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Dernière modif. : 10/05/2008

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Où allons-nous ?"

Rony Brauman

©2004 Librairie Gaïa
Photo Librairie Gaïa

Aux sources de l'humanitaire moderne

Conférence du mardi 18 avril 2004 

Rony Brauman, président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994 (MSF a été lauréat du prix Nobel de la paix en 1999) est médecin, diplômé en médecine tropicale et épidémiologie, il enseigne à l'université Paris-XII tout en poursuivant des missions avec Médecins sans frontières.  

Antisémitisme : l'intolérable chantage

" Lorsque Sharon est venu en France, je lui ai dit qu'il doit absolument mettre en place un ministère de la Propagande, comme Goebbels. " La déclaration à un grand quotidien israélien de Roger Cukierman en septembre 2001 fait froid dans le dos. Ce livre est né de l'effroi devant le soutien croissant apporté au gouvernement israélien par une partie de la communauté juive et de ses représentants et par de nombreux intellectuels français, juifs ou non. Effroi aussi devant l'utilisation de plus en plus systématique du thème de la " nouvelle judéophobie ", pour disqualifier toute critique de la politique militaire et coloniale menée par le gouvernement d'Ariel Sharon. Effroi plus général enfin devant la voie suicidaire empruntée par la société et les gouvernements israéliens et ses répercussions sur une partie de la communauté juive de France. Aujourd'hui, les militants de gauche, en particulier ceux qui militent pour une paix juste au Proche-Orient, sont ainsi confrontés à une inacceptable logique du soupçon et à un intolérable chantage à l'antisémitisme. C'est à cette logique que certains d'entre eux ont souhaité répondre ici, en démontant les mécanismes de ce chantage, en rappelant leurs engagements et leur condamnation des actes antisémites commis en France, et en réaffirmant leur droit à critiquer Israël.

 

 

Éloge de la désobéissance

Éloge de la désobéissance est le compagnon d'un film intitulé Un spécialiste, drame judiciaire dont Adolf Eichmann est le Personnage principal. Ce livre propose une réflexion sur l'obéissance, les usages de là mémoire et l'image. Comment un homme ordinaire est-il devenu le complice actif de la mise à mort de millions de personnes ? En mettant au-dessus de tout les valeurs de l'obéissance et du travail bien fait. Un spécialiste, film réalisé intégralement à partir des archives vidéo du procès d'Eichmann, est une mise en scène de la " banalité du mal ", inspirée du livre d'Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Prolongeant cette réflexion, Eloge de la désobéissance reprend les enjeux de débats contemporains : la soumission à l'autorité comme instrument de la barbarie, les usages politiques de la mémoire, la responsabilité morale des conseils juifs qui coopérèrent avec les nazis. La furie hitlérienne ne renvoie pas seulement, en effet, à un épisode singulier de l'histoire des malheurs d'un peuple à travers le cas Eichmann, elle nous parle du présent et nous dévoile une dimension terrifiante de la modernité.

 

 

 

Humanitaire, le dilemme

Fuir le sentimentalisme médiatique et l'auto-célébration, redéfinir le statut de la victime, délimiter le champ d'intervention de l'humanitaire, refuser la récupération politique ou militaire. Mais savoir parler et penser en termes politiques. Dans cette conversation, Rony Brauman, président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994, affronte les dilemmes de l'engagement humanitaire. C'est pour fonder l'humanitaire de demain qu'il propose ici une véritable morale de l'action.

 

 

 

Utopies sanitaires

Humanitaire ou non, la médecine est d'abord la médecine. Elle soigne des hommes et non des statistiques. A partir de récits d'expériences, d'enquêtes et d'études comparatives, ce livre propose une réflexion sur la diversité et les enjeux des pratiques médicales dans le monde. Opérer un blessé, réalimenter un enfant mal nutri, traiter un malade atteint de paludisme ou de dysenterie, mettre en place une campagne de vaccination sont autant de gestes qui peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Seuls devraient compter, dès lors, les connaissances et les moyens techniques nécessaires pour améliorer leur efficacité. Pourtant, la pratique médicale s'inscrit dans un cadre social et culturel, tout autant qu'en relation avec des personnes particulières. C'est pourquoi elle se laisse rarement réduire à une pure technique. Quelques-uns des Médecins sans frontières ont voulu s'arrêter sur ce métier, la médecine, pour analyser certains de ses présupposés, certaines de ses croyances et de ses méthodes, mais aussi pour les aperçus qu'elle offre sur des injustices criantes de notre monde. Loin d'un traité de médecine, il s'agit d'une réflexion critique sur des pratiques et des choix qui se donnent trop souvent pour évidents.

