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Copyright 2000-2011
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 13/05/2011

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Les passeurs de liberté"

Alexandre Jollien Boris Cyrulnik

Photo Librairie Gaïa

Photo Librairie Gaïa

 

ont donné une conférence à la Fac de Droit le 10 octobre 2006  :

PRISONNIER DE SON IMAGE

Alexandre Jollien

     Né en Valais (Suisse) en 1975, Alexandre Jollien, handicapé de naissance, étudie actuellement la philosophie à l'université de Fribourg. Après un séjour de plus de dix-sept ans dans une institution spécialisée pour personnes handicapées moteur cérébral, il a étudié dans une école de commerce. Il s'est tourné ensuite vers la philosophie. Aujourd'hui, il donne des conférences centrées sur le thème de la différence et de la communication. 

    Ce soir, Il a véritablement donné une leçon de vie à l'ensemble de l'auditoire. Charme, humour et intelligence ont montré que malgré ses handicaps physiques, Alexandre Jollien était dix mille fois capable de faire une conférence passionnante, et n'avait objectivement pas la capacité à fabriquer des boites en carton dans une institution spécialisée pour handicapés.

 

Conférence

Bibliographie

"La construction de soi"   Seuil

   « Je resterai fragile toute ma vie... et alors, où est le problème ?! ». A travers ses livres, ses conférences, ses nombreux articles et ses interviews, Alexandre Jollien évoque sa fragilité. Jamais pour s'en plaindre mais toujours pour exprimer sa solidarité avec la souffrances et la vulnérabilité de chacun. Avec intelligence, générosité, humour et tendresse, ce jeune homme solaire s'appuie sur ses expériences personnelles et convoque ses amis philosophes ou écrivains pour nous aider à mieux accepter notre condition humaine et nous guider dans l'éveille à la joie. Socrate, Nietzche, Spinoza et Rabelais, notamment, accompagnent Alexandre Jollien dans son quotidien.

   Marié, père de deux enfants, reconnu et admiré, Alexandre Jollien s'apprête à publier aujourd'hui un troisième ouvrage, « La construction de soi » qu'il voulait initialement intituler « Manuel d'après-guerre ». En effet, après s'être construit toute sa vie contre quelque chose, Alexandre Jollien doit désormais se délester de sa peau de guerrier. « Je me débrouillais mieux dans la souffrance » confie-t-il à Raphaëlle Aellig. « Mais comment vivre en paix ? ». 

Texte: Carine Sechaud, attachée de presse

 

"Le métier d'homme"    Éditions du Seuil

" Je suis un anormal. On l'a dit, assez. Je l'ai senti. Les mouvements des yeux qui passent à l'examen chaque parcelle de mon être me l'apprennent : tel regard fixe le mien puis descend, là précisément où se trouve la preuve qu'il recherche : "il est handicapé". Parcours des yeux, quête insistante du talon d'Achille, de la faiblesse. Ce que la plupart des gens perçoivent, c'est l'étrangeté des gestes, la lenteur des paroles, la démarche qui dérange. Ce qui se cache derrière, ils le méconnaissent. Spasmes, rictus, pertes d'équilibre, ils se retranchent derrière un jugement net et tranchant, sans appel : voici un débile. Difficile de changer cette première impression, douloureux de s'y voir réduit sans pouvoir s'expliquer. " A. J.

 

"Éloge de la faiblesse"  Éditions du Cerf

" Le livre d'Alexandre Jollien m'est infiniment précieux parce qu'il apporte un témoignage vivant, sincère et authentique de cette conviction ancienne (puisqu'aristotélicienne) mais toujours menacée que l'homme est capable d'être, que l'homme est l'ami de l'homme. " Ruedi Imbach.

 

CONFÉRENCE

Prisonnier de son image

   Alexandre Jollien a voulu parler du bonheur. Prisonnier de son image, tel était le sujet de la conférence, ou prisonnier de son malheur ? On peut être très doué pour la souffrance et être incapable d'accueillir le bonheur. 
   Il était plus difficile d'accepter la naissance de sa fille en bonne santé que son handicap ! Pour sortir de l'image, la difficulté est d'être regardé comme un philosophe et pas comme l'handicapé de service.. On fait beaucoup de ravages en fabricant le bonheur sans ombre. Quand on est dans la souffrance, on a toujours l'espoir d'un meilleur lendemain. Toute la philosophie d'Alexandre Jollien est une philosophie de l'acceptation.
   La joie est liée au sentiment d'existence ce qui est incompatible avec la joie elle-même. La difficulté n'est pas la souffrance mais le désespoir. L'épreuve du quotidien, c'est la difficulté de mettre en pratique ces convictions. C'est un effort permanent. Un philosophe ne doit pas avoir accès à la révolte.  Se libérer de ses bagages, comme un voyageur sans bagage, c'est se libérer de la foule de personnages qui coexistent en nous. C'est une des voies de l'acceptation de soi. Ce qui ne manque pas en soi manque cruellement par comparaison aux autres.
   La résignation s'est installée dans cet état, l'acceptation c'est de voir cet état, c'est ce qui fait progresser. 
   Dans le malheur, il faut se voir de l'extérieur. Descendre en soi-même et voir toutes les demandes qui se sont accumulées. En voulant combler ce que l'on n'a pas eu dans son enfance, essentiellement l'affection, on passe souvent à coté de son quotidien. La joie procède surtout de la réception de ce que l'on vous donne. L'acceptation, c'est vivre pleinement , joie comme souffrance. Il faut se rendre disponible à l'autre.

   Boris Cyrulnik indiquait que pour avoir de la chance, il fallait avoir le talent de la provoquer. Ce à quoi Alexandre Jollien a répondu avec beaucoup d'humour, que le survivant unique du crash d'un avion, n'avait provoqué grand chose, pas plus le crash lui-même que sa survie miraculeuse ! Boris Cyrulnik a rappelé que le droit au bonheur est une notion relativement récente due à Saint-Just pendant la Révolution. Avant en effet on vivait dans la "vallée des larmes", entre deux paradis : le paradis perdu d'Adam et Ève, et le paradis promis souvent lié à l'acceptation de la souffrance.
   Alexandre Jollien affirmait que l'on ne peut pas profiter d'un bien dont on craint la disparition.

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