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Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 13/05/2011
| | Le CML (Collège
Méditerranéen des Libertés), vous propose dans le cadre de son cycle de
conférences

Jacques Donzelot

a donné une conférence le 27 novembre 2007 à la Fac de Droit de Toulon
"Les métamorphoses de la dignité dans la
nouvelles société libérale"
Résumé de la
conférence
Sociologue,
spécialiste de la ville contemporaine, Maître de Conférence à l'Université
de Paris X - Nanterre. Membre du Comité de Rédaction de la revue Esprit.
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"Quand la ville se défait. Quelle politique face à la crise
des banlieues" Seuil
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" Racaille ! " : un mot du
ministre de l'Intérieur, que pourtant les jeunes des banlieues s'appliquent par dérision
à eux-mêmes, a suffi pour provoquer trois semaines d'émeutes en novembre 2005.
Jacques Donzelot tente de comprendre comment on en est arrivé là. Il rappelle
comment les banlieues ont été conçues, dans les années 50, lorsqu'on a voulu
moderniser la société par l'urbain en construisant des grands ensembles offrant à
tous, de l'ouvrier à l'ingénieur, les mêmes conditions d'hygiène et de confort.
Comment ce rêve s'est effondré dans les années 70, quand ces " cités "
sont devenues synonymes d'une relégation des plus pauvres, le lieu qui symbolise la
" mondialisation par le bas ".
Comment la politique de la ville a ensuite échoué dans sa prétention à
transformer cette situation. Parce qu'elle s'est plus préoccupée de transformer
les lieux que d'accroître la " capacité de pouvoir " des gens dans leur
vie. Parce qu'elle s'emploie vainement à imposer une mixité sur place plutôt qu'à
faciliter la mobilité sociale de tous dans la ville. Parce qu'elle prend appui sur
le pouvoir des élus locaux plutôt que de travailler à créer une démocratie à
échelle de l'agglomération. |
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"La police des familles" Minuit
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La famille, agent naturel de reproduction
de l'ordre établi ? C'était sûrement le cas sous l'Ancien Régime quand le père
de famille recevait la garantie effective de son pouvoir par le souverain auquel il
assurait en retour l'obéissance de ses sujets.
Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, cet équilibre se défait. Quand la
richesse, donc la puissance, devient affaire de production et non plus de dépense,
de pillage, il faut économiser les corps et gérer les populations, donc intervenir
sur la famille. C'est le rôle de la police, entendu alors dans une acception
infiniment plus large que son actuelle version répressive : une science du bonheur
au service de la puissance nationale.
Au XIXe siècle, elle prendra les multiples visages de la philanthropie : le
paternalisme dans les entreprises, la moralisation par l'épargne, l'hygiénisation
par la médecine. Toutes pratiques qui confluent au début du XXe siècle dans la
fabrication du secteur dit social. Et, de ce social, la famille constitue l'épicentre.
D'un côté, elle est la cible des entreprises hygiénistes qui déstabilisent
l'autorité patriarcale pour pouvoir y perfuser les normes assurant conservation,
qualité et disponibilité sociale des individus.
D'un autre côté, elle est le point d'appui pour une moralisation des relations par
l'épargne, l'éducation et la sexualisation. |
On comprendra le succès de
la psychanalyse par sa capacité opérationnelle sur cette nouvelle disposition du
rapport famille-société. Sa pertinence aux yeux aussi bien des individus que des
familles et des institutions tiendra dans un discours permettant d'introduire un
principe de circularité entre l'ambition familiale et les exigences normatives des
appareils sociaux, donc une méthode qui permet à la fois de faire sortir
l'individu de la famille et de l'y renvoyer.
