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Copyright 2000-2011
Librairie Gaïa
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Dernière modif. : 13/05/2011

le CML, le Collège Méditerranéen des Libertés,  propose dans le cadre de son cycle de conférences


On ne badine pas avec l'avenir

Sophie Body-Gendrot

Sophie Body-Gendrot

 Politologue, spécialiste des violences urbaines, Professeur à l'Université de Paris IV Sorbonne, Chercheur rattaché au centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales.
    
 

a donné une conférence le jeudi 14 janvier 2010
à la Faculté de Droit de Toulon - Amphi 500.1

Que pouvons-nous apprendre des villes en matière de violence ?

Résumé de la conférence 

 

"La peur détruira-t-elle la ville ?"  Éditions Bourin

La peur a toujours accompagné l'histoire des villes.
Mais les grandes mutations contemporaines ont renforcé ce sentiment. Depuis le 11 septembre 2001, le principe de précaution s'est imposé dans la plupart des grandes métropoles. Mais la "ghettoïsation" et la répression sont-elles des solutions durables?. En réalité, nous dit Sophie Body-Gendrot, beaucoup de villes ont déjà pris des mesures bien plus intéressantes. Et elle nous fait faire le tour de la planète pour nous décrire concrètement les solutions qui ont été mises en place à New York, Johannesburg, Shanghai, Londres ou Mexico.
Elle nous démontre surtout que, contrairement au discours convenu, les villes ne doivent pas nous faire peur. Elles font plus que jamais preuve de leur immense pouvoir d'adaptation et d'intégration. C'est par elles, et elles seules, que vont se reconstituer des communautés modernes, diverses mais unifiées

 

En collaboration avec C. Wihtol de Wenten : "Sortir des banlieues. Pour en finir avec la tyrannie des territoires"    Édtions Autrement

Le casse-tête des banlieues revient imperturbablement à chaque législature.
Depuis les années 1970, les mêmes termes scandent les mêmes politiques : quartiers sensibles, zones de non-droit, ghettos, zones franches urbaines, ZEP, ZUS, rénovation urbaine, etc. Toutes ces désignations enferment les habitants invisibles dans des territoires trop visibles. La politique de la ville, pleine de bonnes intentions quel que soit le gouvernement, animée par des responsables convaincus, politiques, élus locaux, associations, chercheurs, a prouvé son inefficacité.
Toutes les tentatives d'amélioration restent insuffisantes et artificielles, car elles ne touchent que l'extérieur, l'environnement matériel, et non l'intérieur, la population elle-même et ses motivations profondes. Les habitants des banlieues sont toujours confrontés aux mêmes problèmes, de l'échec scolaire au chômage, tous liés à la stigmatisation du lieu qui les paralyse. La seule solution : en sortir! Les auteurs interpellent élus, militants et citoyens pour rompre avec la logique prisonnière du territoire et inciter à la circulation.
Pouvoir aller et venir, c'est aussi la mobilité sociale.

 

En collaboration : "États-Unis, peuple et culture"   La Découverte

Tandis que l'attitude unilatérale des États-Unis sur la scène internationale soulève les passions, cet ouvrage collectif permet de se pencher sur ce qui fait la spécificité de cette puissance et de mieux comprendre ce que sont l'Amérique et les Américains.
Aucun pays, sans doute, n'aura fait naître autant de mythes dont il est à la fois le héros et la victime. Les formes de développement économique et social sont, aux États-Unis, manifestement différentes de celles de l'Europe. En quoi consisterait l'" exception américaine " ? Elle se veut utopie, organisation sociale libérée des précédents européens, à valeur exemplaire. Pour comprendre le peuple américain, il est indispensable de connaître les mythes fondateurs du pays, ses idéaux et ses valeurs : empreinte religieuse, mythe de la Frontière, identités communautaires et idéologie du melting pot, croyance dans la réussite individuelle malgré l'existence de très fortes inégalités sociales, place et conception du droit...
L'histoire politique des Etats-Unis et les étapes du peuplement de cette terre d'immigration sont également très éclairantes.
 L'identité américaine se reflète, enfin, dans sa culture et sa créativité artistique. Au-delà de l'apport fondamental de la création américaine à un art naissant comme le cinéma ou au-delà de l'émergence de musiques totalement nouvelles comme le jazz, les Etats-Unis ont constitué, dans la seconde partie du XXe siècle, le point de gravité de l'art moderne, de la chorégraphie et de la mise en scène contemporaines notamment.
Sans oublier les contributions essentielles, depuis le XIXe siècle, des écrivains et poètes américains, des photographes ou des architectes. Les textes qui composent ce livre sont pour partie inédits. Les autres ont fait l'objet d'une première publication, en 1990, aux mêmes éditions, dans L'état des États-Unis, sous la direction de Marie-France Toinet et Annie Lennkh.

