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le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés, propose dans le cadre de son cycle de conférences
Paul Valadier Professeur aux Facultés jésuites de Paris (Sèvres)
a donné une conférence
le mardi 23 février 2010 Tradition et transmission
Notes sur la conférence Tout le monde a pu se rendre compte du changement d'orientation des poussettes des enfants où ces derniers sont face au vide, leur parent étant derrière eux. C'est assez symbolique, car cela nous met au coeur de nos problèmes. Or en étant derrière, le risque est fort de voir la transmission se briser. Traditio, en latin, c'est livrer, c'est donner en héritage, c'est transmettre. Les modernités sont nées d'une critique de la tradition, notamment avec Descartes pour son cogito et Luther pour son fides. qui sont l'un et l'autre sont contemporains du développement des sciences, elles-mêmes critiques de la tradition.La modernité scientifique vit de la critique d'elle-même et de la tradition. La tradition peut sembler être étouffante. Il faut pouvoir transgresser les traditions, il faut passer de la minorité à la majorité, comme le dit Emmanuel Kant. La modernité invalide les acquis. Cette rupture est nécessaire si l'on veut avancer. Pour garder les valeurs traditionnelles, il faut se moderniser. La critique de la tradition n'est pas du mépris. Qu'est-ce que l'on doit transmettre ? C'est le problème de nos sociétés actuelles : la famille et l'école, chacune étant le lieu de transmission des traditions. Or ces deux institutions sont marquées par une crise de l'autorité avec l'effacement du père. On peut voir que l'exemple de la poussette est exemplaire. Le rôle de ce représentant de l'autorité est diminué. Les problèmes commencent alors à advenir. L'effacement de la différenciation des sexes accentue davantage cette rupture de tradition. Etant dans une société de l'enfant roi, la pédagogie doit ne pas reproduire les traditions pour ne pas reproduire les inégalités sociales et culturelles. C'est à l'enfant de se construire lui-mme et c'est au professeur de n'être qu'un simple tuteur. Tant la tradition que la transmission se trouvent mis à mal. Quoi qu'on dise, il n'y a pas de société vivante sans traditions reçues. L'acte de transmettre est un acte vivant. Il transforme ce qu'il transmet. La transmission c'est faire passer la tradition en faisant passer du neuf. La tradition est la tradition de la critique de la tradition. La pédagogie d'un homme auto-construit est un fantasme. Il n'y a pas d'autonomie sans hétéronomie. C'est parce qu'il faut créer du neuf qu'il faut transmettre la tradition. "Nous avons tous été enfant avant d'être adulte" disait Descartes. Freud disait "ce que tu as reu de ton père, acquiert le toi-même." On multiplie les règles dans nos sociétés que l'on dit autonomes. Dans une société autonome, les hétéronomies sont souvent cachées. Un des signes inquétants de nos sociétés, est le désaveu même de nos sociétés. Une société n'a pas d'avenir si elle n'a pas de racines. Il n'y a pas de transmission sans traditions, mais il n'y a pas de traditions sans transgression. |