 

 

 

Vers de nouvelles maladies

Le réveil aigu des grandes peurs porte sur l'apparition de nouvelles maladies mais aussi sur un retour d'épidémies que l'on croyait disparues. L'infection pour le VIH a, certes, joué un rôle déterminant en étroite relation avec l'évolution de la sexualité. Mais on sait que la maladie de Creuzfeld Jacob a joué le rôle d'un autre signal - peut-être bien plus puissant dans l'imaginaire collectif car touchant à la vie alimentaire. Et d'autres maladies encore dont les agents sont divers - pollution de l'air et de l'eau, intoxications par des substances entrant dans l'environnement immédiat, etc. - permettent déjà de se poser de nouvelles questions cette fois moins épidémiologiques ou médicales que sociologiques, philosophiques ou anthropologiques. Les contributions ici réunies visent à apporter un éclairage informé et réfléchie sur les conditions nouvelles selon lesquelles se pense aujourd'hui la prévision " de nouvelles maladies ".

 

 

 

 

 

Conférence

   Rony Brauman commence sa conférence en racontant l'anecdote d'un soldat américain en Afghanistan qui faisait "chanter" les villageois en leur promettant une aide financière  et matérielle contre des informations sur les talibans. Cet exemple montre l'ambiguïté et la perversité de ce type d'échange. Déjà, dans les années 30 en plein crise économique, les associations allemandes fournissaient aide et nourriture aux plus démunis à condition qu'ils soient... aryens.

   Au début de l'humanitaire, l'aide était apportée à qui avait besoin d'aide... à condition que les personnes en ayant besoin soit du coté des "sauveteurs". A partir de 1863, avec la Convention de Genève le secours est donné à toutes les victimes. Pendant la bataille, un combattant blessé n'est plus un combattant ! Cette convention, quand elle est respectée, de conserver un îlot de droit qui doit exister quand seule la force existe.

   Le CICR (Comité International de la Croix Rouge) a eu des faiblesses coupables vis à vis du IIIè Reich. En 1938, la Croix Rouge allemande est très influencée par le nazisme dont les dirigeants sont des SS nommés par le Gouvernement  nazi. C'est ainsi que la Croix Rouge a du intégrer l'idéologie raciste. Le CICR (Qui est une fédération des Croix Rouge des différents pays) n'a rien fait pour sanctionner, même symboliquement, la Croix Rouge Allemande. Cela marquera le début de ses contorsions permanentes vis à vis du IIIè Reich. Malgré tout, le CICR aura une action authentiquement remarquable en sauvant des milliers de gens. Cet état ambiguë durera jusqu'à la décolonisation.

   L'échec de l'intervention de l'ONU au Katanga est un exemple des difficultés rencontrées. Au Biafra, en pleine guerre du Vietnam, le rôle de la communication fut une première en Afrique. Le chef du Biafra, complètement isolé, sorti la "carte" du génocide en expliquant, que sa population était entrain d'être massacrée, alors que c'était faux. Cela lui permit de sauver la situation. Cela a été une véritable manipulation. Ce recours aux médias mit en avant l'humanitaire par une instrumentalisation des victimes.

   Quant au conflit du Pakistan Oriental, à l'occasion d'un cyclone qui a dévasté le Bengladesh en 1970 (Ce pays se trouvant dans un vaste delta au niveau de la mer, les inondations y sont fréquentes.) personne n'a répondu aux appels à l'aide. Des émeutes d'une très grande violence ont éclaté et la répression y fut sanglante avec un million de morts. Cela a déclenché une réaction de l'Inde d'Indira Gandhi qui a inventé la guerre humanitaire en chassant le gouvernement Pakistanais et fournissant l'aide nécessaire. C'est sous le drapeau humanitaire que cette invasion a été accomplie en faisant référence à Hitler et la libération des camps de concentration.

   C'est dans les années 80 que l'humanitaire va véritablement prendre son essor devant le recul des politiques. L'humanitaire se prête particulièrement à la mise en images ; la télévision étant une caisse de résonance exceptionnelle.

   A titre d'exemple, Médecin Sans Frontières c'est, en 1980, un salarié employé à mi-temps ; 20 ans plus tard, MSF emploiera 100 permanents pour un budget de 15 millions d'Euros dont seulement 15 % de subventions !

   En Érythrée, le gouvernement, à l'idéologie stalinienne pure et dure, s'est servi des ONG pour faciliter les déportations de populations en attirant ces derniers vers des postes de secours. La prise de conscience de ces manipulations n'a pas été évidente pour les ONG elles-même. Il s'est agit de l'instrumentalisation d'un outil technique, l'humanitaire en l'occurrence, pour permettre la continuation d'un projet criminelle à l'insu des organisations humanitaires. Il faut lire à ce sujet le livre d'Hannah Arendt sur le procès Eichmann.