 

En collaboration avec C. Wihtol de Wenden : "Police et discriminations raciales : le tabou français"  L'Atelier

La police est-elle facteur de discrimination raciale ? Des témoignages de victimes recueillis sur le numéro vert du 114 laissent à penser que les principes citoyens et les traitements d'égalité pour tous sont de moins en moins respectés.
Plus grave encore, les plaintes des victimes de ces discriminations n'ont quasiment jamais de suites judiciaires et disciplinaires. L'ethnicisation des relations sociales et des territoires, la criminalisation des jeunes assimilés à des voyous, auxquelles s'ajoute un racisme acquis sur le tas, expliquent en partie ce constat alarmant. Les conditions de travail difficiles des policiers, l'ambiguïté et le flou de leurs missions sont aussi en cause.
Comment lutter contre ces attitudes discriminantes indignes de la République ?
Alors que des pays étrangers tels que le Royaume-Uni et les États-Unis ont choisi de former et de sensibiliser les policiers à ce problème, la France préfère le taire. En formulant des propositions pour mettre fin à ce tabou, ce livre lance le débat : comment la police peut-elle mettre fin aux discriminations à l'égard des usagers ?

 

"La société américaine après le 11 septembre"  Presses de Sciences Po

" Le monde ne sera plus jamais le même " : depuis le jour tragique du 11 septembre, le récit de la catastrophe s'apparente à un discours sur les origines.
On s'attendait à ce que la société américaine fût profondément transformée : la colère, le patriotisme exacerbé y compris pour une intervention lointaine en Afghanistan, l'auto-censure de la presse, l'abdication par quatre Américains sur cinq de leurs libertés, New York profondément meurtrie, les débats incessants sur " le pourquoi nous haïssent-ils ? "... L'Amérique n'était plus la même. Et pourtant, si tout a changé, en apparence, le 11 septembre est un révélateur de tendances lourdes dans la société américaine.
Les notions d'élection et de Manifeste Destinée, la tolérance implicite de la corruption économique, la méfiance envers l'État fédéral et les organisations internationales, le repli communautaire, l'auto-défense par les armes : les singularités américaines n'ont pas été ébranlées par le 11 septembre. Toutefois, malgré la désignation répétée d'ennemis combattants ou infiltrés et l'incitation gouvernementale à la délation, les citoyens, dans leur grande majorité, ne sont pas dupes de la manipulation des risques par leurs gouvernants.
Quant aux réactions de New York, elles montrent les continuités et l'accélération de processus à l'?uvre. La reconstruction du Lower Manhattan, sur laquelle s'articule le livre illustre les luttes de pouvoir sous des apparences démocratiques au sein d'un mode de gouvernante pluraliste. Au cours de l'année écoulée, l'opportunisme politique a joué à plein et le 11 septembre a fourni un excellent prétexte aux multiples entrepreneurs publics et privés qui avancent leurs pions sur l'échiquier du pouvoir.

 

"Les villes : la fin de la violence"   Presses de Sciences Po

Faut-il se fier aux discours et aux données officielles annonçant une stabilisation, voire un recul de la délinquance ? La violence urbaine serait-elle un phénomène dépassé ? Que met-on derrière ces termes ? L'approche comparative de l'ouvrage tente de répondre à ces questions.
Dans chacun des pays étudiés - France, Royaume-Uni, Etats-Unis -, l'enjeu sécuritaire révélé par la ville permet de cerner des macro-mutations de société. La mondialisation n'est toutefois pas la seule cause des bouleversements susceptibles d'induire des troubles urbains, et elle ne s'exprime pas sous les mêmes formes d'un pays à l'autre. L'analyse de cas concrets à laquelle se livre l'auteur éclaire les changements intervenus au cours des vingt dernières années dans les politiques de prévention et de sécurité urbaine.
Elle suggère que la construction de réponses à " la ville dangereuse " vise à déplacer des demandes toujours plus fortes (et insaisissables) de certitude et de sécurité. Les attitudes envers l'innovation et le soutien apporté aux habitants dans la " co-production " de la sécurité font apparaître de fortes divergences dans les modes de gouvernance et éclairent le fonctionnement de la démocratie locale.

