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Copyright 2000-2010
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 11/07/2010

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences

"Les Passeurs de Liberté"

Souâd Belhaddad

©2004 Librairie Gaïa
Photo Librairie Gaïa

a donné une conférence le 7 février 2006 à  18H30 :

Algérie, le prix de l'oubli.

 

"Algérie. Le prix de l'oubli"  Flammarion

Après dix ans d'un conflit sanglant, les autorités algériennes veulent aujourd'hui tourner cette page d'Histoire : une loi d'amnistie générale vient donc d'être votée pour clore cette décennie de guerre, qui a débuté en 1992. La Charte pour la paix et la réconciliation nationale est l'aboutissement de la politique engagée par le président Bouteflika en 1997 : elle gracie définitivement les groupes armés islamistes ; elle reconnaît aussi, pour la première fois, la question des disparus, ces citoyens enlevés par les forces de sécurité, mais refuse cependant d'admettre la responsabilité de l'Etat. La population algérienne, prise en étau entre la violence intégriste et les abus de répression, a dû affronter, seule, assassinats, massacres, enlèvements, tortures, et lois du silence. Pourtant, désormais, victimes et assassins doivent à nouveau vivre côte à côte. Comme si rien ne s'était passé. Comment peut-on " pardonner " ? Peut-on " oublier " sans que rien de cette seconde guerre d'Algérie ne soit nommé ? Sans obtenir justice, vérité ? 
Ou, au contraire, comment ne pas oublier ? Comment entretenir la mémoire dans un pays qui exige de tourner la page ? Comment dire ? En écoutant des Algériens raconter ce pardon imposé, cet oubli contraint, Souâd Belhaddad remonte le fil de ces années de guerre. Forts, émouvants, les témoignages recueillis de ces victimes de la terreur rendent compte de l'isolement dans lequel elles ont vécu et de leur actuelle solitude face à l'exigence du pays " d'oublier " à tout prix. Transmettre leur parole, c'est donc essayer d'imprimer un bout d'histoire vivante, en temps réel. Et s'approprier une part de mémoire " de terrain " dont on ne sait pas ce qu'il restera, une fois l'amnistie entérinée.

 

Esther Mujawayo & Souâd Belhaddad : "Survivantes. Rwanda"  Aube

Si tu vis en étant morte en dedans, les tueurs ont encore gagné. C'est pour ça que j'ai décidé d'être vivante-vivante plutôt que survivante. Esther Mujawayo. " C'est un livre parlé. Une histoire contée à la première personne, à l'adresse d'une interlocutrice que l'on devine attentive, délicate. Un récit que l'on écoute d'un trait, parce qu'on ne peut plus quitter Esther, la narratrice. Est-ce dû à son ton ? Au tutoiement qu'elle utilise ? Aux confidences qu'elle livre ? A sa totale sincérité, qui se fiche du politiquement correct et la montre tour à tour désespérée, combative, révoltée, tourmentée, accusatrice, drôle, pleine de failles. " Anouk Saint-Péran, Côté femme. " Le livre d'Esther Mujawayo est une étape importante. Venant dix ans après 1994, il apporte une double réflexion, sur le génocide et sur le Rwanda actuel. Il exprime à la fois la combativité de la vivante et le désespoir de la survivante.
 Il parle de la destruction qui vient après le génocide - la destruction psychique, l'horizon de la déshérence, la folie de survivre. Esther Mujawayo ne fait pas de "littérature", mais elle réunit un témoignage et une méditation, comme l'a fait Primo Levi. " Catherine Coquio, in Le Monde. " Bouleversant et criant de vérité. " E Georges Guitton, Ouest France.

 

"Manu Chao et la Mano Negra"  Librio

Vivre, bouger, arpenter le Globe, une guitare en bandoulière, en citoyen du monde, des airs plein la tête, des sons plein le sac... Manu Chao est un drôle de phénomène et une rock-star pour le moins atypique... Né du rock indépendant français qui secoue la seconde partie des années 1980, Manu Chao devient rapidement, au sein de la Mano Negra, puis en solo, le symbole d'un rock hybride et métissé. Le porte-parole d'une jeunesse à la confluence de plusieurs cultures et une formidable bête de scène. La figure emblématique de toute une génération dans la majeure partie de l'Europe et dans toute l'Amérique du Sud, où la plupart de ses chansons sont aujourd'hui des hymnes. A partir d'une longue enquête journalistique et des témoignages de nombreux proches de Manu Chao, Souâd Belhaddad retrace la vie et la carrière de ce musicien globe-trotter unique en son genre.

