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Copyright 2000-2011
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 13/05/2011

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences


On ne badine pas avec l'avenir

Autour de Thierry Fabre

 Rédacteur en Chef de la revue : "La pensée de Midi"
    
 

 
Nil Deniz
 
Karin Karakasli
 
Atlan Gökalp
 
Attila Yücel

Pelin Dervis

ont donné une conférence le 7 décembre 2009 
à la Faculté de Droit de Toulon - Amphi 500.1

Istanbul : ville monde

 Résumé de la conférence

Nil Deniz, après avoir fait des études d'Islamwissenschaft (Sciences de l'Islam),  a travaillé à l'Institut d'Orient de Hambourg. Elle a par la suite développé des projets d'échanges culturels entre le monde arabe, la France et l'Allemagne dans le domaine du théâtre, de la danse et de la musique. Elle a réalisé pour le cinéma allemand la traduction, entre autres, des films de Fatih Akin, (Head-on, Crossing The Bridge) et de Nuri Bilge Ceylan (Trois singes). Actuellement, elle met en place, à travers le projet Sublimes Portes qu'elle dirige, des résidences artistiques autour des villes port d'Istanbul, de Hambourg et de Marseille.

Karin Karakasli est écrivain et journaliste.

Atlan Gökalp est directeur de recherche pour le groupe Etudes turques et ottomanes au CNRS.

Attila Yücel  est architecte.

Pelin Dervis est directrice de la galerie d'art Garanti Galerisi à Istanbul.

 

 

"Maroc. Ordinaire"  Ed. Le bec en l'air

Depuis 1987, Joseph Marando photographie le Maroc avec une attention patiente, élaborant une oeuvre de mémoire, à la fois intime et ouverte aux réalités. Loin des clichés touristiques, rompant avec l'esthétique des souks colorés et des médinas, il laisse place à la vie quotidienne des Marocains : culture de l'olivier dans un village du Moyen Atlas, découverte d'une Casablanca méconnue, rencontre avec les femmes djbelas de Tétouan ou les jeunes exerçant les innombrables petits métiers de Fès... Car derrière l'histoire individuelle de Joseph Marando - parti à la recherche de ses origines familiales -se dessine peu à peu l'histoire sociale et culturelle du Maroc de la fin du XXe siècle.
 Dans ce parcours photographique en noir et blanc, ponctué d'extraits des carnets de voyage de Joseph Marando, on croise des silhouettes parfois familières, comme celles des écrivains Paul Bowles ou Mohamed Choukri. Pourtant, c'est bien en tant qu'acteurs d'un Maroc ordinaire qu'ils apparaissent ici, un Maroc que l'on a rarement capté sur une si longue durée, avec autant d'acuité.

 

"Traversées"  Actes Sud

Voici un livre dont l'auteur ne s'est pas contenté de courir les rives de la Méditerranée pour en ramener des impressions superficielles mais qui, à la manière qui était celle de Jean Grenier dans ses Inspirations méditerranéennes, y a cherché pourquoi "par les lignes et les formes qu'elle impose, elle rend la vérité inséparable du bonheur". Récit d'un périple qui nous emmène de Tunis à Tanger, de Barcelone à Marseille, de Palerme à Athènes, d'Alexandrie à Beyrouth et Istanbul, Traversées n'est pas un simple carnet de voyage. C'est l'histoire d'une rencontre et d'une quête. Rencontre avec des gens remarquables. avec ceux qui, de l'intérieur, font vivre ces villes et cités de la Méditerranée et nous font partager toute la saveur de ce mode d'être au monde. Quête de l'émerveillé, par-delà les blessures et les fractures, les replis et les haines, d'une "mer qui ne sépare pas, mais unit" (Giono).

 

"La Méditerranée française"  Maisonneuve et Larose

Parler de la Méditerranée n'a pas le même sens, selon que l'on se trouve en Italie ou en Espagne, en Grèce ou en Turquie, en France ou en Egypte, au Liban ou au Maroc... C'est justement pour découvrir la diversité de ces regards et comprendre comment ils ont été façonnés à travers l'histoire que ce travail sur " les représentations de la Méditerranée " a été lancé. Cette série de livres en est l'aboutissement. Dix chercheurs et dix écrivains de dix pays (Maroc, Tunisie, Egypte, Liban, Turquie, Grèce, Italie, Espagne, France et Allemagne) ont travaillé ensemble durant près de deux ans pour tenter de mieux comprendre ce que signifie l'idée de la Méditerranée, d'une rive à l'autre. Représentations contrastées d'une Méditerranée plurielle, qui se retrouve dans cette multiplicité de regards et se révèle comme une source d'écriture, territoire de l'imaginaire où prennent forme de nouveaux récits. Cette série de textes inédits nous offre une occasion rare de découvrir la mosaïque des représentations de la Méditerranée.

