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le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés, propose dans le cadre de son cycle de conférences
François Héran
Démographe,
Normalien, Agrégé de philosophie, Directeur de l’Institut national d’études démographiques
(INED). L'immigration
L'immigration L'immigration est un sujet délicat et sensible. Les démographes ne sont pas forcément impartiaux. La démarche n'est pas celle d'un technicien. François Héran essaie d'encadrer les données dans une fourchette très large. La méthode consiste à faire des comparaisons tant dans le temps que dans l'espace. Le débat est souvent franco-français. Les politiques sont souvent amnésiques et oublient l'histoire... A-t-on une bonne perception de l'immigration dans la société ? Chacun des pays européens est convaincu qu'il accueille plus d'étrangers que les autres pays européens. Les français pensent que 30 % de la population est immigrée, alors que l'Insee affirme que cette proportion ne dépasse pas 10 % de la population. La France est celui des pays où l'estimation est la plus surévaluée ! D'où vient un tel décalage ? La France a en propre que l'immigration a commencé avant tout le monde. Les autres pays européens ont émigré essentiellement vers le nouveau monde. La France n'a pratiquement jamais cessé de recevoir des immigrés sauf pendant les années 30 (une période pendant laquelle le solde naturel démographique était négatif, plus de décès que de naissance). Les grands mouvements migratoires sont liés à un accroissement de la population. La deuxième période tourne autour de 1974 où il y a une interdiction d'immigration pour les travailleurs. Dès 1975, l'immigration reprend avec le regroupement familial. Il faut savoir quel est le solde migratoire par rapport à la population en le rapprochant son accroissement naturel (les naissances par rapport aux décès). L'importance du solde migratoire est calculé par rapport au solde naturel (très précis car il n'y a ni naissance, ni décès clandestins). Si l'on peut envisager d'évaluer le nombre d'entrées d'immigrés (Permis de séjour, scolarisations, aides sociales, soins...), il est par contre beaucoup plus difficile de connaître les sorties des immigrés (Ils ne déclarent bien évidemment pas leur sortie). La France n'a pas de registres de la population comme il en existe dans de nombreux pays qui ont un tel système centralisé. Seuls, la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis ne possèdent pas de tels registres. Le problème en France est de différencier les entrées liées aux étrangers qui ne font que traverser le pays ou qui y séjournent comme touristes, de ceux qui viennent s'y installer. Ces derniers sont 400 fois moins nombreux. La barrière pour les démographes qui séparent les véritables émigrants des touristes ou de ceux de passage est d'un an. Ce délai existe par soucis de simplification, les calculs démographiques sont comptabilisés par année. Par contre, le Ministère de l'Intérieur a fixé une limite à 3 mois. C'est l'une des différences d'appréciation des chiffres gouvernementaux et de ceux de l'INSEE. Actuellement le solde migratoire est d'environ 100000 habitants supplémentaires par an. Ce solde peut être considéré comme très faible. Il n'y a que 4 % des français diplômés qui vivent à l'étranger alors que ce taux passe à 12 % en Grande Bretagne. Le solde migratoire en France est de 1 pour mille alors qu'il est de 15 pour mille en Espagne, à 10 pour mille en Italie, de 4 pour mille en Grande Bretagne et à 10 pour mille pendant les années 90. Il y a des concentrations géographiques très différentes selon les régions françaises (faible en Bretagne, forte dans le sud de la France°. 40 % des immigrés sont de nationalité française. Il y a une naissance sur huit qui est d'origine migratoire. Il y a en France 300000 naissances de plus que de décès, ce qui est considérable. Seul un tiers de la croissance de la population est lié à l'immigration. Ce qui caractérise notre pays, c'est une immigration lente et longue qui peut à terme modifier la composition de la population. Un quart de la population a un parent né à l'étranger. Nous avons beaucoup plus de personnes de deuxième et de troisième génération originaire de l'étranger. Les projections sur la mortalité sont relativement faciles à établir. Pour les naissances, on peut le faire sur 30 ans sans problème majeur. Par contre , les flux migratoires restent une inconnue. Cependant le nombre de décès va croissant (les baby-boomers vont mourir...) et les femmes qui sont en âge de procréer sont nombreuses. Cela complique les choses. A un moment donné le solde migratoire va augmenter naturellement car le solde naturel va baisser pour ces raisons démographiques. A cause de l'inertie de la pyramide des âges, la population continuera d'augmenter au moins jusqu'en 2030. Finalement le brassage de la population va continuer.
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