 

"Entre-deux Je. Algérienne ? Française ? Comment choisir..." Mango

Je n'en peux plus de devancer les (mauvaises) blagues sur les Arabes par crainte de les entendre débitées devant moi, au lycée. Je n'en peux plus de dire que je ne fume pas, non, non, pas du tout à cause de ma culture mais parce que " vraiment, ça ne me dit rien du tout ". Ou de prétendre que je préfère l'amitié à l'amour " Parce que c'est plus sincère ". Tu parles. En plus, ce soir, presque suppliante, ma mère m'a dit : " Ecoute, ma fille, pas de Français, surtout pas de Français ". Je sais qu'elle veut dire seulement un musulman. Je n'en peux plus de porter deux mondes, la honte dedans, la frime dehors. D'aimer l'Algérie et la France à la fois, et me sentir de nulle part. Aujourd'hui, je me suis enfin saisie du droit de vivre. Mais une question persiste : en avais-je bien le droit ? Et si entre la génération de mes parents " là-bas " et la mienne, " ici " c'était allé trop vite ?...

 

CONFÉRENCE

L'ALGÉRIE, LE PRIX DE L'OUBLI

 
 Après 10 ans d'une guerre, sur laquelle on a beaucoup de mal à mettre un nom, qui s'est terminée par les élections de septembre qui ont blanchi, amnistié tout le monde. Les victimes seront indemnisées. Mais le pardon n'est pas demandé aux bourreaux mais il doit être un cadeau que les victimes doivent faire.

Photo Librairie Gaïa
Souâd Belhaddad a lu quelques extraits de son dernier livre, plus exactement des passages des témoignages, poignants, de quelques unes des victimes de cette guerre civile.

Fehret : 52 ans, sans emploi. Cet homme, très gravement blessé, on lui avait mis un pistolet dans la bouche... puis tiré ! Il a choisi de pardonner.

Fatima Zohra : Le fils de cette femme a disparu il y a plus de dix ans. Elle n'a plus de nouvelles depuis et attend un retour improbable. Un deuxième enfant a été enlevé par la Sécurité. Ces femmes ont pointé du doigt, tant les Islamistes que le Gouvernement.

Ali : Il rencontre par hasard son propre bourreau ! Ce dernier l'avait torturé et égorgé ses deux frères. Leur assassin a raconté à Ali les derniers moments des ses frères. Il est malgré tout devenu son ami... tant qu'il n'aura pas retrouvé les tombes de ses frères. 
Souâd Belhaddad est allée en Algérie pour écouter les témoignages de ces paysans qui ont traversé dans le désarroi et la solitude les deuils et le pardon. 
   Ces victimes ont toutes subies ces massacres sans comprendre pourquoi, mais comme disait Hannah Arendt, y a-t-il un pourquoi ?
   Pour clore un conflit, il faut une loi d'amnistie. Mais il faut préparer les victimes. 
   Comment vit-on après ? Comment peut-on cohabiter après ? Le temps de l'État (loi d'amnistie) est-il le même que celui de la victime ? Cette victime, noyau de la mémoire collective, vit comme une agression cette négation de son rôle de victime. Or la société a besoin de tourner la page, au moins provisoirement. La société algérienne a été gênée par l'existence même de la victime.
   Si les victimes se taisent, c'est pour mieux se reconstruire. 
   On avait proposé aux Islamistes de très fortes remises de peine contre leur reddition. Ceci a profondément choqué, mais a relativement bien fonctionné, y compris pour que les victimes ne se vengent pas.
   Cependant, si l'État a fait un véritable effort pour faire une place aux repentis. Par contre, rien n'a été fait pour les victimes ni pour leur vie communes avec leurs bourreaux.


Photo Librairie Gaïa

Le pardon a été décidé d'en haut, à tel point que l'on a inversé les rôles : les assassins n'ont pas eu a demander pardon. On ne demande pas pardon aux victimes, on leur demande leur pardon.
   Le Chef de l'État se pose en médiateur paternaliste qui demande aux victimes leur pardon. Jamais la victime ne pardonne, elle demande comment honorer leurs morts. 
   Sabrina, mère d'une victime, pardonne que si elle connaît la vérité. D'autres victimes demandent la pose de stèles, de plaques commémoratives permettant d'honorer cette mémoire. Cette mémoire inscrite permet d'éviter l'oubli, d'éviter la négation même du crime.
   Il n'existe pas en Algérie de personnalité suffisamment fédératives, comme il peut en exister en France comme Simone Weil ou Robert Badinter.