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Dernière modif. : 10/05/2008

A l'occasion des 11è Rencontres d'Averroès du 15 au 23 octobre 2004 

Projection du film de Robert Guédiguian

D.R.

Mon père est ingénieur

D.R.

©2005 Librairie Gaïa
Retrouvez Jean-Pierre Darroussin lors d'un lecture à la Cadière d'Azur

avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Pascal Roberts, Jacquet Boudet...

Drôle de pastorale... Natacha s'imagine en Vierge Marie portant Jésus dans son ventre, sur les quais désaffectés de Marseille. Son Joseph, c'est Jérémie, son amour de jeunesse et de toujours.
Jérémie, qu'elle n'a pas revu depuis des années est devenu un haut responsable de l’action humanitaire internationale, tandis que Natacha est restée médecin de quartier.
Aujourd’hui, Jérémie est revenu près d'elle, mais elle n'en sait rien. Elle ne sait plus rien, Natacha. Un jour, son père l'a trouvée inerte, muette, sans réaction : « sidération psychique consécutive à un choc », tel est le diagnostic.
Jérémie s'installe chez Natacha. Les souvenirs affluent : ils avaient 14 ans et se sont aimés.
Aujourd'hui, Jérémie est de retour et ne sait pas encore qu'il va rester. Son enquête pour découvrir ce qui est arrivé à Natacha va lui faire rencontrer les personnes qu'elle côtoyait, aimer les gens qu'elle aimait, soigner les malades qu'elle soignait. Oui, drôle de Pastorale…

Venant d’un marxiste avoué, la chose peut paraître surprenante, mais voilà plus de 20 ans que Robert Guédiguian avait envie de travailler sur la Pastorale, un spectacle qui le fascinait quand il était petit. Il a finalement concrétisé l’idée dans son dernier film, Mon père est ingénieur. Cette fois, ses héros qui ont eu « la chance d’avoir des parents communistes », s’appellent Natacha et Jérémie. Natacha en référence à l’URSS, Jérémie parce que c’est le saint qu’on fête le 1er mai. Amoureux depuis l’enfance, ces deux–là ont longtemps cru qu’on pouvait changer le monde.
Devenus l’un et l’autre médecins, ils ont pris des options différentes : lui dans l’humanitaire international, elle dans la médecine de quartier. Seulement, ils n’avaient pas prévu « la fin des utopies » et éprouvent durement le « désenchantement du monde ».
C’est Natacha qui est le plus marquée. Quand Jérémie la retrouve, elle est en état de sidération psychologique. A la suite de quel choc ? Personne ne le sait. Alors, inlassablement, en dépit de cette catalepsie, sa mère lui lit l’histoire de la Pastorale, celle qu’elle préférait quand elle était enfant… Et Natacha devient Marie. Et Jérémie devient Joseph, à quelques heures de la Noël, désespérément en quête d’un refuge où pourra naître l’enfant.
Il fallait être sacrément culotté pour interroger le monde d’aujourd’hui, et reposer la question de l’engagement, à travers l’allégorie de Noël. Mais ça marche ! Je ne suis pas en train de devenir croyant expliquait encore le cinéaste. Mais, avec sa référence à la « bonne nouvelle », Noël est vraiment une belle idée. C’est une nuit grosse d’espoir, où tous ceux qui viennent voir le nouveau-né dans sa crèche croient que le monde va devenir meilleur. On n’est pas si loin de l’attente du Grand Soir chez les communistes. Seulement dans mon film, l’enfant refuse de sortir ! Oui, ça coince salement, et chez Guédiguian, c’est aux hommes, pas à Dieu, de trouver une solution.
Cette séance spéciale de Mon père est ingénieur sera suivie d’un débat avec Jean-Luc Pouthier, qui fut longtemps responsable des pages Rebonds au journal Libération et qui est aujourd’hui le rédacteur en chef du Monde de la Bible.

(c) Rencontres d'Averroès