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Copyright 2000-2011
Librairie Gaïa
Tous droits réservés
Dernière modif. : 13/05/2011

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences


On ne badine pas avec l'avenir

Marie-Claude Blais
Marie-Claude Blais au CML le 26 janvier 2010

 Maître de Conférence à l'Université de Rouen
    
 

a donné une conférence le mardi 26 janvier 2010
à la Faculté de Droit de Toulon - Amphi 500.2

Le fil rompu entre l'école et la famille

RESUME DE LA CONFERENCE

 

En collaboration avec Marcel Gauchet et Dominique Ottavi : "Conditions de l'éducation"  Stock

Ce livre propose un diagnostic: ce sont les conditions de possibilité l'entreprise éducative qui se voient aujourd'hui remises en question par l'évolution de nos sociétés.
Toute une série de données qui semblaient aller de soi et servaient de socle à l'institution scolaire ont été ébranlées, voire sont en passe disparaître. Il ne s'agit pas de déplorer l'évanouissement d'un passé vers lequel aucun retour n'est imaginable ni souhaitable. Il s'agit de mettre en lumière l'impact d'une série de transformations majeures et de faire ressortir le défi qu'elles représentent. Ce n'est qu'à ce niveau qu'on peut véritablement comprendre les difficultés auxquelles l'éducation est en butte et prendre la mesure de la tâche de refondation qui est devant nous.
L'analyse se développe sur quatre fronts: les relations de l'école avec la famille, le sens des savoirs qu'elle dispense, l'autorité dont elle a besoin, sa place dans la société.

 

"La solidarité. Histoire d'une idée"  Gallimard

Le mot de solidarité a beau être employé à tout propos, il reste mystérieux.
Il est difficile à définir et à cerner. Son parcours n'est pas moins curieux. Venu du droit, le terme a commencé par faire l'objet des appropriations les plus opposées au cours du XIXe siècle. Il a connu une première heure de gloire dans la France de la Belle Epoque avant de tomber dans une indifférence dont il a été tiré par un remarquable regain de faveur à partir des années 1980. Que recouvre au juste cette adhésion unanime ? Telle est la question à laquelle l'ouvrage se propose de répondre.
Il retrace pour ce faire la genèse de l'idée en reconstituant les problématiques qui ont présidé à son élaboration. Il fait ainsi apparaître que derrière le rayonnement actuel de la notion de solidarité se dissimule l'héritage de deux siècles de réflexion sur les rapports entre l'individuel et le social. Toute l'histoire du concept contemporain de "société" s'y trouve impliquée, de même que celle de son corrélat, le projet d'une "science sociale".
Marie-Claude Blais éclaire en particulier un moment clé de l'histoire de la République, ce moment 1900 où, contesté sur sa droite et sur sa gauche, le régime républicain cherche à concilier deux exigences à la fois contradictoires et indissociables : la liberté individuelle et la justice sociale. L'idée de solidarité s'impose alors comme la promesse d'une troisième voie possible entre l'individualisme libéral et le socialisme collectiviste.
Ce n'est qu'en fonction de ce passé que l'on peut comprendre la faveur consensuelle dont elle jouit aujourd'hui. Mais ce n'est également que grâce à sa lumière que l'on peut détecter les problèmes cachés dans les solutions qu'elle fait miroiter.

 

En collaboration avec Marcel Gauchet et Dominique Ottavi : "Pour une philosophie et une politique de l'éducation. Six questions d'aujourd'hui"  Pluriel Hachette et Bayard

    Ce livre propose une réflexion sur la signification politique de l'éducation dans les sociétés démocratiques, articulée sur plusieurs thèmes : le statut de l'enfant, la nature de l'égalité, la place de la culture, la fonction du civisme.
Sans dogmatisme, l'ouvrage propose d'abord de clarifier ces questions et les dilemmes auxquels elles donnent lieu : faut-il centrer l'enseignement sur l'élève ou sur les savoirs ? Comment développer le respect des cultures singulières dans le souci de forger une culture commune ? Le civisme peut-il s'enseigner ? L'école peut-elle être à la fois égalitaire et exercer une fonction de classement ? C'est sans doute parce que l'école concentre ainsi les plus vifs paradoxes de la démocratie contemporaine qu'elle est à ce point un sujet sensible.

