourd'hui, au plus fort de l'été, les Tangérois aiment pique-piquer au bord de l'océan, puis, dans la nuit sombre et chaude, envahir les terrasses... Entre Atlantique et Méditerranée, la ville se vit, se transforme. Modernité et tradition cohabitent, loin des idées reçues.
Catherine Taralon et Marc Broussard ont quitté les rues bruyantes pour pénétrer dans des lieux où la magie de l'Orient se perpétue. Savoir-faire détourné, intérieurs réinventés, les maisons vivent au rythme des rayures et des couleurs vives. Un ouvrage qui mêle aquarelles, extraits du récit de voyage au Maroc d'Eugène Delacroix et photographies actuelles - un carnet d'adresses prolonge cet itinéraire culturel.

 

J. Fernandez, M.A. Caraès :  "Tanger ou la dérive littéraire"  Publisud

Tanger, c'est étrange, à une lettre près, à un accent.
De quelles lettres, de quels désirs, écrivains américains ou français (R. Barthes, S. Beckett, les Bowles, W. Burroughs, T. Capote, J. Genet, G. Lapassade, G. Stein, T. Williams...) en ont-ils fait leur ville ? Rien apparemment de plus simple. Tanger par excellence - on peut le lire dans leurs livres et chez leurs épigones - est la ville du Passage. Tanger insinue un paysage mental. Les écrivains occidentaux de passage empruntent à la ville les habits qu'ils lui prêtent, magnifiant son mystère, son ambiguïté.
Au fil du temps, s'entrelacent des lettres, des mots, des textes, oubliant du même geste que l'origine ou la vérité de ce mystère n'est qu'un trou. Comme on le dit d'un lieu justement où rien ne se passe, qui enferme. Rien donc de moins étonnant que ce lieu soit celui d'une perdition réelle ou imaginaire. Et s'ils ne disent presque rien de cette ville, c'est pour mieux taire ce qu'ils sont venus y chercher : la satisfaction de leurs fantasmes.
Le désir à Tanger se pare des vertus de l'éloquence, de la renommée, pour masquer toutes les formes de la domination à l'œuvre dans la cité arabe. Une esthétique post-exotique, d'autant plus surprenante et inquiétante qu'elle est conduite par des écrivains que l'Occident a promus, pour certains, en conscience politique. Notre lecture annonce les jeux idéologiques et les illusions littéraires dans lesquelles les écrivains occidentaux sont pris et prennent leurs lecteurs.
Tanger est le lieu exemplaire d'un discours qui ailleurs se perpétue. C'est cette entreprise de mystification qu'il faut dévoiler.

 

R. Ouettassi, R. Taferssiti : " Tanger. Cité de rêve"  Paris-Méditerranée

" Dans l'histoire d'une ville, chaque époque a son importance et sa beauté, comme chaque étape d'une vie humaine a son charme.
Mais le comble de l'absurde est atteint avec les jérémiades sur Tanger le mythe, Tanger qui n'est plus ce qu'elle était, et cela de la part de gens qui n'y ont jamais vécu. " Mohamed Choukri. Avec des textes de Pierre Champion, Mohamed Choukri, Mohamed Metalsi, Daniel Rondeau et Jean-Pierre Peroncel-Hugoz.

 

Rachid Mimouni : "Chroniques de Tanger"  Pocket

Comme beaucoup d'intellectuels, il avait quitté l'Algérie avec tristesse.
Il avait débarqué à Tanger avec femme et enfants un soir de la Saint-Sylvestre et dès le mois de janvier, dans le studio de Radio Medi 1, il s'adressait à ceux qui l'avaient accueilli et aussi aux algériens. De janvier 1994 presque jusqu'à sa mort début 1995, il commenta d'un ton tour à tour serein, ironique ou indigné, l'actualité mondiale, évoquant les problèmes de l'Algérie qui lui tenait tant à cœur : l'intégrisme, l'intolérance, la barbarie, les difficultés économiques...
Il espérait que 1995 serait une année plus clémente. Il s'en est allé le 12 février 1995 sans avoir été exaucé...