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Copyright 2000-2008
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 01/12/2008

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Où allons-nous ?"

Pap N'Diaye




a donné une conférence le  7 octobre 2008 à la Faculté de Droit de Toulon

"La condition noire : réflexions sur une minorité française"

Résumé de la conférence

Les recherches de Pap N'Diaye ont d'abord porté sur l'histoire du monde des affaires et l'histoire des techniques (Du Nylon et des Bombes, Belin, 2001)
Actuellement, il travaille sur les discours et pratiques de discrimination raciale dans les firmes d'assurance-vie américaines au 20e siècle, ainsi que sur diverses questions relatives aux populations noires des Etats -Unis et de France. Il est, par ailleurs, membre du Comité de rédaction de L'Histoire. Il est professeur à Sciences Po Paris.

 

"La condition noire - Essai sur une minorité française"   Calmann-Lévy
Exploits des sportifs de haut niveau, émeutes en banlieue, lutte contre le racisme et les discriminations, mouvement associatif : depuis une dizaine d'années, les Noirs vivant en France métropolitaine sont apparus si visiblement sur la scène publique nationale qu'on peut parler aujourd'hui d'une " question noire " française.
Plusieurs livres d'actualité ont relayé ces enjeux, mais jusqu'à présent, ils n'étaient pas encore étayés par des travaux de réflexion qui permettraient de les expliquer avec savoir et méthode. C'est à ce travail fondateur de black studies à la française que Pap Ndiaye s'est consacré. Comment définir les Noirs de France ? L'auteur démontre brillamment que la " condition noire " désigne une situation sociale qui n'est celle ni d'une classe, d'une caste ou d'une communauté, mais d'une minorité, c'est-à-dire d'un groupe de personnes ayant en partage l'expérience sociale d'être généralement considérées comme noires.
Cet essai dense et limpide décrit et analyse l'expérience de ces hommes et de ces femmes du XVIIIe siècle à nos jours ; le passé et le présent d'une minorité française.

 

"Du nylon et des bombes. Du Pont de Nemours, le marché et l'État américain, 1900-1970"  Belin

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la modernité made in America a deux symboles, le nylon et la bombe.
Le premier est soyeux, brillant, léger, inusable. Il révolutionne les textiles, donne naissance aux plastiques, trame bientôt la mémoire collective du siècle. L'autre incarne la guerre froide et la course aux armements : le plutonium, principal composant des bombes atomiques, est le fruit d'une aventure scientifique et industrielle menée par de célèbres physiciens, des militaires et les ingénieurs de la firme américaine Du Pont de Nemours qui avaient auparavant inventé le nylon.
C'est l'histoire du rôle méconnu de ces ingénieurs dans la mise au point du nylon puis des bombes atomiques que retrace cet ouvrage. L'auteur montre comment les ingénieurs chimistes associèrent l'invention et l'affirmation de leur profession à l'essor de la société de consommation et du complexe militaro-industriel. Il jette un regard neuf sur le fameux projet Manhattan, qui aboutit aux explosions atomiques d'août 1945 sur Hiroshima et Nagasaki.
En reconstituant les carrières, les projets techniques, les organisations, les cultures d'entreprise, il dessine le portrait collectif d'hommes qui ont été, pour le meilleur et pour le pire, les acteurs du siècle américain. Avec le nylon et la bombe, les ingénieurs ont cru en l'avènement d'une ère nouvelle d'harmonie politique et sociale protégée par le bouclier nucléaire, avant que les mutations politiques et culturelles de notre fin de siècle ne sapent dans ses fondements l'idéologie moderniste dont ils étaient les hérauts.

 

Collectif : " La démocratie américaine au XXè siècle"   Belin

La démocratie américaine au XXe siècle peut sembler familière à quiconque s'intéresse à l'histoire des États-Unis. Qui ne connaît les figures célèbres de Franklin Roosevelt, Joseph McCarthy, Martin Luther King, John Kennedy, Ronald Reagan et bien d'autres ? Pourtant, plus que jamais à l'ère de la suprématie économique, politique, stratégique et culturelle des États-Unis, il convient de comprendre les ressorts de leur démocratie, sa dynamique propre, les combats qui se sont livrés en son sein.
Organisés en trois grandes parties (idées, institutions, combats), les onze textes d'historiens, de sociologues et de politologues retenus dans ce livre ouvrent des horizons neufs sur des programmes de recherche souvent méconnus en France. Ils proposent une vision de la démocratie américaine moins convenue, plus éclatée, plus subtile, plus ouverte aussi qu'à l'ordinaire. Ils suggèrent comment un dialogue original s'est construit entre l'histoire, les sciences sociales et la science politique autour de quelques grands domaines d'investigation. Grâce à cette cure de jouvence, l'histoire politique américaine a retrouvé un nouvel élan.