Entre le juridique et la norme, Freud établit un instrument de régulation
contemporain et homologue de celui de Keynes entre le " social " et l'économique. |
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Avec A. Wyvekens : "La magistrature sociale. Enquête sur les
politiques locales de sécurité" Doc. Française
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" Magistrature sociale " :
parler en ces termes de nos politiques locales de sécurité - groupes locaux de
traitement de la délinquance (GLTD), contrats locaux de sécurité - signifie les
analyser comme une façon de restaurer l'autorité (magistère) des institutions
pour que celles-ci puissent redevenir le vecteur d'un " lien social " qui
apparaît comme le fondement de la production de sécurité.
La notion s'est construite et précisée au fil de trois enquêtes de terrain dont
cet ouvrage reprend le cheminement. L'étude des GLTD du tribunal de Bobigny a mis
en évidence les ressorts d'un échange de ressources entre institutions répressives
et non répressives autour des questions de délinquance. L'enquête relative aux
contrats locaux de sécurité de la Seine-Saint-Denis a posé les bases de l'analyse
de l'objectif de " restauration du lien social " ou de " proximité
" comme enjeu de la question sécuritaire.
La comparaison avec le community policing de Chicago, ébauchée dans la deuxième
enquête, a été approfondie ensuite, montrant la limite de la démarche française
: là où les Américains mettent en œuvre le souci, qui leur est cher, de
mobiliser la population, le partenariat français demeure exclusivement
institutionnel et s'inscrit dans un rapport vertical par rapport aux habitants. |
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Avec C. Meyel et A. Wyvekens : "Faire société. La politique
de la ville aux États-Unis et en France" Seuil
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Aux yeux des Français, les Etats-Unis
sont souvent un parfait repoussoir en matière de politique sociale et urbaine.
Notre " politique de la ville " volontariste, qui a multiplié d'en haut
les lois obligeant à la mixité sociale, semble justement faite pour éviter les
" dérives à l'américaine " de nos cités. Or un regard attentif et une
enquête sérieuse démentent ces vues avantageuses. On découvre aux Etats-Unis une
vraie politique de la ville est à l'œuvre. Elle est plus incitative que
volontariste. Elle fait davantage confiance aux gens et, ce faisant, elle leur
apprend à se faire mutuellement confiance et à acquérir confiance en eux-mêmes.
Du coup, cette politique fait parfois voir les limites de la nôtre. Nous avons une
propension à traiter des lieux plutôt qu'à aider les gens à se remettre en
mouvement. Nous préférons restaurer la confiance envers les institutions plutôt
qu'entre les personnes. Ce n'est pas que les villes américaines et la politique qui
les anime soient le paradis, mais ce livre éclairant peut nous aider à sortir
d'une certaine suffisance, à voir les limites de nos politiques et à découvrir
comment " faire société ". |
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"L'invention du social. Essai sur le déclin des passions
politiques" Points Seuil |
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Comment,
pourquoi a-t-on inventé le social.
Pourquoi les démocraties dignes de ce nom ont-elles instauré partout la solidarité,
le rôle social de l'Etat ? Ce livre, déjà classique, répond à cette question.
Le social apparaît comme une invention nécessaire pour rendre gouvernable une société
qui a opté pour le régime démocratique. Toute son histoire se présente comme la
recherche d'une voie qui rejette autant la Révolution que la tradition autoritaire.
Les mécomptes du libéralisme autant que les illusions du socialisme. Contrairement
à l'opinion répandue, le social n'est pas ce qui divise la société : il
contribue au contraire, plus que tout, en tant que registre intermédiaire entre le
civil et le politique, à réduire les passions politiques dans les démocraties. |
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CONFÉRENCE DU 28 NOVEMBRE
2007 "Les métamorphoses de la dignité dans la
nouvelles société libérale" La dignité a à
voir avec l'État-providence qui est lui-même en crise. La dignité a été en 1948 dans
le cadre de la Déclaration des droits de l'Homme à l'ONU "Tous les hommes
sont libres et égaux en dignité et en droit". Cet ajout crée la capacité à être
libre et égaux en droit.