 

"Au principe de la République. Le cas Renouvrier"   Gallimard

La République avait son philosophe et nous ne le savions pas.
Elle ne l'a guère reconnu, il est vrai, et l'oubli n'a pas eu de peine à faire son œuvre. Il n'en reste pas moins qu'il a existé, dans la France de la seconde moitié du XIXe siècle, un effort spéculatif de vaste envergure pour élucider les fondements théoriques et les conditions pratiques d'une politique républicaine. En tirant de l'ombre la pensée politique de Charles Renouvier (1815-1903), Marie-Claude Blais renouvelle l'histoire intellectuelle de la IIIe République et lui confère une autre dimension.
Elle met en lumière un destin exemplaire. Celui d'un jeune bourgeois en rupture de ban, épris de socialisme utopique, quarante-huitard fervent (il est l'auteur du fameux Manuel républicain) que l'échec de la IIe République, scellé, par le coup d'État du 2 décembre 1851, conduit à une révision radicale de ses premiers engagements et à une véritable conversion philosophique. Contre Hegel et toutes les philosophies déterministes de l'histoire, Renouvier opère un retour politique à Kant.
Il s'agit de demander à la philosophie critique les bases repensées d'un régime de liberté. Cette entreprise de fondation est déployée dans la Science de la morale, de 1869, qui donne à la philosophie de la liberté républicaine sa théorie du droit et de la justice. Mais Renouvier ne se cantonne pas dans le ciel pur des principes. En 1872, il crée La Critique philosophique, revue hebdomadaire de combat d'idées.
Semaine après semaine, il accompagne la période d'établissement et d'affermissement du régime républicain en prenant parti, en philosophe, sur les questions brûlantes de l'heure, qu'il s'agisse de la méthode de gouvernement on de la question sociale, de l'organisation des institutions ou du problème laïc. Ce sont les articulations de cette philosophie de la République que l'ouvrage s'attache à restituer, dans sa double ambition de remontée aux conditions premières et de descente dans le concret des applications.
L'interrogation générale dont la République fait aujourd'hui l'objet redonne toute son actualité à cette grande tentative pour en clarifier le principe.

 

 

RESUME DE LA CONFERENCE

 

Le fil rompu entre l'école et la famille

   La famille a énormément changé et tout n'est pas aussi merveilleux que ce que l'on imaginait.

   On assiste depuis une trentaine d'années à une mutation profonde de la famille. Ce qui va avec cette rupture, c'est l'optimisme qui accompagne le renversement patriarcal. Cette émancipation, pour certains, irait avec un plus grand bonheur dans ces nouvelles familles. La famille est toujours la valeur la plus prisée. L'éducation scolaire est devenue de plus en plus difficile avec la stigmatisation des bons élèves. L'école ne parviendrait pas à assurer la transmission des savoirs. Il semble que l'école doive dorénavant se charger de la transmission de l'essentiel des codes de l'éducation. Ce phénomène touche toutes les couches de la société, toutes les catégories sociales.  Les plus démunis demandant à l'école de remplacer l'éducation du milieu familial.

   Une des tâches de l'école est la demande par  les parents de l'apprentissage de la civilité.

   Il y a une disparition de la connivence qui s'était établie laborieusement entre les parents et l'école. Si les parents sont toujours très intéressés par la réussite de leurs enfants, mais ils s'éloignent de plus en plus de l'école.

   Quant on a supprimé l'école le samedi matin, les relations entre les parents et les enseignants se sont distendues et devenues plus difficiles.

