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Copyright 2000-2010
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 11/07/2010
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le CML, le Collège
Méditerranéen des Libertés, propose dans le cadre de son cycle de
conférences
"Où allons-nous ?"
Rony Brauman

Photo Librairie Gaïa
Aux sources de l'humanitaire
moderne
Conférence du mardi 18 avril 2004
Rony Brauman, président
de Médecins sans frontières de 1982 à 1994 (MSF a été lauréat du prix
Nobel de la paix en 1999) est médecin, diplômé en médecine tropicale et épidémiologie,
il enseigne à l'université Paris-XII tout en poursuivant des missions avec Médecins
sans frontières.
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Antisémitisme : l'intolérable chantage |
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" Lorsque Sharon est
venu en France, je lui ai dit qu'il doit absolument mettre en place un
ministère de la Propagande, comme Goebbels. " La déclaration à un
grand quotidien israélien de Roger Cukierman en septembre 2001 fait froid
dans le dos. Ce livre est né de l'effroi devant le soutien croissant
apporté au gouvernement israélien par une partie de la communauté juive
et de ses représentants et par de nombreux intellectuels français, juifs
ou non. Effroi aussi devant l'utilisation de plus en plus systématique du
thème de la " nouvelle judéophobie ", pour disqualifier toute
critique de la politique militaire et coloniale menée par le gouvernement
d'Ariel Sharon. Effroi plus général enfin devant la voie suicidaire
empruntée par la société et les gouvernements israéliens et ses répercussions
sur une partie de la communauté juive de France. Aujourd'hui, les
militants de gauche, en particulier ceux qui militent pour une paix juste
au Proche-Orient, sont ainsi confrontés à une inacceptable logique du
soupçon et à un intolérable chantage à l'antisémitisme. C'est à
cette logique que certains d'entre eux ont souhaité répondre ici, en démontant
les mécanismes de ce chantage, en rappelant leurs engagements et leur
condamnation des actes antisémites commis en France, et en réaffirmant
leur droit à critiquer Israël. |
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Éloge de la désobéissance |
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Éloge de la désobéissance
est le compagnon d'un film intitulé Un spécialiste, drame judiciaire
dont Adolf Eichmann est le Personnage principal. Ce livre propose une réflexion
sur l'obéissance, les usages de là mémoire et l'image. Comment un homme
ordinaire est-il devenu le complice actif de la mise à mort de millions
de personnes ? En mettant au-dessus de tout les valeurs de l'obéissance
et du travail bien fait. Un spécialiste, film réalisé intégralement à
partir des archives vidéo du procès d'Eichmann, est une mise en scène
de la " banalité du mal ", inspirée du livre d'Hannah Arendt,
Eichmann à Jérusalem. Prolongeant cette réflexion, Eloge de la désobéissance
reprend les enjeux de débats contemporains : la soumission à l'autorité
comme instrument de la barbarie, les usages politiques de la mémoire, la
responsabilité morale des conseils juifs qui coopérèrent avec les
nazis. La furie hitlérienne ne renvoie pas seulement, en effet, à un épisode
singulier de l'histoire des malheurs d'un peuple à travers le cas
Eichmann, elle nous parle du présent et nous dévoile une dimension
terrifiante de la modernité. |
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Humanitaire, le dilemme |
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Fuir le sentimentalisme médiatique
et l'auto-célébration, redéfinir le statut de la victime, délimiter le
champ d'intervention de l'humanitaire, refuser la récupération politique
ou militaire. Mais savoir parler et penser en termes politiques. Dans
cette conversation, Rony Brauman, président de Médecins sans frontières
de 1982 à 1994, affronte les dilemmes de l'engagement humanitaire. C'est
pour fonder l'humanitaire de demain qu'il propose ici une véritable
morale de l'action. |
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Utopies sanitaires |
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Humanitaire ou non, la médecine
est d'abord la médecine. Elle soigne des hommes et non des statistiques.
