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Dernière modif. : 10/05/2008

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Les Passeurs de Liberté"

Amiral Jean Moulin


Photo Librairie Gaïa

     Jean Moulin est un ancien de l'École Navale, il fait carrière dans la Marine Nationale. Il fut chef de la planification des opérations en Méditerranée, chef d'État-Major de la zone Méditerranée puis commanda l'ensemble de la Flotte Française.
    
 

a donné une conférence le 10 janvier 2006

Liberté sans frontières.

 

     A partir du moment où l'on agit, il faut comprendre quel est le cadre de cette action. Les engagements militaires ont changé de nature. Ils sont devenus humanitaires et sécuritaires. L'absence de débat, en France, sur les questions de défense est surprenant. Il n'y a pas, comme il y parait, un consensus mais plutôt une indifférence vis à vis de ces problèmes.

     Le gâchis vient essentiellement de la faillite des États européens après la colonisation, la première guerre mondiale, le nazisme et le bolchevisme, la deuxième guerre mondiale...

     Avec l'effondrement du Mur de Berlin, on a eu l'impression de sortir d'un cauchemar, en vain ! Le Rwanda, le Centrafrique, l'Irak, la Yougoslavie... Le 11 septembre a marqué la prise de conscience de l'inattendu. Aucune période n'a jamais été aussi dangereuse et aussi imprévisible que la notre.

     La mondialisation es un fait dont on doit prendre acte, bien qu'elle soit arrivée sans avertissement, bousculant tout, sans aucun contrôle, avec ses excès et comme le dit O. Paz, le saupoudrage dans le monde d'une démocratie Nescafé.

     Les peuples russes et arabes sont nostalgiques d'une grandeur passée alors qu'ils n'ont jamais connu d'expérience démocratique. L'éclatement des sociétés rurales avec le déferlement des ruraux vers les mégapoles alors qu'il est plus difficile de survivre en état de grande pauvreté en ville qu'à la campagne.

     Le commerce mondial croît plus vite que la richesse mondiale. La télévision apporte une connaissance déformée dans les coins les plus reculés de la planète, y compris les plus pauvres. Cela créé frustration, humiliation, impuissance... La trame du Monde se fait sans dessein et sans dessin ! Il n'existe pas plus de plan que de chef.

     Il n'existe plus de frontières naturelles mais plutôt des failles dans les structures de la société. La sécurité est un concept plus adapté que celui de défense. La vulnérabilité des pays modernes ne sont plus celle du sol, mais plus celle de l'économie et de leur stabilité interne. L'interdépendance des pays s'impose mais est très mal acceptée par certains. Malgré une tendance l'augmentation de la taille des grands blocs, il y a un accroissement sensible du nombre des pays par un morcellement des anciennes entités et un développement non négligeable des nationalismes. Le monde souffre de l'absence de grand leader.

    Il y a quatre interrogations fondatrices, car les réponses qui peuvent leur être données conditionnent l'avenir du Monde.

     1 - Existe-t-il une communauté internationale ?
          La multiplicité des instances internationales, nationales et régionales ne contrôlent en réalité pas grand chose. Rien n'est décidé en commun au niveau de la communauté mondiale. La suprématie des États-Unis est incontestable et sans équivalent dans l'histoire tant en qualité qu'en quantité. Il est certain que cette hégémonie, cette omnipotence, cet omniscience ne doivent être acceptées. Il y a, d'une certaine manière, un retour du tiers-monde par le refus d'une société influencée par les sociétés occidentales.

     2 - Peut-on réguler la mondialisation.
          La mondialisation n'est pas nouvelle. Déjà avec la Renaissance ou la Révolution Industrielle, le monde a déjà connu ces bouleversements comparables... Est-ce que les effets positifs compensent-ils les effets négatifs. Rien n'est moins sûr. La mondialisation s'applique de manière désordonnée. La régulation doit reposer sur des règles et leur respect. C'est la voie que tente de prendre l'Europe par opposition aux États-Unis.

     3 - Va-t-on vers un affrontement des civilisations.
         Les conflits entre conceptions du monde et civilisation sont plus réel que celles de la prééminence territoriale telle qu'on l'a connu jusqu'à présent. C'est d'autant plus vrai vis à vis de l'Islam, lié à une humiliation profonde qui est apparue avec l'effondrement de l'Empire ottoman. Il y a urgence à négocier et à relativiser leur malheur. Il faut prendre le problème à bras le corps.

     4 - Quid de l'Europe.
        Si l'Europe reste à 25 ou 30 nations, son déclin est inévitable sauf si l'on adjoint la Russie et l'Afrique du Nord. Les seuls pays qui ont une idée de l'Europe-Puissance sont la Grande-Bretagne et la France. Si ces deux pays en ont l'idée, le Royaume-Uni en a plutôt une vision américaine et la France une vision égocentrique. En tout cas la volonté de réaliser leur manque. 

     Le monde des décennies à venir dépendra des réponses qui seront données à ces questions.

     On peut être optimiste pour les deux premières questions L'émergence de grands pays non-alignés tels que l'Inde, le Brésil, l'Indonésie..., amèneront le changement. Les réactions de refus conduira à une forme de régulation de la mondialisation. En ce qui concerne le conflit des civilisations, on peut être pessimiste en raison du refus de la prise en compte du problème.