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Copyright 2000-2010
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 28/01/2010

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Territoires ignorés 2008-2009"

Dany-Robert Dufour

a donné une conférence mardi 7 avril 2009 à la Fac de Droit de Toulon

La crise et l'ampleur des dégâts

Résumé de la conférence

En collaboration : "Travail social et psychanalyse. Malaises dans le travail social : actes cliniques, institutionnels, politiques" Éd. Champ social

" Malaise dans le travail social.
" c'est évidemment un clin d'œil au grand texte de Freud Malaise clans la civilisation que nous ferions bien de relire par les temps qui courent. Quelle est la nature de ce malaise dont le père de la psychanalyse laisse à penser qu'il structure la nature même du lien social ? Qu'en est-il des formes que prend le malaise actuel, dans nos sociétés néolibérales ? Qu'en est-il plus spécifiquement de ceux, les travailleurs du social, qui prennent de plein fouet les mille et un avatars de ce malaise dans la rencontre des sujets qu'ils accompagnent ? Autant de questions que le 2e Congrès " Travail Social et Psychanalyse " organisé par Psychasoc en octobre 2007 est venu soulever.
Joseph ROUZEL, Directeur de Psychasoc.

 

"Le divin marché. La révolution culturelle libérale" Denoël

" Les vices privés font la fortune publique " : cette formule aujourd'hui banale scandalisa l'Europe des Lumières lorsqu'elle fut énoncée pour la première fois en 1704 par Bernard de Mandeville.
Pourtant. ce médecin, précurseur trop méconnu du libéralisme, ne faisait qu'énoncer la morale perverse qui, au-delà de l'Occident, régit aujourd'hui la planète. Elle est au cœur d'une nouvelle religion qui semble désormais régner sans partage, celle du marché : si les faiblesses individuelles contribuent aux richesses collectives, ne doit-on pas privilégier les intérêts égoïstes de chacun ? En philosophe, Dany-Robert Dufour poursuit dans cet ouvrage ses interrogations sur les évolutions radicales de notre société.
En présentant, en autant de chapitres. les " dix commandements " inquiétants qui résultent de la morale néolibérale aujourd'hui dominante. il analyse les ébranlements qu'elle provoque dans tous les domaines : le rapport de chacun à soi et à l'autre, à l'école. au politique, à l'économie et à l'entreprise, au savoir, à la langue, à la Loi, à l'art, à l'inconscient, etc. Et il démontre ainsi qu'une véritable révolution culturelle est en cours.
Qui nous mènera jusqu'où ?.

 

"On achève bien les hommes. De quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu"   Denoël

D'où vient cet extraordinaire besoin de croyance qu'on retrouve toujours et partout chez les hommes ? L'auteur s'interroge en examinant ces figures historiques du divin qui vont du Totem au Peuple et au Prolétariat en passant par la Physis des Grecs et bien sûr, le Dieu des monothéismes.
II trouve une raison dans le " réel " à cette propension irrésistible à s'aliéner à l'Autre. L'homme, en effet, est un être inachevé. De ce manque dans sa nature, évoqué par tant de penseurs de Platon à Lacan, la science apporte aujourd'hui la confirmation avec la théorie de la néoténie, qui montre que l'homme, à la naissance, est un prématuré.
 Voilà pourquoi, pour opérer sa subjectivation, il a besoin d'inventer des êtres surnaturels auxquels il veut croire comme s'ils existaient vraiment.
Mais que se passe-t-il quand, comme aujourd'hui, on assiste à la " mort de Dieu ", annoncée par Nietzsche il y a un siècle. L'être humain, s'il n'est plus aliéné à un Autre, est-il désormais condamné à la surenchère désespérée et désespérante des fondamentalismes, à la dépression face à un monde désymbolisé ou encore à la tentation de se recréer, mieux achevé, avec l'appui des technosciences ? Sommes-nous ainsi en marche, au milieu du chaos religieux et de la déprime galopante, vers une post-humanité ? L'espèce humaine est-elle même radicalement menacée ? Des questions cruciales qu'on ne saurait examiner sans parcourir des champs de connaissance très divers : l'anthropologie, l'histoire, la philosophie politique, mais aussi l'esthétique et la psychanalyse.

