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Copyright 2000-2011
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 13/05/2011

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences


On ne badine pas avec l'avenir

Olivier Ihl


Photo LibrairieGaïa

 Directeur de l'Institut d'Études Politiques de Grenoble
    
 

a donné une conférence le Mardi 10 novembre 2009 à 18H30
à la Faculté de Droit de Toulon - Amphi 500.1

Une histoire du vote

 Résumé de la conférence

 

En collaboration avec Yves Déloye : " L'acte de vote"   Presses de Sciences Po

Ce livre se veut une invitation à redécouvrir les savoirs et les pratiques qui façonnent notre expérience du vote.
N'en déplaise aux commentateurs de nos soirées électorales, l'élection n'est pas seulement le moyen de faire valoir une opinion, c'est aussi un rituel social, une mise en scène codifiée en fonction de multiples enjeux. Bulletin, scanner optique, carte électorale, urne, machine à voter : notre rapport aux instruments de la vie électorale se métamorphose. De nouvelles interrogations sur la façon d'élire et de se faire élire émergent, et l'histoire matérielle de la démocratie représentative ouvre à la réflexion de stimulantes pistes.
Cet ouvrage de synthèse sur la dimension matérielle et socio-historique des opérations électorales rassemble les résultats de plusieurs enquêtes menées depuis une quinzaine d'années. Une histoire qui révèle les défis de l'acte de vote, entre technique et politique, mises en scène et mobilisation, archaïsme et modernité

 

"Le Mérite et la Republique. Essai sur la société des émules"  Gallimard

Elles sont partout - dans les entreprises, les administrations, les académies, à l'école, à l'armée, dans le sport, la littérature, la science, les médias...
abolies en 1790 par la Constituante au nom de l'égalité nouvelle, raillées par Tocqueville comme pâles imitations, "ni bien réglées ni bien savantes", des moeurs aristocratiques, les "distinctions" redeviennent très vite, pour la République, un moyen de conduire les esprits et les corps. On ne compte plus aujourd'hui les décorations officielles qui prétendent être la juste mesure du mérite. La "révolution disciplinaire" de Michel Foucault a érigé la peine en moyen de contrôle social.
Or l'emprise de la récompense, autre technique du pouvoir, n'est pas moindre. Surtout depuis que l'émulation managériale en a fait une figure centrale de la dynamique capitaliste. Cette émulation décorative attendait son historien. Aujourd'hui banalisée et professionnalisée, hiérarchisée et fonctionnelle, la récompense au mérite, par des signes purement honorifiques ou des primes en numéraire, est devenue, pour la démocratie libérale, une entreprise permanente de cotation sociale.
La démocratie n'a pas abaissé les grandeurs, encore moins avili les dignités comme le craignaient ses détracteurs, effrayés par la montée de la roture et de l'État. Non, elle en a fait un nouveau moyen de salut : à chacun de devenir, pour son bien, un émule - tout à la fois un rival et un exemple.

 

Olivier Ihl : "Les sciences de l'action publique" Presses Universitaires de Grenoble

      Quelle place tes savoirs produits par la science politique tiennent-ils dans te gouvernement des hommes et des territoires ? Comment ces outils d'analyse sont-ils mobilisés concrètement par les pouvoirs publics ou les groupes d'intérêt ? Par qui sont-ils certifiés et sous quelles conditions ? En retour, quelle incidence a cette instrumentatisation sur la nature et le statut des laboratoires où s'élaborent ces concepts politiques ? Dans l'Europe contemporaine, jamais ces questions n'ont paru si sensibles. IL est vrai qu'une véritable industrie des " études " et " expertises " s'est développée. Longtemps cantonnée à la fonction Recherche des administrations nationales, la voilà qui s'organise dans et autour des institutions européennes : Conseil de l'Europe, Commission, Banque centrale européenne, Parlement, Cour de Justice, etc. Phénomène entièrement nouveau ? Sans doute pas. Que la recherche scientifique participe des processus de régulation publique est un fait ancien. Pourtant tes formes prises par cette " participation " appellent de nos jours une réflexion spécifique.
     Invoquées ou contestées, elles sont au cœur des controverses sur les façons d'administrer la Cité. Défendues par les uns comme un garde-fou contre la démagogie et le populisme, elles sont attaquées par les autres comme mettant en péril les règles de la représentation politique, voire comme une manière de " confisquer " la décision publique. Derrière ce débat, une question se pose : comment les savoirs de l'action publique hérités des Trente Glorieuses se sont-ils recomposés notamment sous la double action de t'européanisation des politiques publiques et de la redéfinition du rôle de l'État face au marché ? Quelles figures du pouvoir sont associées à cette transformation fondamentale, celle du passage d'un monopole étatique à une pluralité de systèmes d'action publique, celle de rapports renouvelés entre ingénierie de gouvernement, sciences sociales et action politique.

