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Dernière modif. : 13/05/2011

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Territoires ignorés 2008-2009"

Denis Salas et Philippe Pédrot

Denis Salas est Maître de Conférence à l'École Nationale et la Magistrature
Philippe Pédrot est Professeur de Droit à l'Université de Bretagne

ont donné une conférence à la Fac de Droit de Toulon le mercredi 12 novembre 2008

Le juge est-il gardien des valeurs ?
résumé de la conférence

Denis Salas et Philippe Pédrot
Denis Salas et Philippe Pédrot

 

BIBLIOGRAPHIES
Denis Salas Philippe Pédrot

 

Résumé de la conférence

Denis Salas

Après avoir été juge pour enfant pendant plusieurs années, Denis Salas a travaillé sur la question de la transsexualité. Devant la possibilité de changer de sexe qui n’était pas évidente, les avis étaient très partagés. Une position relative soucieuse de répondre à la demande sociale face à une position plus dogmatique. Depuis 1980, de très nombreux changements sont intervenus tant dans les techno-sciences que dans le droit.

Le besoin de reconnaissance de l’individu au plus profond de lui-même et ce qu’il estime être fondamental pour sa propre existence modifie sa relation au droit.

L’aide à la procréation médicale assistée était liée à des raisons médicales, viennent se rajouter les célibataires, les homosexuels… lorsque leurs droits ne sont pas reconnus crient à la discrimination. Il existe d’autres conflits tels que l’anonymat des donneurs de gamètes qui est battu en brèche. La justice devra trouver des compromis alors que le droit n’a pas toujours bougé.

Vis à vis de la religion, l’agnosticisme religieux ou l’agent de l’ordre moral sont régulièrement posés à la justice. Le juge essaye de faire preuve de conciliation et de tolérance. La prévention fait partie du travail du juge en complément du travail répressif.

D’autre part, nous sommes dans des sociétés compassionnelles et médiatiques. Par exemple, la question de l’euthanasie qui se pose régulièrement actuellement. On a fréquemment dans ce type d’affaires les arguments suivants : la vie humaine ne doit pas être laissée à la disposition des individus, position la plus conforme au droit actuel, par opposition à une évolution des mentalités avec une tolérance plus grande vis à vis des auteurs des euthanasies. Un juge ne travaille pas avec sa conscience uniquement mais avec le droit. Une solution a été trouvée avec le sursis ou le non-lieu. Ceci est un compromis entre la dette vis à vis de la loi et vis à vis de la compassion.

La mondialisation, l’internationalisation du droit commence à ce faire sentir. Il existe une très grande diversité de droits. On peut même faire du droit-shopping, avec un détournement de la loi. Par exemple, aux Etats-Unis, alors que la peine de mort fait consensus pour l’ensemble des américains, qu’ils soient républicains ou démocrates (voir les derniers discours de Barak Obama), la peine de mort pour les mineurs vient d’être interdite en faisant référence aux différentes législations européennes et mondiales.

Au nom de la cause des victimes, on voit apparaître des demandes de répression immense en complet désaccord avec une quelconque échelle des peines. Les Droits de l’Homme ne protègent pas du totalitarisme, mais s’ils sont portés par peurs irrationnelles, ils peuvent rapidement mener à des atteintes aux libertés fondamentales.

 

Philippe Pédrot

Le juge est le gardien des valeurs. Il y a une montée très importante du juridique. Dans les sociétés occidentales, les symboles perdent leur valeur, leur importance. Il y a un brouillage des frontières entre licite et illicite, entre sacré et profane… Le droit doit garder le sens du mouvement.. Il faut défendre le droit, mais point trop n’en faut. Devant le délitement de la société, le droit semble être une solution. Le droit se situe entre la limite et le lien.

Jamais une société n’a été régulée par le droit, mais plutôt par des règles de non-droit. La désinstitutionalisation, comme le mariage, la filiation…,  va mettre en avant le droit. Le juge recherche une cohérence. Le droit doit arrêter d’être un système clos. Le droit doit être relié à la culture, il doit ouvrir sur l’extérieur.