   Dans un sondage demandant aux parents quelle serait pour vous l'école idéale ? la majorité a répondu qu'elle devrait être sans pression, en quelque sorte une école du bonheur dans le bonheur, dans l'épanouissement. Il ne devrait pas y avoir de devoirs ou de leçons à la maison, car cela empièterait sur la tranquillité de la cellule familiale. On demande d'individualiser l'enseignement qui doit aider l'enfant à devenir lui-même. Il est clair que la demande faite à l'Institution s'accroît et est en décalage par rapport aux objectifs même de l'école.  On peut se demander où se loge la responsabilité des parents.

   Une enquête américaine de terrain constatait que ce qui faisait la différence entre les bons et les mauvais parents, c'est qu'ils n'avaient pas la même conception des relations qui existaient entre l'enfant et le monde adulte, c'est à dire l'aptitude à entrer dans le monde des Institutions et de ses contraintes. Les familles les plus modestes pensent qu'il faut donner à leurs enfants le bonheur immédiatement au lieu d'effectuer le travail de rectification nécessaire.

   Les violences scolaires, l'absentéïsme sont très majoritairement un fait masculin. On retrouve cette distorsion dans les résultats des concours qui sont réussis essentiellement par des femmes. Cette dissymétrie dans l'échec scolaire permet de voir que les garçons et les filles sont éduqués dans une école essentiellement féminine et le sont de plus en plus dans des familles monoparentales dont la mère est souvent le seul référent. L'absence d'un modèle masculin pour les garçons poserait sérieusement problème.

   On distingue la famille moderne dont la structure sociale a existé depuis le XVIè siècle jusqu'aux années 1970, à la famille contemporaine qui a fait son apparition depuis.

   La famille moderne instaure la scolarisation de l'enfant en construisant son éducation avec une visée humaniste et d'insertion dans un futur dans lequel il aura un rôle à jouer.

   Cette famille est caractérisée par :

  • une famille nucléaire articulée autour de la société qui l'entoure.

  • une famille qui se construit autour de l'amour de deux personnes très différenciées sexuellement

  • l'acte méthodique d'émancipation devient important.

  • la famille est un lieu privé en vue d'entrer dans un lieu public. C'est être un parmi d'autres.

  • Ce lieu entre public et privé est fort parce que chacun joue l'un par rapport à l'autre.

   La famille moderne éduque les enfants pour qu'ils puissent en sortir, ce qui n'est plus le cas dans la famille contemporaine.

   Dans cette famille contemporaine, il y a une confusion entre le privé et le public.

   L'Etat-providence a joué un rôle dans la disparition de la nécessité de l'intégration dans la société en les déresponsabilisant. Les parents ayant été déchargés des problèmes vis à vis de la société, ils n'ont plus qu'à se préoccuper du bonheur de leurs enfants.

   Dans la famille moderne, les parents font des enfants dans le projet amoureux de les faire entrer dans un projet monde. La durée de ce projet est longue. Dans la famille contemporaine, c'est l'enfant qui fait la famille.

   Dans nos sociétés, tous les rôles masculins et féminins ont été balayés par le besoin d'authenticité et d'individualisme empêchant de jouer son rôle social.

   Dans l'époque moderne, le travail de l'école et de la famille était un travail de socialisation et de contrôle de soi. Devenir un homme, c'était avoir l'aptitude à se donner des règles de vie à soi-même. Dans la pratique scolaire, il existait une progression rigoureuse en accord avec la famille.

   Actuellement, le dialogue et la négociation remplacent les règles qui préexistent face à l'égalisation entre les êtres.

   Il existe trois points dans toute éducation :

  • la nécessité de maîtriser ses désirs.

  • l'enfant doit échanger avec les autres y compris avec les autres auxquels il doit s'identifier. La différence des sexes et des générations est particulièrement structurante.

  • l'appropriation d'une culture portée par des institutions et des règles.