 

En collaboration : "La ville et l'urbain, l'état des savoirs" Éditions de La Découverte

La " ville " constitue une réalité singulière, articulée à diverses pratiques professionnelles (aménagement, urbanisme, architecture, paysagisme, etc.) et à des actions politiques - il existe même un ministère de la Ville qui trop longtemps a été perçu comme le pompier au service des banlieues embrasées...
Quant aux recherches urbaines, elles se font généralement " à chaud " et visent des situations changeantes, tant en ce qui concerne les territoires étudiés que les populations qui y résident. C'est dire si les connaissances sur la ville et l'urbain sont toujours à reconsidérer, à actualiser et à poursuivre. Il existe ainsi un débat fondamental sur la manière de désigner la réalité observée : s'agit-il de la ville dans sa continuité historique, ou de l'urbain qui marquerait une irréversible coupure avec le passé et inscrirait l'ancienne ville dans une urbanisation géographiquement éparpillée relevant de logiques techniques plus que de la volonté politique ? C'est ce questionnement et la diversité d'approche du fait urbain qui caractérisent cet ouvrage réunissant près de quarante contributions synthétiques des meilleurs spécialistes français : comment penser la ville ? Qu'est-ce qu'un territoire urbanisé ?
Comment les populations des villes vivent-elles ou non ensemble ? Qui sont les acteurs de la ville et comment s'organisent leurs actions dans le cadre de ce qu'on appelle les " politiques de la ville " ? Outre un panorama de la recherche urbaine, particulièrement utile aux étudiants (en urbanisme, architecture, sociologie, etc.) et aux nombreux professionnels du secteur, cet ouvrage s'efforce de dégager les enjeux de l'urbanisation planétaire, présente la " pensée française " sur la ville ainsi que les grands livres qui ont rythmé l'étude du phénomène urbain.

 

"Les villes face à l'insécurité"   Éditions Bayard

La croissance inexorable des violences urbaines est devenue l'une des préoccupations majeures des Français.
Cette inquiétude se nourrit de l'analogie - souvent hâtive en dépit des convergences - entre les ghettos américains et les quartiers sensibles. Quant aux spécialistes et responsables politiques, ils s'interrogent faut-il opter pour le "tout-répressif", comme c'est le cas aux Etats-Unis ou concentrer les moyens sur la prévention ? Doit-on combattre les symptômes ou s'attaquer aux causes profondes de la délinquance ? Enfin, comment répondre à ta demande toujours plus forte de sécurité sans tomber dans la démagogie sécuritaire ? À partir d'une étude fine des villes françaises et américaines, Sophie Body-Gendrot montre qu'il y a moyen d'inventer une voie proprement hexagonale.
En partie inspirée de ce qui s'est fait à Chicago et à New York, celle-ci repose sur la médiation et le travail conjoint de la police et des habitants.
Certes, une telle approche passe par un véritable changement dans les représentations et les habitudes. Mais il y a urgence : en réinvestissant des quartiers entiers, il s'agit d'empêcher que les classes moyennes ne penchent vers des solutions politiques extrêmes.

 

"Les villes américaines. Les politiques urbaines"  Fondamentaux Hachette

Les puissantes mégapoles américaines ont d'abord été, aux XVIIe et XVIIIe siècles, de simples bourgades livrées aux échanges marchands.
Elles gardent aujourd'hui la trace des règles et des structures édifiées naguère. Qu'est-ce qui caractérise les politiques urbaines contemporaines ? Quels en sont les acteurs ? Comment sont prises et appliquées les décisions qui les déterminent ? Autant de questions qui permettent de mieux comprendre la singularité du phénomène urbain américain. Cet ouvrage analyse la complexité des transformations urbaines, les données politiques et sociales qui les commandent, à travers le cas, notamment, de quelques villes phares.
Il étudie les relations entre les villes et les différents échelons de la structure fédérale d'une part, entre les acteurs publics, privés et associatifs d'autre part. Prenant appui sur les recherches américaines les plus récentes (mondialisation et nouvelles centralités urbaines, pauvreté et crise financière endémiques, ségrégation, surburbanisation, émeutes), il montre les défis auxquels les villes se trouvent confrontées.
De nombreux tableaux statistiques éclairent le propos, et, en fin d'ouvrage, un glossaire offre une traduction ou une explication des termes les plus importants.

