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Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 13/05/2011

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Territoires ignorés 2008-2009"

Jean-François Kahn et Jacques Généreux

ont donné une conférence à la Fac de Droit de Toulon le samedi 13 décembre 2008

présentée par Jean-Claude Jaillette

"La Grande Crise : pourquoi et comment s'en sortir ?"

Jacques Généreux

Jean-Claude Jaillette

      Jean-François Kahn

 

Résumé de la conférence

Accueil    *    Bibliographie de Jean-François Kahn   *   Bibliographie de Jacques Généreux

 

 

Quelques ouvrages à paraître en janvier et février 2009

  • Jean-Marc Puel : "Les fonds d'investissement souverains"  Autrement

  • Henri Bourguinat, Éric Briys : "L'arrogance de la finance" La Découverte

  • Marc Touati : "L'économie sans tabous"  Dunod

  • Emmanuelle Tran Thanh Tam et Denis Boulard  : "Mon entreprise face à la crise" Editea

  • Ignacio Ramonet : "La crise du siècle"  Galilée

  • Michel Aglietta et Antoine Rébérioux : "Crise et rénovation de la finance" Odile Jacob

  • Axel de Tarlé : "Petit manuel éconoclaste pour comprendre et survivre à la crise" Jean-Claude Lattès

  • Gordon Thomas : "Wall Street : dans les coulisses du krach de 1929"  Nouveau Monde

  • Bertrand Jaquillat et Vivien Lévy-Garboua :"Les 100 mots de la crise financière internationale" Que Sais-je ?

  • Vanessa Dagand : "Le scandale des banques" Timée

  • Christian Laval et Pierre Dardot : "La nouvelle raison du monde"  La Découverte

  • Bruno Frère : "Le nouvel esprit solidaire" Desclée de Brouwer

  • Édouard Husson et Norman Palma : "Après le désastre monétaire"  F.X. de Guibert

  • Mathieu Laine : "Post politique" J.C. Lattès

  • Jean-Paul Betbèze : "Crise : une chance pour la France ?"  PUF

  • Catherine Lubochinsky : "Les marchés financiers dans la tourmente : le défi du long terme"  PUF

  • Jean-Marie Messier : "Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête"   Seuil

  • Pierre Leconte : "Le retour de la grande inflation : comment vous en protéger" J.C. Godefroy

  • Olivier de Ducla : "Au cœur du krach 2009-2010 : vous pouvez sauver votre patrimoine" J.C. Godefroy

  • Benoît Cougnaud et Bernard Gourion : "La finance face à ses démons : pour un traitement durable de la crise"  Village Mondial

  • Yvon Quiniou : "Marx" Le Cavalier Bleu

  • Karl Marx : "La crise du capitalisme : chapitre inédit du Capital"  Demopolis

  • Karl Marx : "Marx, le capital et sa crise" Éditions Sociales

  • Denis Collin : "Le cauchemar de Marx"  Max Milo

 

 

 

CONFÉRENCE DU 13 DÉCEMBRE 2008

"La Grande Crise : pourquoi et comment s'en sortir ?"

 

   J.C. Jaillette : La crise est sans précédent. Les banques, les assurances, les grandes compagnies ont de graves difficultés et appellent les États à leur secours. Cette crise fait immédiatement référence à la Grande Dépression de 1929 qui nous renvoie chômage et misère. En quoi cette grande crise est différente de la crise de 29 ? Est-elle directement économique ? Est-ce une crise financière ?