 

Olivier Ihl en collaboration avec M. Kaluzynski et Gilles Pollet : "Les siences de gouvernement"  Économica

     Depuis le début du XIXe siècle, ce n'est plus le secret qui légitime les " arts de gouvernement " en Europe. C'est la science. Élections, colonies, propagande, état civil, hygiène, risques naturels : les territoires de cette revendication, promue nouveau Graal de la raison bureaucratique, ont donné naissance à des savoirs de plus en plus professionnalisés. Ce sont d'eux que viennent en droite ligne les " expertises " qui aujourd'hui encore trament l'administration du politique. S'intéresser, comme y invite cet ouvrage, à ces savoirs mais aussi à ces figures, revues, théories ou disciplines aujourd'hui sans sépulture, ce n'est pas céder à une passion érudite. C'est œuvrer à une histoire sociale celle des registres de scientificité dont s'est continûment enorgueillie la conduite du pouvoir politique. C'est se donner les moyens d'interroger les instruments de connaissance et de légitimation par lesquels se font puis se défont les modèles d'action gouvernementale, ceux qui ont accompagné l'extension des interventions de l'État. 
      Car ces " sciences de gouvernement ", qu'elles soient oubliées ou toujours actuelles, décriées ou pourvues de titres académiques, n'ont cessé d'apporter de la majesté au politique. Un éclat d'objectivité dont se targuent toujours les pratiques du gouvernement de la Cité.

 

Olivier Ihl : "Le vote"  Montchétien

     La supériorité du vote est de nos jours proclamée par toutes les chartes constitutionnelles. Mieux : elle est célébrée comme un modèle universel d'accès au bien commun. Mais que savons-nous au Juste de cette procédure de désignation ? D'où vient-elle et comment s'est-elle imposée ? Pourquoi la lutte politique a-t-elle pris la forme qu'on lui connaît, celle d'une compétition entre des structures spécialisées dans la conquête et la conservation des mandats ? Quels sont les fondements de cette " démocratie électorale " ? Quels sont les instruments, les procédures, les savoir-faire qui concrètement la rendent possible ? En quoi le bulletin de vote peut-il être tenu pour le verdict d'une opinion ? Où en est la " science " électorale en cette fin de siècle ? Voilà quelques-unes des interrogations auxquelles invite cet ouvrage. Alors que les sirènes du temps inciteraient plutôt à psalmodier, par exemple que " La démocratie, c'est l'élection plus les partis " comme on disait autrefois " Le communisme, c'est l'électricité plus les soviets ", un pari est ici relevé : restituer à l'acte du vote toute sa richesse historique et politique.
     Traverser l'espace et le temps pour rendre compte des multiples expériences que ce rite politique a abritées, depuis la Grèce ou la Rome antiques jusqu'aux campagnes " high tech " des récentes élections présidentielles américaines. Une manière de faire mieux connaissance avec une institution devenue à ce point familière qu'elle nous paraît souvent invisible : l'institution électorale.