A partir de récits d'expériences, d'enquêtes et d'études comparatives,
ce livre propose une réflexion sur la diversité et les enjeux des
pratiques médicales dans le monde. Opérer un blessé, réalimenter un
enfant mal nutri, traiter un malade atteint de paludisme ou de dysenterie,
mettre en place une campagne de vaccination sont autant de gestes qui
peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Seuls devraient
compter, dès lors, les connaissances et les moyens techniques nécessaires
pour améliorer leur efficacité. Pourtant, la pratique médicale
s'inscrit dans un cadre social et culturel, tout autant qu'en relation
avec des personnes particulières. C'est pourquoi elle se laisse rarement
réduire à une pure technique. Quelques-uns des Médecins sans frontières
ont voulu s'arrêter sur ce métier, la médecine, pour analyser certains
de ses présupposés, certaines de ses croyances et de ses méthodes, mais
aussi pour les aperçus qu'elle offre sur des injustices criantes de notre
monde. Loin d'un traité de médecine, il s'agit d'une réflexion critique
sur des pratiques et des choix qui se donnent trop souvent pour évidents. |
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Vers de nouvelles maladies |
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Le réveil aigu des
grandes peurs porte sur l'apparition de nouvelles maladies mais aussi sur
un retour d'épidémies que l'on croyait disparues. L'infection pour le
VIH a, certes, joué un rôle déterminant en étroite relation avec l'évolution
de la sexualité. Mais on sait que la maladie de Creuzfeld Jacob a joué
le rôle d'un autre signal - peut-être bien plus puissant dans
l'imaginaire collectif car touchant à la vie alimentaire. Et d'autres
maladies encore dont les agents sont divers - pollution de l'air et de
l'eau, intoxications par des substances entrant dans l'environnement immédiat,
etc. - permettent déjà de se poser de nouvelles questions cette fois
moins épidémiologiques ou médicales que sociologiques, philosophiques
ou anthropologiques. Les contributions ici réunies visent à apporter un
éclairage informé et réfléchie sur les conditions nouvelles selon
lesquelles se pense aujourd'hui la prévision " de nouvelles maladies
". |
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Conférence
Rony Brauman commence sa conférence en racontant l'anecdote d'un soldat
américain en Afghanistan qui faisait "chanter" les villageois en leur
promettant une aide financière et matérielle contre des informations sur
les talibans. Cet exemple montre l'ambiguïté et la perversité de ce type
d'échange. Déjà, dans les années 30 en plein crise économique, les
associations allemandes fournissaient aide et nourriture aux plus démunis à
condition qu'ils soient... aryens.
Au début de l'humanitaire, l'aide était apportée à qui avait besoin
d'aide... à condition que les personnes en ayant besoin soit du coté des
"sauveteurs". A partir de 1863, avec la Convention de Genève le
secours est donné à toutes les victimes. Pendant la bataille, un combattant
blessé n'est plus un combattant ! Cette convention, quand elle est respectée,
de conserver un îlot de droit qui doit exister quand seule la force existe.
Le CICR (Comité International de la Croix Rouge) a eu des faiblesses coupables
vis à vis du IIIè Reich. En 1938, la Croix Rouge allemande est très
influencée par le nazisme dont les dirigeants sont des SS nommés par le
Gouvernement nazi. C'est ainsi que la Croix Rouge a du intégrer
l'idéologie raciste. Le CICR (Qui est une fédération des Croix Rouge des
différents pays) n'a rien fait pour sanctionner, même symboliquement, la Croix
Rouge Allemande. Cela marquera le début de ses contorsions permanentes vis à
vis du IIIè Reich. Malgré tout, le CICR aura une action authentiquement
remarquable en sauvant des milliers de gens. Cet état ambiguë durera jusqu'à
la décolonisation. L'échec
de l'intervention de l'ONU au Katanga est un exemple des difficultés
rencontrées. Au Biafra, en pleine guerre du Vietnam, le rôle de la
communication fut une première en Afrique. Le chef du Biafra, complètement
isolé, sorti la "carte" du génocide en expliquant, que sa population
était entrain d'être massacrée, alors que c'était faux. Cela lui permit de
sauver la situation. Cela a été une véritable manipulation. Ce recours aux
médias mit en avant l'humanitaire par une instrumentalisation des victimes.
Quant au conflit du Pakistan Oriental, à l'occasion d'un cyclone qui a
dévasté le Bengladesh en 1970 (Ce pays se trouvant dans un vaste delta au
niveau de la mer, les inondations y sont fréquentes.) personne n'a répondu aux
appels à l'aide. Des émeutes d'une très grande violence ont éclaté et la
répression y fut sanglante avec un million de morts. Cela a déclenché une
réaction de l'Inde d'Indira Gandhi qui a inventé la guerre humanitaire en
chassant le gouvernement Pakistanais et fournissant l'aide nécessaire. C'est
sous le drapeau humanitaire que cette invasion a été accomplie en faisant
référence à Hitler et la libération des camps de concentration.
C'est dans les années 80 que l'humanitaire va véritablement prendre son essor
devant le recul des politiques. L'humanitaire se prête particulièrement à la
mise en images ; la télévision étant une caisse de résonance exceptionnelle.
A titre d'exemple, Médecin Sans Frontières c'est, en 1980, un salarié
employé à mi-temps ; 20 ans plus tard, MSF emploiera 100 permanents pour un
budget de 15 millions d'Euros dont seulement 15 % de subventions !
En Érythrée, le gouvernement, à l'idéologie stalinienne pure et dure, s'est
servi des ONG pour faciliter les déportations de populations en attirant ces
derniers vers des postes de secours. La prise de conscience de ces manipulations
n'a pas été évidente pour les ONG elles-même. Il s'est agit de
l'instrumentalisation d'un outil technique, l'humanitaire en l'occurrence, pour
permettre la continuation d'un projet criminelle à l'insu des organisations
humanitaires. Il faut lire à ce sujet le livre d'Hannah
Arendt sur le procès Eichmann. 
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