   J. Généreux : Cette crise à de commun avec celle de 29 le rôle de la spéculation et l'euphorie précédent ces événements, la formation de bulles qui éclatent par vagues successives dans les années 80, 90 et 2000. Cela dit, l'analogie s'arrête là. La grande différence est qu'il n'existe pas de contrôles financiers en 1929. Les capitaux placés en Europe étaient rapatriés rapidement et massivement aux États-Unis. La crise économique est très forte et très rapide.
   Actuellement l'ampleur de la baisse de l'activité économique est de 2 % alors qu'elle était à l'époque de 20 à 30 %. On pourrait dire c'est moins grave, mais rien n'est moins sûr. A la différence de 1929, la planète est économique et financière et beaucoup plus interdépendante.
   La masse douteuse accumulée est considérable et est à calculer en milliers de milliards de dollars et il n'y a pas de certitude sur les montants qui pourraient être beaucoup plus élévés. En 1930 les données étaient beaucoup plus lisibles : il ne s'agissait que d'actions et d'obligations alors qu'aujoud'hui les produits financiers sont tellement complexes que personne, même les spécialistes, sont incapables d'appréhender le phénomène. De nombreuses créances douteuses ont été titrisées et mélangées avec d'autres produits et revendues ainsi à de nombreuses institutions financières. Ces titres "pourris" ont été diffusés et personne ne sait réellement qui et combien les détient mais tous veulent s'en débarrasser tel un mistigri.
   On est capable actuellement de tenir le système, mais rien ne peut assurer que cela puisse durer. Un scénario style catastrophe n'est pas à exclure si on n'a pas une action véritablement coordonnées de l'ensemble des États.

J.F. Kahn : Il est dangereux de dramatiser. Cependant en 1929, Hoover disait que la croissance était au bout de la rue ! Si le départ du processus est le même sans que l'on réagisse à temps, l'effondrement des bourses est de même niveau. En 1929, il y avait une apparante croissance et un relatif divorce entre économie réelle et économie financière virtuelle. On peut néanmoins se demander pourquoi quand ce fossé s'est creusé personne n'a rien fait. Le pouvoir d'achat stagnait depuis quinze ans. La seule possibilité pour soutenir la consommation était de facilité l'obtention de crédits. Or tout ceci est une création de monnaie pour partie virtuelle. Un autre problème est que le capital est accumulé dans quelques mains ce qui ne favorise pas la consommation. En effet, une seule personne ne peut pas manger indéfiniment, ni se servir de nombreuses voitures à la fois... Ce phénomène évident à pour conséquence que la consommation augmente moins dans ce cas que si les richesses avaient été mieux distribuées dans un plus grand nombre de consommateurs qui auraient dépensés au lieu d'épargner.
   Les libéraux américains les plus dogmatiques ont accaparé les mesures d'aide de l'État à l'économie. Ce n'était pas le cas en 1929. En effet il aura fallu attendre 1939 et le New Deal de Roosevelt pour une intervention de type keynesien. Le monde entier est entrain de creuser les déficits et d'augmenter les dettes de façon considérable, à tel point que les États ont du mal à placer leurs emprunts. Le risque est de voir l'inflation repartir.

J.C. Jaillette : Dans quelles racines cette crise puise-t-elle son origine ?

J. Généreux : Cette crise est stricto-sensu politique. A cause de cette inflation de titres et de dettes, le marché monte de façon artificielle. Pour beaucoup de gens, on pouvait acheter des titres et s'enrichir très rapidement grâce à la hausse engendrée par la demande elle-même. Il suffisait d'emprunter pour acheter les titres. On remboursait le prêt et on empochait le bénéfice. Sauf qu'il s'agissait en réalité d'une hausse en complet décalage avec la véritable valeur des entreprises. En cas de retournement du marché, inéluctable, c'est le début de la catastrophe. C'est la manifestation de la crise. Dès les années 80, on a remis en question le modèle de l'économie mis en place après la guerre de 40 avec les accords de Bretton Woods. On est passé dans un processus keynésien. Les gains de la croissance sont plus justement partagés. Une grande part de cette croissance est plus justement partagée en allant à la masse la plus importante de la population permettant une augmentation de la consommation ainsi que de la production. On s'était engagé dans un climat coopératif de l'économie. La liberté ne devrait existée que sur les placements d'investissement et pas sur ceux à caractère spéculatif.
   On commence à douter des États pléthoriques dans les années 60. Le système soviétique est entrain de s'effondrer et fait de moins en moins peur à l'Occident jusqu'au point où il va s'écrouler dans les années 80. On va alors tourner le dos au consensus et redonner le pouvoir aux détenteurs de capitaux en dérégulant la finance comme l'ont fait Reagan aux États-Unis, Thatcher en Grande-Bretagne et Mitterrand en France. Le résultat a été que le pouvoir économique a été transféré du pouvoir politique aux détenteurs de capitaux. Ces derniers étaient satisfaits d'un rendement de 3 ou 4 % ce qui laissait suffisamment d'argent pour les investissements et les salaires, et donc pour une croissance de la consommation et de la production. Or, avec la hausse de la rémunération du capital, on fait des coupes sombres dans les effectifs. Les taux de prélèvement des impôts augmentent sauf pour la fiscalité sur le capital à cause de la concurrence entre les pays afin d'attirer les capitaux. L'État à donc favorisé le libre-échange au profit des grandes sociétés et aux détenteurs de capitaux. Ces éléments sont les fondamentaux des crises économiques à répétition que nous avons connues depuis quelques années. La solution sera l'explosion du crédit à la consommation comme pour ce qui s'est passé aux États-Unis ou par l'augmentation de la dette publique pour réduire le phénomène.