 

"L'art de réduire les têtes. Sur la nouvelle servitude de l'homme libéré à l'ère du capitalisme total"  Denoël

Après l'enfer du nazisme et la terreur du communisme, il est possible qu'une nouvelle catastrophe se profile à l'horizon.
Cette fois, c'est le néo-libéralisme qui veut fabriquer à son tour un " homme nouveau ". Tous les changements en cours, aussi bien dans l'économie marchande que dans l'économie politique, l'économie symbolique ou l'économie psychique, en témoignent. Le sujet critique de Kant et le sujet névrotique de Freud nous avaient fourni à eux deux la matrice du sujet de la modernité. La mort de ce sujet est déjà programmée par la grande mutation du capitalisme contemporain.
Déchu de sa faculté de jugement, poussé à jouir sans entrave, cessant de se référer à toute valeur absolue ou transcendantale, le nouvel " homme nouveau " est en train d'apparaître au fur et à mesure que l'on entre dans l'ère du " capitalisme total " sur la planète. C'est cette véritable mutation anthropologique, et les conséquences pour le moins problématiques sur la vie des hommes qu'elle implique, autrement dit ce que l'auteur appelle " l'art de réduire les têtes ", qu'analyse cet ouvrage.
L'auteur traite ainsi, en philosophe, des questions pratiques auxquelles sont confrontés aujourd'hui les sociologues, les psychanalystes ou les spécialistes de l'éducation. En s'interrogeant très concrètement sur l'avenir des jeunes générations aux prises avec de nouvelles façons de consommer, de s'informer, de s'éduquer, de travailler ou, plus généralement, de vivre avec les autres.

 

"Le bégaiement des maîtres. Lacan, Benveniste, Lévi-Strauss..."  Éd. Archanes de Recherche Psychanalytique

Ce livre entraîne le lecteur habitué des ouvrages de sciences humaines dans une aventure plutôt jubilante.
Tout d'abord, il va sans retenue fouiller là où cela fait mal en vue d'exhumer le point critique où les Maîtres de l'époque structuraliste (Lacan, Benveniste, Jakobson, Lévi-Strauss . ) se sont mis à bégayer. Ils n'auraient pas bégayé n'importe où, mais au moment exact de produire un savoir décisif sur la langue ! De là, aurait pu se monter une de ces rituelles entreprises d'extermination de " fausses " sciences.
Mais, loin de récuser ce point instable et de l'imputer à nos aînés comme une regrettable erreur théorique, ce livre en fait le point d'appui d'une facétieuse traversée diagonale des sciences humaines où l'on rencontre. le stade du miroir, les paradoxes de l'auto-référence, l'objet a, de la théologie négative, l'Unheimliche (" l'inquiétante étrangeté " de Freud), la logique illogique du mythe, la forme auto-subversive de la promesse, la figure de l'hystérologie et bien d'autres étrangetés.
Deux compères, Logos et Sogol, mènent la danse; l'un retient et logicise pendant que l'autre renverse les propositions et pousse au paradoxe. Et il apparaît, chemin faisant, que les sciences -humaines, là où elles se nouent entre inconscient, récit et énonciation, pourraient bien n'être concevables qu'autour de cette part mal dite, inéliminable grain de folie ou de sable qu'on ne cesse de vouloir rejeter.
Il s'agirait au bout du compte de figurer ce à quoi pourraient ressembler des sciences humaines prenant au sérieux la division du sujet.

 

"Lettre sur la nature humaine à l'usage des survivants"  Calmann-Lévy

Ce livre, d'une écriture jubilatoire, caustique, vive, est rédigé sous forme de lettres d'amour à une " belle amie ", un peu à la manière de certains petits traités du XVIIIe au ton voltairien.
Il traite de l'être humain en tant qu'espèce animale tout à fait particulière : elle naît inachevée. Et cet inachèvement est ce qui va lui permettre, paradoxalement, de dominer les autres espèces. Car, ayant à assurer les moyens de sa survie autrement que par la force, l'espèce humaine a inventé le savoir et l'amour en usant de ce langage dont elle fut seule à se rendre maître. Ces lettres, en reparcourant l'histoire humaine, nous interrogent sur les liens complexes et silencieux qui unissent l'homme et l'animal et proposent une nouvelle vision de notre rapport à la connaissance et à la jouissance.
Qu'en est-il aujourd'hui où, grâce aux technosciences, l'espèce humaine se dote de plus en plus de moyens pour sortir de son inachèvement ? Sommes-nous les derniers hommes?.