Pour des questions financières pures, cet État-Providence est remise en
question. Depuis 20 ans environ, il existe une inflexion des politiques vers une
activation des dépenses sociales : le chômeur est incité à chercher du travail au lieu
de toucher simplement des indemnités. On passe d'une sollicitude du coupable à une
sollicitude de la victime. Dans l'immobilier, on va passer vers la privatisation du
logement social. Il n'y a pas là qu'une question budgétaire.
Le mot de cohésion sociale va remplacer celui de progrès social. Il s'agit
de tenir plutôt que de progresser.
S'il y a altération de la dignité, il y a plus une cohérence dans la
transformation de la dignité. Peut-être peut on apercevoir ainsi les germes d'une néo-sociale-démocratie.
La doctrine du libéralisme a dominé jusqu'à Keyne. Le néo-libéralisme se développe
depuis les années 1980.
Comment est pensée la dignité dans le cadre de l'État-providence sur la
base de la critique de l'échange marchand pour le rééquilibrer par rapport à l'autre
car l'échange est par essence inégal. Les relations qui existent dans un contrat de
travail montrent un déséquilibre en faveur de l'employeur. Il s'agit de faire du social de compensation.
Se met en place le néo-libéralisme, en Allemagne dans les années 30
(École de Fribourg) ; comme le social de compensation assuré par l'État était infini
et il amenait donc l'effondrement de l'État.
Ce qui était important dans le libéralisme n'était pas ce que l'on en
avait retenu, c'était la concurrence. C'est bien à l'État de créer la concurrence. On
change ainsi complètement de rapport avec le social. Il faut lutter contre l'exclusion,
car les exclus ne sont pas dans la concurrence.
Dans le domaine de l'emploi, les politiques sociales ont tenté de mettre en
place des compensations à l'inégalité employeur/employés. On a créé ainsi des
statuts : substituts de salaires en cas de maladie, de chômage, préservant ainsi
la dignité du travailleur et lui épargnant le statut de mendiant : c'est une véritable tentative vers
l'émancipation des contraintes de l'économie.
Le droit pénal est lui-même une économie politique du crime. L'économie
politique du bien trouvant son équilibre avec l'économie politique du mal. Avec la
prison, un crime avait un prix en terme pénal. Classes laborieuses/Classes dangereuses :
il y a perfusion de l'une par l'autre.
La compensation devient la prévention du délit par un travail
socio-éducatif dans les milieux populaires.
Le logement social est la possibilité de donner aux gens pour qu'ils
puissent travailler et permettre de redonner une dignité à la vie familiale.
Progressivement, depuis une quinzaine d'années, on voit se développer un
social de compétition à la place du social de compensation. Dans ce social de
compétition, on fait jouer les motivations personnelles et l'on voit les barrières qui
séparent cette évolution. Cette idée est l'utilitarisme. Comment lutter contre la
dépendance de l'aide sociale facile.
Pour les anglo-saxons : "Work first" (travailler d'abord) est la
règle dans les Work center. Par exemple, l'employé de l'un de ces centres est payé quatre
fois plus s'il remet au travail un chômeur de longue durée, célibataire et atteint
d'une maladie chronique... que pour une personne qui viendrait de perdre son emploi.
Le problème de la société sont moins dans les inégalités que dans les
barrières qui empêchent sa progression. Ces barrières empêchent certains individus de
rentrer dans la compétitivité.
On prendra en compte que les aides qui permettent de lutter contre ces
barrières sociales. Il ne s'agit pas d'aider les gens qui sont dans la précarité, mais
de les aider pour leurs enfants. La dignité est dans l'accès au travail.
Les premières mesures aux États-Unis ont été faites aux mères de famille
pour qu'elle aient les moyens d'élever correctement leurs enfants. Aujourd'hui, la
tendance s'est inversée : la mère doit travailler pour devenir un modèle pour ses
enfants.
Dans toutes l'Europe, la tendance est à l'accès à la propriété et
résidualisation du logement social. Le système des subprimes américaines est
symptomatique de cette tendance.
La dignité c'est travailler pour acheter un logement. La dignité, c'est la
propriété !

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