 

Olivier Ihl : "La fête républicaine" Gallimard (Bibl. des histoires)

     La République, surtout dans la période fondatrice de la Troisième, a été fertile en célébrations ; il suffit de songer au 14 Juillet. Mais la fête républicaine, toute hantée qu'elle soit par les grands souvenirs de la Révolution, par son répertoire de dates, de chants, d'emblèmes et de héros, a ajouté ses propres difficultés et contraintes à celles que Mona Ozouf - à qui revenait de présenter cette étude - avait naguère mises en lumière pour la fête révolutionnaire. Solennité à caractère religieux et même franchement catholique ? Liturgie civique d'inspiration protestante ? Culte patriotique avec saints et martyrs ? C'est une quatrième formule qui a fini par l'emporter, celle de Jules Ferry : une communion citoyenne individualiste et laïque. Non sans débats de doctrine et même de philosophie qu'Olivier Ihl restitue dans leurs richesses et leurs subtilités. Mais le mérite et l'originalité de cet ouvrage sont de doubler cette interrogation théorique de l'identité républicaine d'une plongée dans les profondeurs provinciales et, loin des grandes scénographies parisiennes, de s'établir au village, après Maurice Agullion pour suivre le maire à l'époque où pavoiser, c'était soutenir la candidature de la République. 
      De nos jours où la ferveur des solennités paraît si difficile à ranimer, la longue histoire que nous fait revivre l'auteur suggère comment, de cette forme de vote politique pour la République, le vrai jour de fête est devenu, en définitive, le jour même du vote et des élections.

 

Olivier Ihl en collaboration avec J.W. Derymez et G. Sabatier : "Un cérémonial politique. Les voyages officiels des chefs d'État"  L'Harmattan

     Les voyages des chefs d'État forment une singulière pratique politique. Développant une image de puissance et de fastes, ils sont au cœur d'un processus de légitimation à la fois familier et méconnu. Par des spectacles allégoriques, un décor soigneusement préparé, des réceptions officielles, des discours prononcés selon une étiquette implacable, ces mises en scène font plus qu'attribuer une parure symbolique au politique : elles en font voir et vivre l'éloquente majesté. Comme si pour s'exercer, le pouvoir du chef d'État avait, plus que d'autres, besoin d'être vu. Comme si le crédit de cette institution dépendait étroitement de démonstrations rituelles confirmant aux yeux de tous l'éclat d'une fonction, d'un rang ou d'une série d'attributions. Encore convient-il de comprendre la naissance et le développement de cette véritable souveraineté déambulatoire. C'est là le but que se sont fixé les auteurs de cet ouvrage. 
     Avec plusieurs questions au cœur de leur réflexion : - d'où vient la force expressive attribuée et reconnue au voyage officiel du chef d'État ? - quel visage la mécanique spectaculaire des voyages a-t-elle pris depuis la fin du XVIIIe siècle ? - quelles relations peut-on établir entre ces déplacements et les régimes politiques qu'ils incarnent et représentent ? - comment ces rites politiques structurent les croyances publiques au point de paraître consacrer la grandeur de ceux qui s'en réclament ? - comment cette pratique des voyages a-t-elle pu s'autonomiser au point de devenir une institution à part entière ? Une manière, en somme, de mettre au grand jour l'action de ces poses de la grandeur d'État qui lient un homme à un régime, une figure à des institutions, un visage à une abstraction.

 