 

"Folie et démocratie. Essai sur la forme unaire"  Gallimard

Dieu est mort, le Roi est mort, le Peuple est mort, le Prolétariat est mort.
Nous les avons tués. Nous nous sommes libérés de la servitude volontaire que nous nous étions toujours imposée à l'égard de ces divinités avides. Mais nous nous retrouvons seuls avec nous-mêmes. Plus personne ne nous sauvera. Plus personne ne nous protégera de notre folie constitutrice. C'est la racine de cette folie que l'ouvrage s'attache à dégager. Elle réside dans les vertigineuses formes unaires qui nous permettent de parler et de penser, de dire je ou de nous situer dans l'espace et dans le temps.
Les Dieux et leurs succédanés prenaient sur eux la solution de ces illogismes qui nous fondent.
 Dans le monde de la démocratie de masse, nous les recevons de face, sans médiation et sans issue. A quel prix allons-nous payer l'incomparable liberté dont nous jouissons ?.

 

"Les instants décomposés"   Julliard

Histoire d'amour, thriller, récit fantastique, conte musical et intrigue technico-scientifique, les Instants décomposés sont aussi un roman philosophique qui nous conduit au coeur d'un nouveau malaise dans la civilisation.

 

"Les mystères de la trinité"  Gallimard

 

CONFÉRENCE

La crise et l'ampleur des dégâts

L'ultra-libéralisme fonctionne essentiellement à partir de deux idées :

  • L'individu cherche son intérêt personnel.
  • Le marché doit fournir tous les services marchands et tous les biens pouvant assouvir toutes les appétences de tous.

Ce principe égoïste est présenté comme une certitude depuis une trentaine d'années : les années Thatcher et Reagan. Ce récit dominant est rapporté, colporté par tous, dirigeants du monde, médias... Ainsi donc, si l'intérêt privé est suivi, c'est l'intérêt général qui est satisfait.

Or la crise actuelle démontre que l'égoïsme n'apporte pas forcément la richesse. Les vices privés ne peuvent favoriser le bien public comme on tente de nous le faire croire. Ces histoires que l'on tente de nous faire croire sont savamment orchestrées à telle point que leur système est appris par les étudiants en management et porte un nom : Le story telling management.

Dans la crise que nous traversons, les ardents défenseurs de ce libéralisme, après avoir porté aux nues les bénéfices du vice, ils jurent et promettent un avenir vertueux du système capitaliste. Le dogme de l'ultra-libéralisme est entrain de s'effondrer. Les plus grands défenseurs de ce système mangent leur chapeau ; après s'être félicités de la privatisation des bénéfices, ils demandent et obtiennent la nationalisation des pertes ! Voir à ce sujet les déclarations de Greensban, ex-directeur de la Fed (Banque Centrale américaine).

Est-ce que les délits que l'on reproche aux banques (abus de biens sociaux, prises illégales d'intérêts, corruption, délits d'initié...) sont-ils si différents de ceux de la Mafia ? Il n'y a pas si longtemps, Michel Rocard, alors qu'il n'avait plus aucune responsabilité politique, indiquait que les malversations des banques et de certaines grandes entreprises s'apparentaient, au vu des conséquences de leurs actions, à des crimes contre l'humanité.

Paradoxalement, l'invention du marché tel que nous le connaissons aujourd'hui trouve sa source chez les théologiens. Au XVIIè siècle, Mandeville (il a traduit en anglais les Fables de La Fontaine) explique, au détour d'une fable intitulée La fable des abeilles, que le vice créé la richesse. Dans une ruche où toutes les abeilles trichent, volent... leur société est globalement prospère. Un jour, l'une des abeilles ayant des remords sur sa conduite, décide et convainc ses congénères qu'elles doivent avoir une vie plus vertueuse. Malheureusement, à la suite de cette vie plus honnête, la ruche commence à dépérir. Cette fable prémisse des story telling sera le point de départ du libéralisme théorisé par Adam Smith. Puisque le marché auto-régulé fonctionne, il peut ainsi offrir la satisfaction des désirs à tous. Le fantasme est total, que l'on soit riche ou pauvre. Acheter le nouveau produit, le nouveau service permet d'atteindre le plaisir permanent, de satisfaire un désir toujours insassouvi.

L'intervention de l'État a pu, un temps, limiter l'égoïsme privé. La crise de 29 a pu se développé en raison de l'absence d'intervention de l'État américain.

Qui peut croire qu'aujourd'hui les capitaux miraculeusement trouvés vont pouvoir régler la crise ? Le capitalisme dérégulé n'a pas fait que mettre à mal le capitalisme. Les capitalistes ne vise plus des buts industriels mais essentiellement des buts financiers. L'affaiblissement du politique est la conséquence de ces puissances ainsi que l'abandon du pacte républicain.

Le formatage industriel de la libido et son additivité est en opposition totale avec l'esprit des Lumières qui devait mener l'être humain à l'autonomie intellectuelle.

Il faut en finir avec l'idée de la croyance divine du laisser-faire peut réguler une économie.

 

 

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