J.F. Kahn : En 1929, la crise a traumatisé les gens. Le New Deal a remis en cause la théorie néo-libérale de l'économie. Or l'Union soviétique n'était pas touchée par la crise,  l'Allemagne hitlérienne se redressait par ses investissements d'infrastructure et de dépenses militaires, le Japon y échappait par sa militarisation, La Suède était à part avec un capitalisme plus régulé. Les sociétés tendaient après-guerre vers la social démocratie où l'État interventionniste pouvait être planificateur, industriel... Paradoxalement, cette société était plus libérale qu'actuellement où les grandes entreprises peuvent prendre de telles parts de marché qu'on tend plus vers des oligopoles voire des quasi-monopoles. On peut citer Microsoft, certains groupes de grande distribution dans des régions entières, les opérateurs de téléphone... On a assisté ces dernières années à une politique de retrait de l'État dans sa fonction de régulateur et d'industriel avec la dérégulation financière et la radicalité de ses décisions. On a fabriqué un État à tout faire, un État providence, ce qui a contraint à un État coûteux, omniprésent alors qu'il aurait du, pour les libéraux être d'une très grande discrétion. Ce n'est pas le moindre des paradoxes. Jamais l'État n'avait dépensé autant d'argent pour sauver l'économie privée. Dorénavant on assiste autant les pauvres... que les riches ! S'il y a une leçon à tirer de cette crise, c'est qu'il faut se méfier des dogmes et de l'absurdité de la société que nous avons créée alors qu'il faut inventer autre chose. Il faut tout réinventer pour tout reconstruire.

J.C. Jaillette : Qu'est-ce que cela veut dire réinventer une autre société ?

J. Généreux : Il faut tout repenser, mais on ne peut pas dire comment on repense tout. Comment doit-on repenser la finance et le problème du développement et de la croissance. Quand Jean-François Kahn dit que la période que nous venons de traverser où il s'agit de changer de dogme en passant d'une pensée unique obsolète à une autre pensée unique obsolète. Il faut effectivement sortir des dogmes, mais ce n'est pas un pêché que d'avoir une théorie.
   Il n'y a pas de politiques qui marchent ou des politiques qui ne marchent pas : ce qu'il faut montrer c'est qu'il existe une politique de droite et une politique de gauche. Il faut sortir des théories fausses pour applique une théorie vraie. La théorie du relativisme est une erreur car il faut des points fixes à partir desquels on peut se raccrocher. Il faut imposer une loi commune de la société, une doctrine juste. L'État a toujours, et sera toujours au centre de nos sociétés. Mais que fait l'État ? Or cet État sert plus des intérêts privés que des intérêts généraux.

J.F. Kahn : Qui profite de la crise ? Certainement le pharmaciens qui vend des anxiolitiques, mais surtout celui qui a les moyens de vivre et avec son épargne acheter des actions au plus fort de la crise et attendre qu'elles remontent, ce qu'elles ne manqueront pas de faire. Celui là s'enrichit !
 Toute théorie est utile, mais quand elle devient un dogme elle devient inutile.