Conférence du 10 novembre 2009

Une histoire du vote

Pourquoi s'interroger sur le vote alors que nous vivons dans un régime démocratique qui l'utilise depuis plus de deux siècles ? L'Histoire offre de nombreux exemples de tâtonnements invisibles qui ont jalonné son instauration.
En 2000, aux États-Unis, le scrutin bégaie entre l'élection de G.W. Bush et et celle d'Al Gore. Les avocats essaient de comprendre, la presse se déchaîne. On ne sait pas qui a gagné l'élection présidentielle à cause d'un simple problème mécanique lié aux fameux bulletins papillon. En raison de la presque parfaite égalité entre les deux candidats (quelques voix d'écarts pour plusieurs millions d'électeurs), il était impossible de désigner un vainqueur. On devra piteusement demander à la Cour Suprême de décider qui sera président sans même recompter les bulletins. La décision prise fut politique.
En 2002, en France, lors de l'élection présidentielle qui opposa Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, les électeurs votèrent massivement pour Jacques Chirac sans tenir compte de leur propre opinion politique. De quoi parle-t-on ?
Le vote est une vieille expression. Dans les sociétés anthropologiques les plus anciennes, il existe des procédures de vote. Par exemple, la palabre africaine est un cas particulier. On organise une confrontation de la parole. Elle colporte des bruits qui s'enrichissent des opinions de chacun des membres plus ou moins proches de la communauté. C'est cette parole qui va permettre au Maître de la Parole de prendre une décision. Ce système existe actuellement en Afghanistan dans les tribus pachtounes : ce sont des joutes verbales, le doli-dola, qui permettront de prendre les décisions.
L'idée de la majorité, la moitié plus un, c'est ce qui permet d'emporter le tout. Idée simple qui a mis des siècles à s'imposer.
Le secret de l'isoloir n'est pas nouveau et sera redécouvert par les Australiens au XIXè siècle. Il ne sera importé en Europe qu'à la fin du XIXè, en France au moment de la Guerre de 14. En Angleterre, avant cette avancée, les membres de la Chambres des Communes étaient désignés... à l'applaudimètre !
Est-il nécessaire de cacher ses opinions ? Ne faut-il pas au contraire les assumer ? C'est ce que pensaient les Grecs. Il leur était inconcevable d'imaginer un système acceptant le cumul des mandats, dans l'espace ou dans le temps. Pour eux un bon mandat était un mandat court... qui pouvait durer 24 heures. Le recours au vote était rare et précis : il ne concernait que la désignation du commandant d'une armée, l'ostracisme d'un individu... Le tirage au sort pour être élu était la règle. Comme, par principe, les citoyens étaient égaux, le hasard pouvait décider. Prudents cependant, les Grecs s'assuraient que les électeurs avaient toutes leurs facultés pour voter.
En Europe, dans les congrégations religieuses, on conservera la notion de vote. Les Frères se réunissaient et chacun enregistrait le nom qui se murmurait pour être le chef de la congrégation, on pouvait même croire que la décision avait été soufflée par Dieu.
Les papes sont élus, non par le nombre de voix, mais par le poids des voix.
Au XVIIIè siècle, c'est une rupture qui se produit. On enterre le vote, pour lui préférer l'élection. La concurrence entre les partis est arbitré par un suffrage.
Il y a pluralisme des opinions, le secret, l'individualisation de la conviction. Pour les Grecs, il existait deux repères : dire et affirmer sa pensée, apprendre à écouter les opinions d'autrui.
Lorsqu'on met en place le suffrage en France, on ne tient pas compte des femmes, car l'on considère qu'elles ne sont pas indépendantes et qu'en conséquence, elles ne sont pas capables de se forger une opinion.
Pour le vote informatique, il est impossible de contrôler les procédures. Les sociétés informatiques refusant de donner leurs sources. Le contrôle de l'identité du votant n'est pas assuré.
La monétarisation de la démocratie électorale est un souci qui existe essentiellement aux États-Unis où il n'y a pas de plafond de dépenses. Les dernières élections américaines ont coûté 4 milliards de dollars. Les élections de 1973 n'avaient coûté « que » 300 millions de dollars. Aux États-Unis, celui qui l'emporte financièrement, est celui qui l'emportera électoralement.
La question de l'éligibilité se pose en France. Il existe de nombreux blocages sur la capacité à se faire élire. La jeunesse a toujours été soupçonnée d'irrésolution, d'incapacité... 
Le monde politique français n'est pas représentatif de la société française. Les fonctionnaires, les médecins y sont sur-représentés, les commerçants, les ouvriers y sont sous-représentés. En France, le suffrage universel, c'est le droit de vote mais pas le droit d'éligibilité.
La démocratie en France n'est pas « finie » et c'est pourtant l'idée qui fonde notre démocratie.