Thierry Fabre a collaboré à toutes les éditions de la revue "La Pensée de Midi" éditée par Actes Sud dont il est le rédacteur en chef ainsi qu'aux actes des colloques des "Rencontres d'Averroès" publiés par les éditions Parenthèses.

 

Résumé de la conférence

ISTANBUL : VILLE MONDE

Nil Deniz : Le but du livre Istanbul, Ville Monde publié à la Pensée de Midi est de montrer comment les habitants d'Istanbul vivent leur ville de l'intérieur avec les clichés que l'on porte habituellement sur Istanbul mais aussi en dehors de ces mêmes clichés. Les photos du livre sont plutôt des portraits intimistes que des photos voulant montrer un choc des civilisations en opposant par exemple des femmes voilées à des femmes en mini-jupe. La couverture de l'ouvrage montre un femme seule devant l'immensité infinie de la ville ; tout un symbole.

Attila Yücel : Les images générales d'Istanbul sont partielles, sinon fausses et souvent idéalisées. C'est l'autre Istanbul qui nous intéresse : ville-monde, ville-historique, ville-port, ville-pont... une ville difficile à appréhender. Ce n'est plus la capitale des empires mais c'est la capitale économique, politique et culturelle du pays. Elle abrite 15 millions d'habitants soit le cinquième de la population turque. Certains domaines tels que ceux de la culture ou de l'éducation représentent la moitié de ces activités.
   Le centre de la ville est une immense place sans architecture ni limite. Il existe un certain charme urbain sans qu'il existe une architecture construite et pensée. C'est un développement anarchique qui s'est institué. Il y a une coexistence du moderne et de l'ancien, du riche et du pauvre, des tours et des zones pavillonnaires. C'est cette violence même qui fait partie du charme de la ville.

Pelin Dervis : Becoming Istanbul est un projet en cours qui a pour but d'appréhender la ville pour ce qu'elle est et en quoi elle évolue et d'éviter certains clichés afin de mieux comprendre les problématiques de la ville elle-même. Ce projet se décline en exposition, site internet, revues et différents médias.
   Cela pourrait être une encyclopédie ou un dictionnaire au vu d'un classement alphabétique mais cela n'en est pas un réellement. C'est comme un livre de chevet qui traite de plus de 150 articles différents.
   Tracing Istanbul est un livre qui tente de "tracer" le développement de la ville par l'intermédiaire de 120 photos aériennes qui ont été choisies parmi plus de 3000 clichés qui ont été pris pendant une quinzaine d'années.
   Mapping Istanbul est un livre à caractère plus économique, social et culturel du contexte urbain dont les éléments ont été cartographiés.
   Une base de données a été constituée autour de plus de 7000 médias différents régulièrement mis à jour avec des vues très différentes qui permettent de montrer le passage d'un moment à un autre de la ville au travers de très nombreux avis.

Nil Deniz : Quelle interaction existe-t-il entre la biennale et les citoyens ?

Pelin Dervis : En 2005, la Grande Biennale a changé la donne par rapport aux précédentes qui étaient plus tournées vers l'histoire, en présentant davantage le changement tant du lieu même de la biennale que celui de la ville, de ses modifications urbaines, sociales et citoyennes.

Atlan Gögalp : Depuis sa création, Istanbul est une ville apocalyptique tant au sens propre qu'au sens figuré : elle attend le grand tremblement de terre qui la détruira. C'est une capitale de la cohabitation de plusieurs religions. Cette cohabitation semble avoir toujours existé. Cela a toujours été une ville cosmopolite sectorisée. Les frontières en sont invisibles mais connues des habitants. Istanbul, c'est la culture du pragmatisme. Il n'existe pas de traité théorique. Il y a une prise en compte de l'autre. Les comportements se modifient, s'adaptent. Les trois grandes mosquées qui peuvent sembler identiques ne le sont pas. Elles sont symboliques de cet état d'esprit. Sainte Sophie est l'original. La Mosquée  bleue n'est pas une copie de Sainte Sophie mais une évolution par rapport à cette dernière. Elle ne compte pas moins de six minarets. la mosquée de Soliman a pour but de repenser l'esprit de Sainte Sophie en voulant exprimer autre chose : l'humilité du croyant face à la puissance divine.

Karin Karakasli : Les différents sens qui permettent de comprendre la ville l'on été pour Karin Karakasli au travers d'une histoire personnelle, l'assassinat de son mari journaliste, et de l'Histoire de la Turquie. C'est l'émergence du journal Argos qui a permis de créer un pont entre les Turcs et les Arméniens.
   Les Arméniens en Turquie subissent le cliché d'être des objets. Les Arméniens au cours des années ont disparu. Cette communauté est exclue alors que l'on parle d'ouverture et de démocratie.
   Istanbul est le centre de la violence qu'elle fut antique ou moderne.