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le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés, propose dans le cadre de son cycle de conférences "Territoires ignorés 2008-2009" Jean-François Kahn et Jacques Généreux ont donné une conférence à la Fac de Droit de Toulon le samedi 13 décembre 2008 présentée par Jean-Claude Jaillette "La Grande Crise : pourquoi et comment s'en sortir ?"
Accueil * Bibliographie de Jean-François Kahn * Bibliographie de Jacques Généreux
CONFÉRENCE DU 13 DÉCEMBRE 2008 "La Grande Crise : pourquoi et comment s'en sortir ?"
J.C. Jaillette : La crise est sans précédent. Les banques, les assurances, les grandes compagnies ont de graves difficultés et appellent les États à leur secours. Cette crise fait immédiatement référence à la Grande Dépression de 1929 qui nous renvoie chômage et misère. En quoi cette grande crise est différente de la crise de 29 ? Est-elle directement économique ? Est-ce une crise financière ? J. Généreux : Cette
crise à de commun avec celle de 29 le rôle de la spéculation et l'euphorie
précédent ces événements, la formation de bulles qui éclatent par vagues
successives dans les années 80, 90 et 2000. Cela dit, l'analogie s'arrête là.
La grande différence est qu'il n'existe pas de contrôles financiers en 1929.
Les capitaux placés en Europe étaient rapatriés rapidement et massivement aux
États-Unis. La crise économique est très forte et très rapide. J.F. Kahn : Il est dangereux de dramatiser.
Cependant en 1929, Hoover disait que la croissance était au bout de la rue ! Si
le départ du processus est le même sans que l'on réagisse à temps,
l'effondrement des bourses est de même niveau. En 1929, il y avait une
apparante croissance et un relatif divorce entre économie réelle et économie
financière virtuelle. On peut néanmoins se demander pourquoi quand ce fossé
s'est creusé personne n'a rien fait. Le pouvoir d'achat stagnait depuis quinze
ans. La seule possibilité pour soutenir la consommation était de facilité
l'obtention de crédits. Or tout ceci est une création de monnaie pour partie
virtuelle. Un autre problème est que le capital est accumulé dans quelques
mains ce qui ne favorise pas la consommation. En effet, une seule personne ne
peut pas manger indéfiniment, ni se servir de nombreuses voitures à la fois...
Ce phénomène évident à pour conséquence que la consommation augmente moins
dans ce cas que si les richesses avaient été mieux distribuées dans un plus
grand nombre de consommateurs qui auraient dépensés au lieu d'épargner. J.C. Jaillette : Dans quelles racines cette crise puise-t-elle son origine ? J. Généreux :
Cette crise est stricto-sensu politique. A cause de cette inflation de titres et
de dettes, le marché monte de façon artificielle. Pour beaucoup de gens, on
pouvait acheter des titres et s'enrichir très rapidement grâce à la hausse
engendrée par la demande elle-même. Il suffisait d'emprunter pour acheter les
titres. On remboursait le prêt et on empochait le bénéfice. Sauf qu'il
s'agissait en réalité d'une hausse en complet décalage avec la véritable
valeur des entreprises. En cas de retournement du marché, inéluctable, c'est
le début de la catastrophe. C'est la manifestation de la crise. Dès les
années 80, on a remis en question le modèle de l'économie mis en place après
la guerre de 40 avec les accords de Bretton Woods. On est passé dans un
processus keynésien. Les gains de la croissance sont plus justement partagés.
Une grande part de cette croissance est plus justement partagée en allant à la
masse la plus importante de la population permettant une augmentation de la
consommation ainsi que de la production. On s'était engagé dans un climat
coopératif de l'économie. La liberté ne devrait existée que sur les
placements d'investissement et pas sur ceux à caractère spéculatif. J.F. Kahn : En 1929, la crise a traumatisé les gens. Le New Deal a remis en cause la théorie néo-libérale de l'économie. Or l'Union soviétique n'était pas touchée par la crise, l'Allemagne hitlérienne se redressait par ses investissements d'infrastructure et de dépenses militaires, le Japon y échappait par sa militarisation, La Suède était à part avec un capitalisme plus régulé. Les sociétés tendaient après-guerre vers la social démocratie où l'État interventionniste pouvait être planificateur, industriel... Paradoxalement, cette société était plus libérale qu'actuellement où les grandes entreprises peuvent prendre de telles parts de marché qu'on tend plus vers des oligopoles voire des quasi-monopoles. On peut citer Microsoft, certains groupes de grande distribution dans des régions entières, les opérateurs de téléphone... On a assisté ces dernières années à une politique de retrait de l'État dans sa fonction de régulateur et d'industriel avec la dérégulation financière et la radicalité de ses décisions. On a fabriqué un État à tout faire, un État providence, ce qui a contraint à un État coûteux, omniprésent alors qu'il aurait du, pour les libéraux être d'une très grande discrétion. Ce n'est pas le moindre des paradoxes. Jamais l'État n'avait dépensé autant d'argent pour sauver l'économie privée. Dorénavant on assiste autant les pauvres... que les riches ! S'il y a une leçon à tirer de cette crise, c'est qu'il faut se méfier des dogmes et de l'absurdité de la société que nous avons créée alors qu'il faut inventer autre chose. Il faut tout réinventer pour tout reconstruire. J.C. Jaillette : Qu'est-ce que cela veut dire réinventer une autre société ? J. Généreux : Il
faut tout repenser, mais on ne peut pas dire comment on repense tout. Comment
doit-on repenser la finance et le problème du développement et de la
croissance. Quand Jean-François Kahn dit que la période que nous venons de
traverser où il s'agit de changer de dogme en passant d'une pensée unique
obsolète à une autre pensée unique obsolète. Il faut effectivement sortir
des dogmes, mais ce n'est pas un pêché que d'avoir une théorie. J.F.
Kahn : Qui profite de la crise ? Certainement le pharmaciens qui vend des
anxiolitiques, mais surtout celui qui a les moyens de vivre et avec son épargne
acheter des actions au plus fort de la crise et attendre qu'elles remontent, ce
qu'elles ne manqueront pas de faire. Celui là s'enrichit ! | ||||||||||