 

Conférence du 7 octobre

"La condition noire : réflexions sur une minorité française"

   Depuis quelques années, il existe un décalage entre de nombreux actes à caractère raciste et le peu de travaux universitaires sur le sujet. Il ne s'agit pas uniquement des populations noires mais aussi des minorités et pas uniquement raciales.

   S'il existe de nombreux travaux sur des questions spécifiques (les tirailleurs sénégalais, les populations noires au XVIIIè, la traite des noirs...), ceux-ci sont quasiment inexistants sur l'ensemble de la population noire en France. Il faut savoir que cette population est passée de quelques milliers dans les années 50 à plusieurs millions actuellement.

   Il est légitime de se poser la question de savoir si cette population est homogène ; est-ce qu'elle a des points communs sans nier leur diversité ? Se considère-t-elle comme noire ? Les réponses pourraient paraître surprenantes : par exemple, les antillais ne se considèrent pas comme noirs ! Le plus petit dénominateur commun de ces populations est que ces personnes sont considérées par les autres comme noires. C'est bien le regard des autres qui défini ces personnes comme noires. C'est

   Ce regard que les français ont porté sur les populations noires a fait que des linguistes ont créé une langue française simplifiée pour communiquer avec ces personnes : c'est ce que l'on a appelé le petit nègre. 

   Pour les sciences sociales américaines, il est plus juste de parler de minorité telle qu'une expérience sociale commune indifféremment de l'extrême diversité du groupe.

   Ces minorités montrent que leur particularité peut devenir un handicap.

   Si aux États-Unis, la communauté noire était assez homogène il y a quelques dizaines d'années, essentiellement liée aux descendants des anciens esclaves noirs venus d'Afrique, ce n'est plus vrai actuellement avec la venue des populations caribéennes d'une part et de nouvelles vagues d'immigrés venus d'Afrique d'autre part.

   Pourquoi n'y a-t-il pas eu beaucoup d'études générales universitaires sur les noirs en France alors qu'aux États-Unis ces études sont nombreuses ? En France, le fait de parler de noirs serait, d'une certaine manière, remettre en avant la notion de racisme, sujet tabou s'il en est. D'autre part, les sciences sociales se sont longtemps centrées sur la notion de classes sociales et des inégalités liées au système capitaliste oubliant les questions spécifiques d'autres groupes, d'autres minorités.

   C'est à partir du XVIIIè siècle que l'on repère des groupes significatifs de noirs, généralement amenés par leur maître depuis les Antilles vers la métropole en tant que domestiques. Or l'esclavage n'existait pas légalement sur le territoire métropolitain. Donc, un noir, dès son arrivée, réclamait et obtenait automatiquement son affranchissement ! Il n'y a jamais eu d'interdiction de mariage mixte, noir/blanc, en France, alors qu'aux États-Unis, dans de nombreux états, c'était courant.

   C'est avec la Première Guerre Mondiale et les tirailleurs sénégalais, que les noirs arrivent par milliers en France. Ils seront d'ailleurs mieux accueillis par la population française qu'ils ne l'avaient été par les administrateurs coloniaux en Afrique. Un grand nombre d'entre eux resteront en métropole.

   La deuxième vague d'immigration africaine viendra dans les années 60 pour satisfaire aux besoins industriels de main d'œuvre de l'époque. L'Administration (hôpitaux, Poste...) privilégiera les embauches d'antillais, car ils sont de nationalité française. Cependant, les emplois occupés par ces populations seront essentiellement des emplois subalternes (Filles de salle dans les hôpitaux, tri du courrier..). Les Africains sont plutôt des hommes seuls et, depuis 1974, restent en France pour de très longues périodes. Il vivent seuls, souvent dans les Foyers Sonacotra. Après 1981, et les positions gouvernementales sur le regroupement familial, les femmes et les enfants recréeront les cellules familiales traditionnelles. Par contre, les antillais viendront en France comme fonctionnaires directement avec leur famille, intégrant par la même les classes moyennes inférieures.

   Une troisième vague d'immigration interviendra avec les troubles politiques en Afrique et qui comprendra une certaine élite africaine.

   Être noir dans le monde du travail, c'est un handicap pour l'évolution des carrières ou pour l'obtention d'un logement locatif.

   Il n'existe pas de statistiques permettant d'évaluer quoique ce soit de la condition noire en France, de voir la pertinence de telle ou telle politique concernant ce sujet. Il faut imaginer le tollé si l'on établissait la moindre liste d'un groupe touchant à la race ou à la religion ! Il n'est toujours pas envisagé d'établir une liste, même anonyme.