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le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés, propose dans le cadre de son cycle de conférences "Où allons-nous ?" Pap N'Diaye
"La condition noire : réflexions sur une minorité française" Les recherches de Pap N'Diaye ont d'abord porté sur l'histoire du monde des affaires et l'histoire des techniques (Du Nylon et des Bombes, Belin, 2001)
"La condition noire : réflexions sur une minorité française" Depuis quelques années, il existe un décalage entre de nombreux actes à caractère raciste et le peu de travaux universitaires sur le sujet. Il ne s'agit pas uniquement des populations noires mais aussi des minorités et pas uniquement raciales. S'il existe de nombreux travaux sur des questions spécifiques (les tirailleurs sénégalais, les populations noires au XVIIIè, la traite des noirs...), ceux-ci sont quasiment inexistants sur l'ensemble de la population noire en France. Il faut savoir que cette population est passée de quelques milliers dans les années 50 à plusieurs millions actuellement. Il est légitime de se poser la question de savoir si cette population est homogène ; est-ce qu'elle a des points communs sans nier leur diversité ? Se considère-t-elle comme noire ? Les réponses pourraient paraître surprenantes : par exemple, les antillais ne se considèrent pas comme noirs ! Le plus petit dénominateur commun de ces populations est que ces personnes sont considérées par les autres comme noires. C'est bien le regard des autres qui défini ces personnes comme noires. C'est Ce regard que les français ont porté sur les populations noires a fait que des linguistes ont créé une langue française simplifiée pour communiquer avec ces personnes : c'est ce que l'on a appelé le petit nègre. Pour les sciences sociales américaines, il est plus juste de parler de minorité telle qu'une expérience sociale commune indifféremment de l'extrême diversité du groupe. Ces minorités montrent que leur particularité peut devenir un handicap. Si aux États-Unis, la communauté noire était assez homogène il y a quelques dizaines d'années, essentiellement liée aux descendants des anciens esclaves noirs venus d'Afrique, ce n'est plus vrai actuellement avec la venue des populations caribéennes d'une part et de nouvelles vagues d'immigrés venus d'Afrique d'autre part. Pourquoi n'y a-t-il pas eu beaucoup d'études générales universitaires sur les noirs en France alors qu'aux États-Unis ces études sont nombreuses ? En France, le fait de parler de noirs serait, d'une certaine manière, remettre en avant la notion de racisme, sujet tabou s'il en est. D'autre part, les sciences sociales se sont longtemps centrées sur la notion de classes sociales et des inégalités liées au système capitaliste oubliant les questions spécifiques d'autres groupes, d'autres minorités. C'est à partir du XVIIIè siècle que l'on repère des groupes significatifs de noirs, généralement amenés par leur maître depuis les Antilles vers la métropole en tant que domestiques. Or l'esclavage n'existait pas légalement sur le territoire métropolitain. Donc, un noir, dès son arrivée, réclamait et obtenait automatiquement son affranchissement ! Il n'y a jamais eu d'interdiction de mariage mixte, noir/blanc, en France, alors qu'aux États-Unis, dans de nombreux états, c'était courant. C'est avec la Première Guerre Mondiale et les tirailleurs sénégalais, que les noirs arrivent par milliers en France. Ils seront d'ailleurs mieux accueillis par la population française qu'ils ne l'avaient été par les administrateurs coloniaux en Afrique. Un grand nombre d'entre eux resteront en métropole. La deuxième vague d'immigration africaine viendra dans les années 60 pour satisfaire aux besoins industriels de main d'œuvre de l'époque. L'Administration (hôpitaux, Poste...) privilégiera les embauches d'antillais, car ils sont de nationalité française. Cependant, les emplois occupés par ces populations seront essentiellement des emplois subalternes (Filles de salle dans les hôpitaux, tri du courrier..). Les Africains sont plutôt des hommes seuls et, depuis 1974, restent en France pour de très longues périodes. Il vivent seuls, souvent dans les Foyers Sonacotra. Après 1981, et les positions gouvernementales sur le regroupement familial, les femmes et les enfants recréeront les cellules familiales traditionnelles. Par contre, les antillais viendront en France comme fonctionnaires directement avec leur famille, intégrant par la même les classes moyennes inférieures. Une troisième vague d'immigration interviendra avec les troubles politiques en Afrique et qui comprendra une certaine élite africaine. Être noir dans le monde du travail, c'est un handicap pour l'évolution des carrières ou pour l'obtention d'un logement locatif. Il n'existe pas de statistiques permettant d'évaluer quoique ce soit de la condition noire en France, de voir la pertinence de telle ou telle politique concernant ce sujet. Il faut imaginer le tollé si l'on établissait la moindre liste d'un groupe touchant à la race ou à la religion ! Il n'est toujours pas envisagé d'établir une liste, même anonyme.
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