 

"Villes et violence. L'irruption de nouveaux acteurs"   PUF

Les villes européennes vont-elles vers des explosions à l'américaine dans leurs quartiers défavorisés ? Les facteurs de convergence sont visibles : déréliction, délinquance, drogue, bandes, violence individuelle, affrontements collectifs avec la police...
Cette violence au premier regard apparaît comme une ressource de groupes minoritaires : la politisation de l'exhibition de la violence civile se produit par le truchement des médias utilisés comme voix des exclus et moyen de pression sur les autorités. Pour autant, les désordres qui font la " une " des journaux télévisés procèdent-ils de la même logique que la rage - type Malcolm X - exprimée par les Noirs américains quand ils brûlent le drapeau américain ? Seule une approche comparative permet de répondre à ces questions.
Dans chacun des pays étudiés - Etats Unis, Royaume-Uni et France -, l'analyse des configurations socio-politiques spécifiques et des outils dont disposent les gouvernants, tant à l'échelon national que local, révèle, en effet, de fortes divergences très éclairantes sur le fonctionnement de nos démocraties.

 

CONFERENCE

Que pouvons-nous apprendre des villes en matière de violence ?

   Il n'existe pas une seule cause aux changements urbains. On peut voir que les adaptations sont souvent locales. La diversité, la complexité, l'insécurité, la peur... sont des données présentes.

   La violence est un phénomène à dimension multiple, socialement construit et ambivalent. Le terme suscite la contestation. Il faut différencier violence et délinquance. Dans les années 60 aux Etats-Unis, on pouvait entendre : Qui sommes nous pour produire une telle violence ? Elle était comprise par la société comme étant endogène.  Des années plus tard, en pénalisant la violence, cette dernière devenait externalisée : c’était l’autre qui était responsable de la violence !

   Si les risques sont infinis, ils sont triés, choisis. Il faut oublier pour l’accepter. Par exemple, si l’on considère que la route est dangereuse, il faut oublier ce risque pour pouvoir prendre le volant. Pour faire face aux risques, on fait appel à des experts.

   La notion de risque perçue par la population n’est pas la même que dans la réalité. Au cours d’un sondage, les gens pensaient que le risque de mourir assassiné, dans un accident de la route ou d’une maladie grave était important et équivalent, alors que dans la réalité, il existe quelques dizaines de meurtres par an, quelques milliers de victimes de la route, mais plusieurs centaines de milliers de décès liés au cancer ou aux maladies cardio-vasculaires chaque année.

   En criminologie, les lieux sont importants dans la perception de la sécurité. Les auteurs des troubles sont aussi responsables que la peur elle-même. L’usage politique que l’on fait de la peur de la ville est stratégique. La peur légitime la séparation entre les groupes. L’État n’est plus responsable et met en place des processus qui inquiètent plus qu’ils ne rassurent. Les normes et les règles sont en constant ajustement. Les villes sont les sources d’innovation pour les États.

   La peur au Moyen-âge était toujours présente. Au XIXème siècle, elle n’avait pas davantage disparue. Montaigne disait déjà qu’il faut avoir peur de la peur. L’illusion de la peur est un danger en elle-même.

Depuis 2007, plus de 50 % de l’humanité vit dans des zones urbaines. L’accroissement de la population se fait essentiellement par le sud. Mais les migrations se font généralement à l’intérieur même du pays. Contrairement aux apparences, les migrations Sud-Nord sont marginales et inférieures à celles Nord-Sud. Aux États-Unis, la première minorité, les latinos, s’est parfaitement intégrée, et ce ne sont pas les plus pauvres. La France ne réussit plus à offrir des emplois aux diplômés de la deuxième génération d’immigrés. Par contre, l’intégration y est plutôt mieux réussie que dans les autres pays européens. On est, dans notre pays, dans la reproductions des « héritiers » tel que le citait Bourdieu.

La peur liée au 11 septembre a été complètement instrumentalisée par la classe politique. La politique pénale s’est considérablement durcie depuis une trentaine d’années. Si les outils de répression se sont développés, les attitudes de la population ont peu évoluées.

Le cas le plus difficile est celui de Johannesburg en Afrique du Sud. L’apartheid, qui ne dit pas son nom, persiste dans la ville. Il résulte de la peur qui sert de prétexte pour se protéger du reste de la ville dans des quartiers protégés. L’opulence de la partie blanche de la population face à la grande majorité noire du très grande pauvreté, n’est pas pour rien dans ce processus.

Si la peur à la fonction de prévenir le danger, on ne fait rien pour favoriser ce qui fonctionne et remettre la peur au niveau réel du danger. Il faut d’autre part revaloriser les travailleurs de terrain. Les réformes ont besoin de temps.